Nouvelles

Casino : "Naouri est un joueur d’échecs qui essaie par tous les moyens de gagner du temps"

0 203

C’est une bataille comme la grande distribution n’en avait pas connue depuis des lustres. Chaque jour apporte sa contre-offensive. D’un côté, le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky a lancé une offensive avec une offre d’augmentation de capital de 1,1 milliard d’euros à laquelle Fimalac est associé. De l’autre, le trio Moez-Alexandre Zouari, Xavier Niel et Matthieu Pigasse peaufine une proposition concurrente, d’un montant équivalent. Le groupe dirigé par Jean-Charles Naouri a officialisé la remise d’une offre de sa part. "Le groupe Casino indique avoir reçu une lettre d’intention préliminaire de Messieurs Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Moez-Alexandre Zouari relative à une proposition de renforcement des fonds propres de Casino Guichard Perrachon jusqu’à un montant de 1,1 milliard d’euros", indique le communiqué de presse. D’autres distributeurs sont aussi en embuscade. Une série à suspense dont on ne connaît pas encore l’issue. Seule certitude : le paysage de la grande distribution sera demain totalement chamboulé. Décryptage par Franck Rosenthal, expert en marketing du commerce.

L'Express : La bataille pour la recapitalisation du groupe Casino monte chaque jour en intensité entre d’un côté Daniel Kretinsky et de l’autre le trio Zouari-Niel-Pigasse avec Intermarché en embuscade. Quel regard portez-vous sur cette guerre capitalistique ?

Franck Rosenthal : Si l’incertitude de la bataille est totale, toute cette surenchère et ses revirements d’alliance sont une bonne nouvelle pour les salariés du groupe qui auraient pu craindre une vente à la découpe ou une fin plus brutale comme Manufrance autrefois. Si la bataille est aussi rude, c’est que l’entreprise a une réelle valeur, malgré une valorisation boursière massacrée. En dépit d’un endettement faramineux, d’un sous-investissement chronique dans les magasins, d’une chute significative des parts de marché et d’un parc de magasins qui s’effrite, le groupe Casino héberge des pépites, Monoprix, le réseau des magasins de proximité Franprix et d’une certaine façon Cdiscount. Au départ il n’y avait qu’une seule offre, celle de Teract et InVivo. Puis Naouri, lui-même, a alimenté la convoitise en ouvrant les portes au projet de Kretinsky qui est par ailleurs déjà actionnaire. On retrouve là le joueur d’échecs qui essaie par tous les moyens de gagner du temps pour repousser à plus tard l’inévitable.

Quel projet vous paraît aujourd’hui le plus pertinent ?

C’est difficile à dire. Car du côté du milliardaire tchèque, pour l’heure c’est surtout une opération financière et on ne voit pas vraiment la stratégie industrielle et commerciale derrière. Mais ce n’est pas parce qu’il ne l’a pas encore dévoilée qu’il n’en a pas. Du côté du trio Zouari-Niel-Pigasse et de la nouvelle structure 3F qu’ils viennent de créer, l’objectif est toujours le même : remonter toute la filière et être à la manœuvre de l’amont – le producteur – à l’aval – le distributeur. S’ils réussissent, je peux parier que d’une manière ou d'une autre, la coopérative InVivo reviendra dans la partie car c’est une formidable opportunité pour elle d’écouler ses produits. ll y a évidemment Intermarché prêt à mettre la main sur 180 magasins et on ne parle pas de Carrefour qui est toujours en embuscade. Alexandre Bompard, le DG du groupe, cherche toujours à se marier avec un de ses concurrents. L’offre de rachat avec le Canadien Couche-Tard avait été rejetée par Bruno Le Maire, puis les tentatives de rapprochements avec Auchan ont vite été abandonnées par le clan Mulliez. Si la consolidation de la grande distribution passait par une alliance entre Casino et Carrefour, alors l’ensemble deviendrait numéro un en France, sous réserve que les autorités de la concurrence l’acceptent…

Justement, dans quelle mesure cette bataille autour de Casino illustre la nécessaire recomposition du paysage de la grande distribution ?

Le niveau de compétition sur la grande distribution est très élevé et les marges sont faibles. Les "indépendants" à l’instar des Leclerc, Système U et Intermarché sont très armés et dynamiques. Carrefour s’est remis en ordre de marche. Et même Auchan qui souffre d’un positionnement plus important que les autres sur les hypermarchés, lesquels n’ont plus forcément la cote, remonte lentement la pente. Et puis il y a en face les deux low cost allemands Aldi et surtout Lidl qui investissent énormément dans la communication. Lidl notamment a investi quasiment trois fois plus que Leclerc (rapporté à sa part de marché), c’est considérable. Dans ce contexte, c’est très compliqué pour un groupe comme Casino, dont la part de marché est tombée à 6 % seulement, de résister.

Comments

Комментарии для сайта Cackle
Загрузка...

More news:

Read on Sportsweek.org:

Autres sports

Sponsored