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A Clermont-Ferrand comme ailleurs, les jeux d'échecs connaissent un succès fou

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Rarement une série télé n’aura recueilli autant d’avis favorables voire unanimes. Le jeu de la dame, plus gros succès de l’histoire de la plateforme Netflix, est un phénomène. Les derniers chiffres fournis par le géant du streaming fin octobre annonçaient que 62 millions de comptes à travers le monde avaient déjà visionné tout ou partie des sept épisodes.

Pour ceux qui ne l’ont pas vu ou qui ne sont pas abonnés à Netflix, The Queen’s gambit (nom original du programme) raconte sur plusieurs années le destin d’une jeune orpheline américaine qui s’avère être un génie du jeu d’échecs. Le tout en pleine guerre froide.

Rupture de stock

On pourrait s’arrêter là et simplement conseiller de voir cette série en tous points réussie. Mais non. Le jeu de la dame a surpris tout le monde en donnant un nouveau souffle aux échecs. On peut même parler d’un véritable engouement international qui se confirme à Clermont-Ferrand.

Guillaume Roussat, gérant de la boutique spécialisée Labyrinthe, est tout simplement en rupture de stock. « Depuis vingt ans que je tiens le magasin, je n’avais jamais autant vendu d’échiquiers pour Noël. Les vitrines sont vides. Pourtant j’en avais rentré plus que d’habitude. Pas forcément en prévision du succès de la série que je n’avais pas encore vue. Ça a démarré avec le confinement car les gens se retrouvaient à deux et se disaient “pourquoi ne pas se mettre aux échecs”. Avec la série en plus, ça a été extraordinaire. »

Résultat, les fournisseurs sont dépassés. Pas de réapprovisionnement avant deux à trois mois.

Une nouvelle clientèle

A la Centrale des jeux, non loin de là, Fred Samara ne connaît pas encore la pénurie car il avait en stock une centaine de jeux d’échecs différents. Mais il dit en avoir vendu tout de même trois fois plus que le Noël précédent.

Et de préciser : « Je me suis adapté à la demande. La plupart des gens qui sont venus acheter des jeux ces dernières semaines avaient un prix en tête et il fallait que l’objet corresponde. Pour eux, la valeur moyenne d’un beau jeu, c’est 50 €, on peut pousser à 60. Alors que dans cette gamme, un plateau d’échecs en marqueterie avec des pièces en buis du Jura, cela représente beaucoup de travail et on est au-dessus de 100 €. J’ai donc commandé des jeux en fonction du prix, en proposant des produits à 22 et 49 €. »

Le carton de la série ne laisse pas indifférent ce spécialiste qui a été plusieurs fois champion d’Auvergne d’échecs. Mais il est partagé.

Je souhaite que les gens se mettent un peu plus aux échecs mais ça fait peur, tout de même, l’influence de l’image sur le public...

Cette situation lui rappelle l’engouement (beaucoup plus relatif) pour le go, à la sortie du livre La joueuse de go, couronné par le prix Goncourt des lycéens en 2001. Cela n’avait duré qu’un temps et Fred Samara se demande si l’intérêt retrouvé pour les échecs ne va pas s’essouffler, lui aussi. Une fois qu’une nouvelle série aura fait parler d’elle...

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Les clubs d'échecs dans l'attente

Bernard Fourche espère bien le contraire. Le président de l’Échiquier clermontois arverne ronge son frein parce que les règles sanitaires imposées par le gouvernement ne permettent pas la pratique des échecs en club. Comment vérifier alors si la série a créé des vocations ? « On a reçu pas mal d’appels pour savoir quand est-ce qu’on reprend, note-t-il simplement. Mais nous sommes dans le flou. Pour l’instant, nous avons la date du 20 janvier... »

Le prochain Open international d'échecs de Clermont-Ferrand est prévu en février 2021 (photo d'archives Thierry Nicolas).

Ce dont Bernard Fourche est sûr, c’est que Le jeu de la dame est une série « très bien faite ». Passionné par l’histoire du jeu, il a cerné dans cette fiction les références à la joueuse hongroise Judit Polgar, au match du siècle de 1972 entre Bobby Fischer et Boris Spassky.

Il a noté aussi « quelques invraisemblances » mais il est prêt à les oublier car le show a le mérite de donner envie aux gens de jouer aux échecs. Et à quelques semaines du 40e Open international de Clermont-Ferrand qu’organise son club, du 18 au 21 février (il croise les doigts), c’est la meilleure dynamique possible.

Thierry Senzier

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