Le jeune et la compétition
« Une période de grand bouleversement »
Questions à Anne Desplanques, psychologue et psychothérapeute spécialisée dans le sport.
Qu’est-ce qui caractérise un enfant de 11-12 ans ?
C’est la première bonne question à se poser ! En effet, c’est la période de la pré-puberté, un passage extrêmement sensible sur le plan du développement physique, moteur et psychologique. Une période de croissance qui constitue aussi une période de grande fragilité sur les plans de l’estime de soi et du rapport aux autres, et qui se caractérise par beaucoup d’inquiétude chez le jeune, de l’anxiété, de l’irritabilité et de la susceptibilité. Il s’agit donc d’être attentif dans les paroles et les explications. L’humour peut, par exemple, être mal compris, une moquerie du groupe peut provoquer du rejet et un repli sur soi.
Qu’est-ce que la compétition pour un jeune de cet âge ?
Cela peut être inhibant, au contraire un exutoire, ou encore un refuge pour d’autres, pour surmonter cette période de grand bouleversement dans leur vie, qui va déboucher, pour certains, sur une vocation, une envie très forte vers 13-14 ans de faire du sport de façon intensive, voire de penser à devenir champion. Dans ce cadre-là, l’objectif est une balise. L’entraîneur, lui, est d’abord un éducateur, qui contribue à une construction qui va au-delà de la victoire ou de la défaite. Le sport forme les jeunes et la qualité de ce qu’ils sont ne se résume pas à leur performance en compétition : l’engagement à l’entraînement, les efforts, tout cela est très important à mettre en valeur.
Quelles sont les clés du discours à tenir ?
L’aider à se rassurer face à ces repères qui peuvent être mis à mal. Le pré-ado dont nous parlons va grandir, souvent de dix à quinze centimètres en un an, être désynchronisé dans ses mouvements, perdre des sensations, des repères techniques et gestuels, il est aussi amené à devoir gérer un équilibre nouveau… Cela demande beaucoup d’énergie, une grande fatigabilité qu’il ne saura pas gérer seul. Il faut donc le faire pour lui : savoir alléger des séances et la charge d’entraînement, et lui expliquer qu’il ne doit pas culpabiliser pour cela, qu’il s’agit de bien s’entraîner justement. Il faut l’aider à garder la motivation pour qu’il ne se sente pas trop en difficulté. Les mots doivent souligner que cette période d’instabilité est normale. Dans l’attitude, on peut chercher à le responsabiliser sur des petites choses qu’il peut faire pour le club, pour préparer la séance, etc. Le message induit, c’est « on te fait confiance ». Il s’agit d’inclure le jeune dans le processus de socialisation duquel il a souvent tendance à s’exclure lui-même.
Quel peut-être le rôle du collectif ?
Il est très important, il rassure, on peut s’y cacher un peu, se mettre à l’abri de sa bienveillance et profiter de sa dynamique positive. On peut aussi se retrouver en « leader », ce qui également valorisant.
Et celui des parents ?
Il doit être fait de respect et de coopération. Les familles soutiennent généralement leur enfant, mais il n’est pas toujours évident de se situer. Être présent, soutenir, mais ne pas interférer au risque de placer l’enfant dans ce que l’on appelle un conflit de loyauté, où il est pris entre l’entraîneur et ses parents, ce qui est très difficile à gérer pour lui. On peut ne pas être d’accord en tant que parent, mais il faut vraiment respecter le cadre sportif. Dans un club, j’ai vu la mise en place d’une charte d’engagement des parents en début de saison, suite à une réunion d’information et d’échange. C’était un contrat moral avec une signature symbolique, mais cela avait aidé à poser les choses et je trouve que c’est une piste intéressante. Chacun doit rester à sa place. C’est la responsabilité de l’adulte de montrer l’exemple.

