Une nouvelle crise identitaire à l’ASSE ?
Battue à Reims samedi dernier et sortie du podium de Ligue 2, AS Saint-Étienne traverse une période charnière. Officiellement, le projet porté depuis le rachat par Kilmer Sports Ventures en 2024 reste intact. Officieusement, un malaise diffuse gagne les travées du Forez. Plus que la simple remontée en Ligue 1, c’est la direction prise par le club qui interroge, à mesure que les contre-performances s’additionnent et que le discours institutionnel se fait discret.
Un projet sportif qui questionne l’ADN vert
Au cœur des inquiétudes, une rumeur persistante : un désengagement progressif du centre de formation, au profit d’une logique de “post-formation” plus conforme aux standards anglo-saxons. Rien d’officiel, mais l’idée circule avec insistance. Pour un club dont l’histoire s’est construite sur l’émergence de jeunes talents, cette hypothèse agit comme un électrochoc. Le contraste est frappant entre l’héritage revendiqué et la perception d’une stratégie plus pragmatique, dictée par la rentabilité et l’optimisation des effectifs.
Le mercato hivernal 2026 n’a fait qu’accentuer ces interrogations. Des départs, peu d’arrivées, et aucun renfort susceptible de modifier profondément la hiérarchie sportive. L’entraîneur Eirik Horneland se retrouve fragilisé, pendant que des pistes circulent déjà pour sa succession. Sur le terrain comme dans les bureaux, l’impression domine d’un club en transition mal assumée, coincé entre urgence sportive et refonte structurelle.
La fracture avec les supporters en ligne de mire
Forums spécialisés et réseaux sociaux sont devenus le principal baromètre du malaise. Les discussions évoquent une “perte d’âme”, un glissement progressif loin des racines populaires et formatrices du club. Ces débats, encore cantonnés aux cercles de supporters les plus actifs, témoignent d’une fracture potentielle entre la vision des propriétaires et l’attente d’un public viscéralement attaché à l’identité stéphanoise.
À court terme, la priorité reste la remontée. Mais à moyen terme, l’ASSE devra clarifier son projet. Car une crise identitaire non résolue pèse toujours plus lourd qu’une mauvaise série de résultats. Si le club ne précise pas rapidement sa feuille de route, le doute pourrait se transformer en défiance ouverte. À Saint-Étienne, plus qu’ailleurs, l’avenir ne se construit jamais sans la mémoire du passé.

