Economie : le meilleur et le pire de 2020 en Corrèze
Ce qui a marché
2020 n’a pas été que marasme pour l’économie corrézienne. Certains ont réussi à tirer leur épingle du jeu notamment dans le domaine du développement durable. Et ils sont d’autant plus méritants au vu du contexte.
Le TanneurLa nouvelle est tombée fin novembre et « c’était Noël avant l’heure » pour la haute Corrèze. Le groupe Tolomei qui, en 2017, a racheté Le Tanneur et ses deux sites de production à Bort-les-Orgues va en installer un troisième à Monestier-Merlines.
Une commune où le groupe spécialisé dans la maroquinerie de luxe loue un site industriel depuis le 1er décembre. Et pour ne rien gâcher, c’est une production qui se faisait jusque-là à l’étranger qui doit s’y installer avec soixante emplois à la clé.
UV GermiC’est une petite PME qui monte. Introduite en bourse en 2017, l’action UV Germi a fait deux bonds de 30 % fin février. Et pour cause, l’entreprise installée à Saint-Viance, commercialise une technologie à base d’ultraviolets permettant de détruire le coronavirus dans l’air. Elle est aussi positionnée sur le marché du traitement de l’eau. Elle a ensuite développé des produits permettant de désinfecter des surfaces. Le bon créneau de cette année 2020.
AxiomaUne autre PME corrézienne promise a un bel avenir : Axioma, spécialiste des biostimulants. En 2020, son patron, Anthony Bugeat a concrétisé son projet et vient de s’installer dans une nouvelle usine à l’ouest de Brive. Un outil de production qui doit être à la hauteur de ses ambitions : produire 30.000 litres par mois de biostimulants à bases d’extraits végétaux et d’eau de mer et pouvoir aller jusqu’à 100.000 litres. Un développement qui doit aussi permettre la création d’une dizaine d’emplois en 2021.
Vica : ce singulier acronyme qui décrit la situation économique chaotique que vit la Corrèze
Des projets innovants mais surtout responsablesOn a aussi vécu, en 2020, le lancement par Andros de la première gourde de compote recyclable. Deux entreprises corréziennes, Perlim-Meylim (Saint-Aulaire) et Allard (Brive) ont conjointement créé un emballage en carton recyclé et recyclable accueillant des pommes bio. Blédina a aussi annoncé un important projet autour de son usine de la cité gaillarde tourné vers l’arboriculture avec la plantation de 2.000 poiriers, le maraîchage et l’agri-énergie.
Lors du défilé de Marine Serre en septembre 2019. On peut aussi noter le succès grandissant de la créatrice de mode d’origine corrézienne Marine Serre qui fait de l’« upcylcing » une priorité… Tout ça pour dire que ce qui a marché en 2020 est innovant et surtout responsable. Une nouvelle économie est en marche. Même en Corrèze.
La saga Photonis et les Américains Photo S. Para. C’est une aventure qui a aussi marqué 2020 et dont les rebondissements récents ont fait beaucoup parler : la vente du leader de la vision nocturne Photonis dont le site de production est situé à Brive. Dans un premier temps, en août, l’État français avait donné son aval sous conditions à Teledyne pour une acquisition. En septembre, le géant américain de la défense s’était finalement rétracté face aux clauses imposées par le ministère de l’Économie. Puis, à l’aune d’une baisse du prix, il était revenu à la charge fin octobre. Enfin, le 18 décembre, le ministère des Armées a définitivement fermé la porte aux Américains en annonçant réfléchir à une solution française.
Ce qui a échouéAvec BorgWarner en tête, les coups durs pendant cette année 2020, n’ont pas épargné l’économie corrézienne. Les conséquences de l’épidémie de Covid-19 ont déjà terrassé les plus faibles et terriblement fragilisé les plus solides.
BorgWarnerUn peu plus d’un mois après la sortie du premier confinement, c’est le choc dans l’entreprise d’Eyrein. Le 25 juin, la direction du groupe américain apprend aux 368 salariés que l’usine fermera ses portes en 2022. Le 4 juillet, 1.500 personnes défilent dans les rues de Tulle au soutien de cette « boîte » si importante pour le bassin de Tulle et pour la Corrèze.
Le 2 septembre, les salariés votent la grève sur le site. Le 18 novembre, l’espoir renaît pour les salariés avec l’annonce d’un possible repreneur Punch Motive international, lequel finalement ne fait pas d’offre. Le 4 décembre, avec l’annonce de ce renoncement, c’est donc une nouvelle douche froide pour les ouvriers. Le bras de fer commence la semaine du 7 décembre avec des négociations tendues pour obtenir les meilleures conditions de départ. Le 10 décembre, un accord est trouvé. L’équipementier automobile BorgWarner a consenti une enveloppe de 60 millions d’euros. Les premiers départs sont attendus en juin 2021.
Deshors MoulageL'usine Deshors dans la zone de Brive Laroche, en 2016. Toujours dans l’automobile, Deshors Moulage, qui fabriquait des moules pour pneumatiques, a été placé en liquidation judiciaire le 21 juillet. Les 47 salariés ont attendu le 16 septembre, date limite des offres de reprise, avec impatience. Mais ce jour-là, rien. Aucun repreneur ne s’est présenté pour perpétuer l’activité de ce site mis en fonction il y a quatre ans seulement. Le 21 octobre, l’usine a définitivement fermé ses portes.
Sud-Ouest EtalagesChez Sud-Ouest Étalages, la fin d’année a été marquée par la lutte sociale suite à l’annonce, le 17 septembre d’un PSE portant sur 37 postes sur les 82 salariés que compte l’entreprise. Une entreprise, spécialisée dans l’aménagement intérieur de magasins mais aussi d’aéroports, des secteurs lourdement touchés par la crise sanitaire. Trois jours de grèves, des négociations et finalement le recours à l’ALPD (activité partielle de longue durée) ont permis de sauver dix postes.
Une économie sous perfusionLes aides gouvernementales maintiennent pour l’heure l’économie corrézienne sous perfusion. En juin dernier, 4.305 entreprises du département avaient sollicité le dispositif d’activité partielle et 1.618 avaient bénéficié de prêts garantis par l’État. Les délais accordés en matière de paiement de charges sociales ont permis de donner un sursis aux entreprises dont l’activité s’est considérablement ralentie. Le réveil risque d’être difficile…
Emilie Auffret & Laetitia Soulier

