Des paquebots de croisière propulsés à l’aide d’une voile : l'innovation de Wichard, à Thiers (Puy-de-Dôme)
L’océan, son terrain de jeu, a beau être à plusieurs centaines de kilomètres de ses ateliers, l’entreprise Wichard, dans la zone de Felet à Thiers (Puy-de-Dôme), a déjà l’expérience des vieux loups de mer.
Plus que centenaire, la société créée en 1919 par Henri Wichard – désormais propriété d’un fonds d’investissement – s’est pourtant d’abord consacrée à la forge en coutellerie, travaillant pour des marchés industriels et des pièces… plus terre à terre : cycles, machines à coudre, outils à main?!
Leader mondial de l’accastillageLe tournant vient dans les années 70, « avec les premiers chocs pétroliers : l’entreprise va développer ses premiers produits d’accastillage en inox forgé », décrit Jean-Claude Ibos, l’actuel président. Le coup de poker d’un dirigeant d’alors, “voileux” dans le privé. Wichard propose un produit innovant, inoxydable et résistant, conjugué à une époque, celle du développement de la plaisance à voile, l’avènement de Beneteau ou des collaborations qui marquent avec des skippers tels que Tabarly, Moitessier ou Alain Colas.
Au point pour Wichard de devenir leader mondial et de poursuivre sa croissance avec un chiffre d’affaires de 42 M€ et un effectif de 320 salariés, où l’accastillage pèse pour 65 %, aux côtés de l’automobile (10 %), l’aéronautique (8 %), le médical (des prothèses de hanche par exemple) ou l’industrie. Le tout avec deux filiales, aux États-Unis et en Australie.
Un savoir-faire reconnu sur une large gamme (mâts aluminium et carbone, accastillage, systèmes d’enroulement de voiles…) tant dans le domaine sportif – Wichard a par exemple équipé un tiers des skippers du dernier Vendée Globe, dont deux bateaux dans le top 3 – que dans celui des croisières. Un domaine où Wichard vient d’ailleurs d’être retenu comme partenaire industriel pour le projet « Solid Sail », porté par les Chantiers de l’Atlantique. « Ils ont développé un concept de voile rigide, constituée de panneaux de carbone souples attachés les uns aux autres, qui se plient et se déplient en forme d’accordéon », décrit Jean-Claude Ibos.
Un mât qui basculeD’une surface finale totale de 1.200 m², cette voile est destinée aux paquebots de croisière « Silenseas » et navires de commerce. L’autre innovation, c’est un mât, capable de basculer à 70° pour passer sous les ponts. D’autant plus innovant avec des mensurations XXL de 90 mètres de haut, 220 mètres de long et 2 mètres de diamètre?!
Des mensurations XXL de 90 mètres de haut, 220 mètres de long et 2 mètres de diamètre pour les mâts.Pour s’en rendre compte, une voile de 50 m² à l’échelle 1/5 a déjà été installée sur le port de Pornichet, fin 2019. « Les Chantiers de l’Atlantique sont venus chercher nos expertises dans la conception d’accastillage pour la plaisance, dans les matériaux utilisés et dans l’industrialisation de nouveaux produits », souligne Jean-Claude Ibos. Wichard va ainsi produire des rails en aluminium, des chariots de panneaux ou le chariot de foc.
Là encore, dans des mensurations éloignées de la norme, tels ces chariots de foc, servant à guider le foc, d’un poids de 34 kg. Les livraisons depuis Thiers, où est effectué le montage, devraient avoir lieu pour l’été. Après plusieurs phases de tests, les premiers paquebots à voile pourraient voir le jour d’ici 2024, prêts à naviguer de par le monde. De quoi renouer avec l’histoire de Thiers, dont l’emblème, ça ne s’invente pas, est un navire.
Perspectives. Comme le reste de l’industrie, Wichard a également connu « un creux » en 2020, lié à la crise sanitaire, avec un chiffre d’affaires en retrait de 7 %. « Il y a eu un vrai coup d’arrêt avec des chantiers fermés », souligne Jean-Claude Ibos. Un arrêt suivi ensuite « d’un effet boost : les gens se sont mis à naviguer encore plus ou ont commencé ». Résultat, une croissance estimée en 2021 entre 10 et 15 %, puis de 5 à 10 %.
François Jaulhac francois.jaulhac@centrefrance.com

