Zidane voulait favoriser Dugarry en 1998 : Les confidences d’un champion du monde
L’épopée de France 98 ressemble souvent à un conte de fées lisse et sans accroc, forgé autour du grand mythe unificateur. Pourtant, la réalité du vestiaire d’Aimé Jacquet était bien plus complexe, jalonnée de luttes d’influence et de guerres d’ego. Aujourd’hui, la résurgence d’un document d’archive passionnant vient éclairer d’un jour nouveau les coulisses de cette sélection historique. Ces confidences oubliées, livrées par Stéphane Guivarc’h quelques mois avant le sacre absolu, rappellent à quel point l’amitié indéfectible entre Zinédine Zidane et Christophe Dugarry a pu créer de vives frictions au sein de l’attaque tricolore.
Les déclarations « nulles » de Zinédine Zidane
Le lien fraternel qui unit Zidane et Dugarry depuis leurs années bordelaises n’est un secret pour personne. À l’aube du Mondial, le meneur de jeu de la Juventus n’avait d’ailleurs pas hésité à clamer publiquement qu’il préférait évoluer aux côtés de son ami, allant jusqu’à prétendre qu’il ne pouvait jouer « qu’avec lui ». Une sortie médiatique retentissante qui avait profondément heurté son concurrent direct. Interrogé à l’époque dans les colonnes de France Football sur cette préférence affichée, Stéphane Guivarc’h n’avait pas mâché ses mots. « Évidemment, il y a des choses nulles qui ne devraient jamais être dites ou ne jamais passer par la presse, mais c’est ainsi », pestait le buteur breton.
Loin de se laisser intimider par la star incontestée de l’équipe, l’attaquant d’Auxerre préférait répondre par les actes. Conscient de son rôle ingrat mais vital dans le système français, il estimait que Zinédine Zidane n’avait absolument « pas eu à se plaindre » de son abattage, notamment lors d’un match amical face à l’Espagne. « J’ai pas mal défendu pour qu’il puisse s’exprimer. J’ai su, je pense, ne pas jouer ma carte personnelle », se justifiait alors Guivarc’h. Une manière forte de rappeler que le talent du meneur de jeu dépendait aussi du sale boulot abattu par les autres.
Une guerre d’ego évitée de justesse
Malgré cet affront public, Guivarc’h a toujours eu l’intelligence de refuser la confrontation directe. « Moi ? Non, bien sûr. Je ne rentre pas là-dedans », balayait-il d’un revers de main lorsqu’on lui demandait s’il s’en était expliqué avec le numéro 10. Préférant renvoyer la balle dans le camp d’Aimé Jacquet, seul juge de paix, le buteur s’isolait dans sa bulle de travail : « Mon boulot, c’est de marquer, de passer, de défendre. Les faits plaident pour moi, et tout le reste c’est du bla-bla-bla… Je m’en fiche. »
Cette pépite exhumée du passé démontre que la construction d’un groupe champion du monde relève souvent du miracle diplomatique. Au final, Jacquet a su tirer le meilleur des deux hommes : Dugarry a fait taire les accusations de piston en marquant d’entrée sur une passe de son fidèle ami, tandis que Guivarc’h, resté muet face au but, a abattu un travail colossal jusqu’en finale. Aujourd’hui, si le duo bordelais continue de capter la lumière médiatique, le rude buteur breton vend paisiblement des piscines dans le Finistère. Une retraite heureuse, très loin de ce « bla-bla-bla » qu’il fustigeait avec tant de clairvoyance il y a près de trente ans.

