Boycott et insultes : le LOSC implose-t-il de l’intérieur ?
Samedi devait être une soirée charnière pour le LOSC dans la course à l’Europe. Elle s’est muée en détonateur. Battus 0-2 à domicile par Stade Rennais, les Lillois ont vu la rencontre leur échapper très tôt avec l’expulsion d’Alexsandro pour une faute jugée « occasion manifeste de but ». Décision sévère pour les uns, défendable par le règlement pour les autres. Mais ce carton rouge a servi de minute zéro à une dérive générale, sur le terrain comme en tribunes.
Quand Lille transforme un match en crise institutionnelle
À partir de là, tout s’enchaîne. Olivier Létang, président du LOSC, descend à la mi-temps interpeller l’arbitre Éric Wattellier dans le couloir, multipliant les accusations filmées par plusieurs médias. Une récidive pour un dirigeant déjà sanctionné cette saison pour ses attaques contre l’arbitrage, et dont l’ironie est soulignée partout : il préside aussi le collège de Ligue 1. Dans ce climat, Bruno Genesio doit être retenu par ses joueurs et boycotte ensuite la conférence de presse. Le club évoque des raisons personnelles, mais le message est perçu comme une protestation assumée. Pendant ce temps, l’arbitre, lui, s’explique calmement devant les micros.
L’atmosphère s’envenime encore en tribunes. Relocalisés près de la presse après des sanctions antérieures, des ultras entonnent des chants injurieux et homophobes, audibles jusque dans les travées officielles. Le match est brièvement interrompu. Les témoignages de journalistes évoquent insultes, intimidations et une cohabitation devenue impossible.
Après le coup de sifflet final, aucune condamnation publique des chants. Aucun message d’apaisement. Ce mutisme choque d’autant plus que les directives prévoient désormais des retraits de points en cas de récidive discriminatoire. Le collectif Rouge Direct parle d’un match « cauchemardesque » et réclame des sanctions exemplaires, pointant la passivité du club.
Vers une affaire dépassant le terrain
Sur les réseaux, la fracture s’élargit : certains dénoncent un « scandale » et une direction hors-sol, d’autres crient au complot arbitral et déplacent tout le débat. Résultat : dirigeants contre arbitres, supporters contre médias, club contre militants. La Ligue de Football Professionnel est désormais sous pression pour trancher.
Le LOSC n’est plus seulement jugé sur un résultat sportif. En accumulant colères publiques, boycott médiatique et silence face à des faits graves, le club s’expose à une crise institutionnelle. En quatre-vingt-dix minutes, Lille est passé d’un prétendant européen à un cas test national.

