« Mort au dictateur ! » : l'Iran en ébullition après le décès de Mahsa Amini, arrêtée pour un voile mal ajusté
« Mort au dictateur, mort au dictateur ! » Le cri de rage a jailli pour la première fois ce samedi à Saqqez, dans le Kurdistan iranien, en marge des obsèques de Mahsa Amini. Des dizaines de manifestantes ont alors retiré les foulards – obligatoires – qui couvraient leurs têtes avant de les agiter en l’air, tout en défiant verbalement le régime des mollahs et sa figure de proue, l’ayatollah Ali Khamenei.
— Golnaz Esfandiari (@GEsfandiari) September 17, 2022Depuis la mort de cette femme de 22 ans, arrêtée le 13 septembre à Téhéran au prétexte que son hidjab ne cachait pas suffisamment ses cheveux, et décédée trois jours plus tard (voir encadré ci-dessous), la colère monte dans le pays.
Cortèges et répressionDes vidéos partagées sur les réseaux sociaux montrent des cortèges arpentant les rues de plusieurs villes. Images similaires dans des universités de la capitale, hier, où des étudiants révoltés ont repris le « Mort au dictateur ! » scandé à Saqqez. Toujours en signe de contestation, des femmes prennent le risque de se filmer en train de brûler leur hidjab ou de se couper les cheveux.
— Masih Alinejad ??? (@AlinejadMasih) September 18, 2022Correspondante de RTL et France 24 à Téhéran entre 2016 et 2020, la journaliste franco-iranienne Sara Saidi n’est « absolument pas surprise par l’ampleur de la révolte ».
« On observe sur place un ras-le-bol énorme des femmes, particulièrement combatives, et de la population au sens large, vis-à-vis des conservateurs au pouvoir, dit-elle. Les “pro-régime” sont très minoritaires, ils ne représentent que 10 à 15 % des Iraniens. Leur impopularité est encore accentuée par la situation économique très dégradée et l’inflation galopante, conséquence des sanctions internationales liées au programme nucléaire iranien. La pauvreté augmente, notamment au Kurdistan. Et le mécontentement avec… »
Une traque incessanteFacteur aggravant : la mort de Mahsa Amini s’inscrit dans une longue série de dénonciations visant la police des mœurs et des vertus. « Les accusations de violences, voire de viols, se multiplient », confirme Sara Saidi, qui a vécu de près la traque menée au quotidien par ces agents (très) zélés.
« Ils circulent dans un fourgon blanc facilement identifiable et sont à l’affût du moindre détail, de la moindre inattention, raconte la journaliste. Le plus souvent, des hommes conduisent et des femmes ultra-voilées sont à l’arrière. Ce sont elles qui sortent pour intercepter les passantes “mal habillées”. »
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« Très arbitraire »Cette dernière notion laisse d’ailleurs une large place à la subjectivité. « Le code vestimentaire de la République islamique impose de porter un voile, mais aussi un manteau ou une tunique longs, qui doivent couvrir les fesses, poursuit Sara Saidi. Mais dans les faits, vous pouvez aussi subir une rafle pour un vernis ou un maquillage qui ne plaisent pas, un pantalon jugé trop serré, etc. C’est très arbitraire. »
Dans ce climat de « peur permanente », l’ex-correspondante à Téhéran s’était fixé un objectif clair en cas de face-à-face avec une patrouille des mœurs : « Faire le maximum, crier, prétexter l’oubli des papiers d’identité, pour ne surtout pas monter dans le fameux camion. Parce qu’une fois dedans, tout peut arriver… »
Stéphane Barnoin
Accusations et dénégations. Mahsa Amini est tombée dans le coma le 13 septembre, date de son arrestation. Elle est décédée dans un hôpital trois jours plus tard. Des témoins affirment que la jeune femme a été frappée dans le fourgon de la police des mœurs. Les autorités assurent au contraire qu’elle a succombé à une « crise cardiaque » survenue au commissariat. « Nous avons mené des enquêtes. Toutes les preuves montrent qu’il n’y a pas eu de négligence ou de comportement inapproprié de la part des agents », a affirmé hier le n°1 de la police de Téhéran. Une version qui ne convainc pas la famille de la victime, pas plus que de nombreux artistes, personnalités sportives politiques et religieuses, qui dénoncent de possibles « tortures » et ont exprimé leur colère sur les réseaux sociaux.

