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Que va devenir le haras d'Aurillac ?

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Au cours de l’année 2018, un audit a été mené par le conseil départemental du Cantal. Jacques Espinasse, ancien directeur général du groupe Altitude, a été mandaté par la collectivité afin de mener avec précision cette étude sur le potentiel d’avenir du haras d’Aurillac. Sa conclusion est terrible : aujourd’hui, le haras est utilisé à 3 % de sa capacité.

Comment en est-on arrivé à cette situation ?

Dans les années 1980, le conseil général du Cantal est alors propriétaire des 14 hectares de terrain à Tronquières. Il les cède, pour le franc symbolique, aux Haras nationaux. L’institution poursuit sa mission de reproduction des chevaux de sang, de sport et de trait par l’intermédiaire de la monte publique. Dans le Cantal, les chevaux de trait ont encore la cote. Pas une entreprise agricole n’a pas, en plus de son élevage bovin, des chevaux lui permettant, de mieux valoriser l’herbe des prés voire de travailler dans les bois.Aujourd'hui il n'y a plus de chevaux dans les boxes, là où ils étaient une trentaine voire plus dans les années 2010.Jusqu’aux années 2010, la monte publique à Aurillac est la principale activité du haras. Mais, deux événements arrivent coup sur coup. D’une part l’Établissement public des Haras nationaux et de l’École nationale d’équitation de Saumur, fusionnent et deviennent l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE). Par ailleurs, l’État annonce sa volonté de mettre un terme à l’activité de monte publique, trop coûteuse. Elle s’éteint en France, et donc à Aurillac, en 2014. Celle-ci permettait aux éleveurs de renouveler voire d’améliorer leur cheptel. Selon nos sources, cette activité était subventionnée à hauteur de 0,7 %, prélevé sur l’ensemble des paris hippiques.  La reproduction des chevaux est aujourd’hui assurée par des entreprises privées.

L’activité équine en berne dans le Cantal

Autre conséquence au haras d’Aurillac, sans reproduction de nombreux postes ont été supprimés. Désormais, seule une demi-douzaine de salariés (contre vingt-six dans les années 2010) travaillent à l’entretien et à la gestion du site de 14 hectares. En 2016, l’IFCE (l’État donc) annonce son départ pour 2022. De fait, le conseil départemental recouvre la propriété des 14 hectares du haras.

« Ce départ programmé permet au conseil départemental d’avoir le temps de trouver une solution afin d’exploiter au mieux cet équipement prestigieux ».

Mais cette vision fait trembler les vitres au quatrième étage du conseil départemental du Cantal.

« Si l’État s’en va, c’est qu’il y a une raison. Pourquoi, par exemple, l’école d’attelage labellisée par l’IFCE, et lancée en février 2016, a-t-elle été abandonnée moins d’un an après ? Je me pose la question. Si ce n’était pas rentable, je ne vois pas pourquoi elle le deviendrait sous l’égide de ma collectivité ».

Tous ces bouleversements nuisent à la prospérité de l’élevage équestre dans le Cantal. Selon des documents que nous avons pu nous procurer, la filière équine est en chute libre. Ces dix dernières années, le nombre d’élevages cantaliens a diminué de moitié (- 51 %). Les naissances, ont baissé de 44 % entre 2000 et 2017. Plus concrètement, seuls cinq poulains de courses sont nés dans les huit élevages du département en 2017. Et, sur les 539 élevages de chevaux de trait, filière reine du Cantal, 700 poulains ont vu le jour en 2017. Moins d'un an après son ouverture, l'école d'attelage labellisée par l'IFCE a été fermée.Selon Jacques Espinasse, « le coût de la reproduction de chevaux de trait dans le privé est deux à trois fois supérieur. Ce qui refroidit les ardeurs des éleveurs puisque l’activité n’est plus subventionnée ».Aujourd’hui, une association a proposé un projet de reprise du haras au conseil départemental.

Les éleveurs et cavaliers du Cantal candidats à la reprise

Un projet de reprise du haras a été soumis au conseil départemental. Celui porté par l’Association des éleveurs et cavaliers du Cantal (AECC). Ce projet a été présenté au conseil départemental en septembre 2018. Les membres de l’AECC, ont pu connaître les traits de ce projet lors de l’assemblée générale de l’association le 1er mars dernier. L’AECC souhaite « continuer à faire vivre le haras, et surtout profiter des infrastructures en place et qui ne méritent pas d’être abandonnée. Ce que nous proposons, c’est une solution à moindre coût pour le conseil départemental », assure Stéphane Chalier, le président de l’association.Attirer un cavalier international L’objectif de l’AECC est clair : « Faire venir à Aurillac un cavalier d’envergure internationale. Il pourrait s’y installer avec une vingtaine de chevaux d’exception. L’écurie verserait un droit de location à l’association, de sorte qu’elle puisse avoir les moyens de développer le haras. Les boxes des chevaux sont à rénover, tout comme la carrière du haras. Pour nous, il y a, c’est certain, un véritable potentiel sur le site qui sera bénéfique pour l’ensemble de la filière. Et pour attirer ce cavalier, nous avons besoin du soutien du Département », avance Stéphane Chalier. Lundi 25 mars, une réunion a eu lieu entre l’expert mandaté par le Département, le responsable du pôle déplacements et infrastructure et le président de l’AECC. Ce projet est étudié par le conseil départemental, qui assure aussi que « si d’autres associations, entreprises ou personnes privées proposent un projet de reprise, nous serons dans l’obligation légale de les étudier. Pour l’instant, nous avons encore jusqu’à 2022 et le départ de l’IFCE pour trouver la meilleure solution pour le haras d’Aurillac »

Olivier Ceyrac

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