Avant Cameroun, le Maroc voit des Algériens partout
À 24 heures d’un quart de finale attendu contre le Cameroun, le Maroc a ouvert un dossier inattendu. La FRMF a officiellement saisi la Confédération africaine de football pour contester la désignation du corps arbitral. En cause, non pas l’arbitre central égyptien, mais la présence de deux officiels algériens à des postes jugés sensibles. Une démarche lourde de sens, révélatrice d’un climat de suspicion croissant autour des Lions de l’Atlas.
Le Maroc déclare la guerre à l’arbitrage
Le cœur de la protestation marocaine repose sur deux éléments. D’abord, le timing : la désignation tardive des arbitres, jugée contraire aux usages habituels. Ensuite, la composition même du corps arbitral, avec un assistant et surtout un arbitre VAR algériens. Dans un contexte de rupture diplomatique persistante entre Rabat et Alger depuis 2021, cette configuration est perçue comme un risque potentiel. D’autant plus que le Maroc pourrait croiser l’Algérie plus loin dans le tournoi. Officiellement, il n’est pas question de corruption, mais d’un « manque de transparence ». Officieusement, la crainte est bien plus profonde.
Cette inquiétude s’inscrit dans un climat émotionnel tendu. Le Maroc accueille la CAN avec l’étiquette de favori, héritée de son parcours historique au Mondial 2022. Une attente qui s’est transformée en pression. Le jeu proposé n’a pas toujours rassuré, et la victoire étriquée contre la Tanzanie en huitièmes n’a pas dissipé les doutes. Dans ce contexte, chaque détail devient un motif d’alerte.
Walid Regragui, le sélectionneur marocain, sous la pression d’une nation entière. La contestation de l’arbitrage, avant même d’être un argument sportif, révèle les peurs et les doutes qui assaillent le favori à domicile.
Le poids de l’histoire et de la pression populaire
Impossible d’ignorer le traumatisme de 1988. Cette demi-finale perdue face au Cameroun, déjà au Maroc, reste une cicatrice collective. Le sélectionneur Walid Regragui a lui-même évoqué cette « bête noire » camerounaise, ravivant une mémoire douloureuse. En parallèle, la polémique arbitrale agit comme un déplacement de la peur : l’adversaire sportif devient presque secondaire face à l’ennemi invisible.
L’ironie est pourtant frappante. Quelques jours plus tôt, le Maroc avait bénéficié d’un arbitrage clément face à la Tanzanie, sans susciter la moindre protestation officielle. Ce double standard alimente l’idée d’un biais émotionnel plus que d’un danger objectif.
Une crispation plus psychologique que factuelle
Côté camerounais, le contraste est net. Le discours reste centré sur le jeu, sans référence à l’arbitrage. Cette sérénité accentue l’impression d’un Maroc prisonnier de ses propres attentes. En contestant avant même le coup d’envoi, la FRMF expose surtout une fragilité mentale. Plus qu’un complot, cette affaire raconte la difficulté d’assumer un statut de favori à domicile. Vendredi soir, le vrai enjeu ne sera peut-être pas l’arbitre, mais la capacité du Maroc à jouer libéré de ses peurs.

