OM – Lens : Thauvin ne s’attendait pas à ça
La crainte était palpable, presque légitime. Revenir au Vélodrome avec le maillot du leader lensois, dans un match couperet pour l’OM, aurait pu transformer Florian Thauvin en cible idéale. Mais Marseille a de la mémoire, et souvent plus de cœur que de rancune. Ce samedi soir, à l’annonce des compositions d’équipes, le peuple marseillais a choisi son camp : celui de la reconnaissance. Loin des sifflets redoutés, c’est une vague d’applaudissements nourris qui a accompagné le nom de l’ancien numéro 26 olympien. Une ovation sincère pour celui qui, pendant sept saisons et demie, a tout donné pour ce blason, alternant les exploits individuels et les moments de doute avec une fidélité rare.
Une histoire d’amour contrariée mais réelle
Florian Thauvin et l’OM, c’est l’histoire d’un joueur qui rêvait d’être le « Totti de Marseille ». Arrivé à 20 ans après un bras de fer homérique avec le LOSC, il a connu les bas-fonds des années Louis-Dreyfus, l’exil forcé à Newcastle, puis la résurrection sous Rudi Garcia. Avec 86 buts et 62 passes décisives en 281 matchs, il a porté l’attaque olympienne à bout de bras, formant avec Dimitri Payet un duo aussi électrique que dysfonctionnel. Si le palmarès est resté vierge, les statistiques et l’engagement ne mentent pas. Ce soir, le Vélodrome a salué ce « Flotov » qui, même dans la tempête, n’a jamais triché.
L’accueil chaleureux s’explique aussi par l’attitude irréprochable du joueur. Au match aller à Bollaert, Thauvin avait refusé de tirer un penalty face à son club de cœur et s’était abstenu de célébrer la victoire dans le vestiaire lensois. Ce respect des couleurs, cette pudeur dans la rivalité, les supporters marseillais ne l’ont pas oublié. « C’est un joueur qui a toujours respecté nos valeurs », confiait un fan avant le match. Ce soir, Marseille a rendu la pareille.
Thauvin ému par les hommages
Sur la pelouse, l’émotion était visible sur le visage buriné de celui qui fêtera ses 33 ans lundi. Submergé par les souvenirs, Thauvin a semblé touché par cette marque d’affection, lui qui craignait peut-être l’indifférence ou l’hostilité. Vincent Labrune, son ancien président, avait prédit qu’il serait « touché ». Il ne s’était pas trompé. Ce retour est une bouffée de nostalgie pour tout un stade, rappelant une époque où l’OM vibrait au rythme de ses « enroulés du gauche ».
Mais l’OM reste l’OM. Une fois le coup d’envoi donné, la bienveillance a laissé place à l’enjeu. Comme l’avait prédit Pierre Sage, le public soutient désormais son équipe avant tout. Thauvin est redevenu, pour 90 minutes, un adversaire à neutraliser. « S’il marque, on le sifflera », prévenait un habitué de la tribune Ganay. La nostalgie a ses limites, surtout quand une place en haut de tableau est en jeu. Mais avant la guerre, il y a eu la paix. Et ça, Thauvin ne l’oubliera pas.

