Ce bolide des mers a retrouvé une nouvelle jeunesse avec une remotorisation en hors-bord à la place des in-bord originaux, doublée de l’ajout d’un braquet réalisé sur mesure. Autant de transformations qui améliorent le comportement du bateau ! Envie d’un peu d’adrénaline ? Photos : Laurent Comperat et Sébastien Cagey
Les lecteurs de Moteur Boat se souviendront peut-être d’un reportage concernant la restauration d’un Bertram 25 chez LC Marine, à Saint Cast-le-Guildo (22). Il y était question de la remise en état de ce bateau mythique, une opération qui passait notamment par la suppression d’un in-bord diesel (Yanmar) au profit d’une bimotorisation en hors-bord.
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Passer de l’in-bord au hors-bord est à la portée de tous les bateaux, même les plus extrêmes comme ce Racer X de 1996... © Moteur Boat Magazine[/caption]
Au passage, un braquet en aluminium avait été posé sur le tableau arrière, apportant un surcroît de flottabilité et une meilleure assise du bateau.
À la suite à cet article, le propriétaire d’une Cigarette (un offshore américain) a contacté Laurent Comperat, patron du chantier LC Marine, début 2024. L’idée était de reproduire ce système de braquet sur mesure, mais en l’adaptant à des dimensions propres à « la bête », en l’occurrence une
Cigarette Racer X de 1996, le tout devant être capable de supporter une solide cavalerie de deux
V10, les 400 chevaux Mercury, au lieu des deux V8 de 520 chevaux et 8,2 litres chacun (des modèles Mercury Racing à carburateurs).
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Avant d’entreprendre les travaux, l’équipe de LC Marine a procédé à des tests en mer pour appréhender le comportement de cet offshore. © Moteur Boat Magazine[/caption]
Une étude de faisabilité avant les travaux
Une étude de faisabilité a été nécessaire, car les deux rénovations, même si elles présentaient des similitudes, comportaient son lot de différences.
Comme le souligne
Laurent Comperat, «
c’est un gros dossier comparé au Bertram 25. Cette Cigarette va beaucoup plus vite et sa restauration a engendré plus de contraintes, car beaucoup d’éléments sont surdimensionnés à bord, comme les varangues »
Le propriétaire venait juste d’acheter cette
Cigarette chez
Lethiec & Fils, à Mandelieu, un des spécialistes du monde du racing en France. «
Le bateau était très sain, en parfait état, ce qui a permis de valider la faisabilité des travaux. Nous avons donc créé un braquet sur mesure, avec base en aluminium, comme pour le Bertram. Il représente un des postes les plus importants de ce dossier, hors moteurs. »
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Une planche de mousse EVA a été ajoutée pour apporter plus de confort lorsqu’on se met à l’eau © Moteur Boat Magazine[/caption]
Reste à savoir pourquoi le propriétaire souhaitait passer en hors-bord, d’autant que ses in-bord avaient été entièrement déposés et révisés, et ne totalisaient que 20 heures depuis cette remise à neuf…
«
Les in-bord, lorsqu’ils restent à l’eau en permanence, peuvent rencontrer des problèmes, notamment de corrosion » explique Laurent Comperat.
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L’espace désormais libre dans la cale est considérable ! La partie supérieure reçoit un bain de soleil. © Moteur Boat Magazine[/caption]
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Un bateau plus fiable et moins bruyant
Aux États-Unis, ces offshores sont stockés sur ascenseurs et ne sont au contact de l’eau qu’au moment de leur sortie en mer. Le propriétaire souhaitait également un bateau moins bruyant et plus fiable.
En plus de la remotorisation, nous en avons profité pour refaire différents équipements, comme les vaigrages et la sellerie, mais aussi l’électronique (désormais en Simrad), ainsi que la hi-fi , avec un pack Fusion qui totalise six haut-parleurs et un amplificateur, sans oublier la pose d’inserts de teck à l’intérieur.
L’électricité a été revue, et les ampoules classiques ont été changées au profit d’un éclairage à del moins gourmand. Le choix des commandes s’est porté sur des modèles Racing, pour conserver l’esprit du bateau.
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Quant aux deux anciens
V8 de 520 chevaux, ils ont trouvé preneur à bord d’une autre Cigarette qui navigue à Arcachon. L’opération a permis de réduire la facture d’achat des deux
V10 de 400 chevaux.
Au total, la restauration complète a coûté
155 000 € (HT), les deux tiers étant pour les moteurs – une somme importante, mais à mettre en perspective avec un modèle identique neuf.
«
Aujourd’hui, une Cigarette 38 Top-Gun (à peu près équivalent) est affichée au catalogue dans les 800 000 $, explique Laurent Comperat.
La restauration de ce Racer X permet de repartir sur une unité quasiment neuve. L’opération reste très rentable, et si le bateau devait être revendu demain, le propriétaire ne perdrait pas d’argent. »
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Un déjaugeage plus rapide et une meilleure assiette
Voilà pour la partie théorique, mais, dans la pratique, cette transformation d’ampleur a également permis d’améliorer le comportement du bateau.
«
On gagne sur tous les tableaux, détaille Laurent Comperat.
Avec ce braquet, la stabilité est meilleure. Le bateau est également plus manœuvrant, moins bruyant – tout en conservant les échappements aériens si on le souhaite –, plus fiable et plus stable à basse vitesse. Le fait d’avoir plus de portance grâce au braquet évite de devoir atteindre les 30 nœuds pour déjauger. Désormais, le déjaugeage intervient entre 20 et 25 nœuds, et de façon plus plane, sans le cabrage excessif noté auparavant. Même en ligne droite, le comportement a changé… Avant, il fallait trimer en négatif et jouer avec les flaps, car le bateau affichait beaucoup de poids à l’arrière. Avec les plus de 2 000 litres d’air que représente le braquet, on gagne en flottabilité. »
Le gain de vitesse est également à mettre au crédit de cette transformation.
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Le Racer retrouve son élément dans sa nouvelle configuration © Moteur Boat Magazine[/caption]
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De 52 nœuds en vitesse maximale, on atteint désormais 60 nœuds, sans le bouillonnement à proximité des embases des in-bord ». Le choix des hélices s’est porté sur des modèles à quatre pales, en 23 pouces.
«
Elles sont plus coupleuses et pas trop courtes, ce qui évite de trop monter dans les tours, explique Laurent Comperat.
Le bilan est très positif. On va plus vite avec une consommation divisée par deux. »
Le concept du braquet permet de conserver l’esprit et le style de cette Cigarette, sans le dénaturer, ce qui se retrouve même au niveau des œuvres vives. En effet, certains modèles de Cigarette possèdent un « notch », sorte de marche, mais qui, contrairement à un step placé au niveau médian de la carène, se situe à l’arrière.
Ce décroché d’une dizaine de centimètres a été dupliqué sur le braquet, reproduisant ainsi l’effet du coussin d’air sur lequel repose l’arrière de la carène.
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Le braquet a été modélisé pour servir sur d’autres bateaux offshores. © Moteur Boat Magazine[/caption]
Le braquet a été solidement posé sur le tableau arrière entièrement rebouché, maintenu par plusieurs éléments, comme la colle-mastic (25 cartouches !), 24 boulons de section 14, sans oublier une contreplaque intérieure en aluminium de 1,50 centimètre d’épaisseur.
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À cela s’ajoutent des supports et des jambes de force… Le tout est donc largement capable de recevoir les 800 kg que représentent les deux V10, plus les 190 kg du braquet.
«
L’ensemble représente presque une tonne en plus, mais, par rapport aux deux blocs et embases, on a enlevé 200 kg. C’est un gain de poids intéressant qui améliore l’assiette », explique Laurent Comperat. Une fois terminé, le bateau a rejoint sa place de port, en Méditerranée. Cette Cigarette n’a pas d’antifouling, mais adoptera un système K-Ren, sorte d’enveloppe qui se colle sur les œuvres vives et empêche la formation d’algues. « Un antifouling aurait nécessité d’empiéter sur les œuvres mortes qui possèdent encore les décorations d’origine en parfait état. Il faut à tout prix les conserver, elles font partie du charme de ce bateau rétro. À l’usine, ce sont des artistes qui étaient chargés de les peindre, avec un dégradé très réussi. À l’époque, cette option coûtait 75 000 $. »
La place libérée dans la cale moteur va permettre d’accroître le volume des rangements et d’installer une grande glacière au lieu de l’antique réfrigérateur dont la dépose aurait nécessité de percer une varangue. Un bain de soleil coiffe l’ensemble de cette soute.
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Une dizaine de mois pour la restauration complète
Le chantier de cette
Cigarette a nécessité une dizaine de mois, avec une dizaine d’intervenants (sellier, chaudronnier, électricien, peintre, stratificateur, etc.). Il démontre qu’il est toujours possible de redonner vie à un bateau.
Le concept du braquet est d’ailleurs appelé à être reproduit sur d’autres modèles d’offshores, et
Laurent Comperat a fait numériser celui utilisé sur la Cigarette pour être adapté sur quasiment tous les modèles, selon les besoins.
«
Je pense que cette solution pourrait sauver beaucoup de Cigarette qui sont un peu à l’abandon. Les propriétaires ne savent pas forcément quoi en faire. Désormais, nous leur offrons une seconde vie. Si le bateau est sain et n’a pas souffert, c’est pertinent. On peut même réaliser de bonnes affaires ! », conclut Laurent Comperat. Ou comment redonner un nouveau souffle à une Cigarette…
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Le racer se prépare à retrouver son élément © Moteur Boat Magazine[/caption]