Aux championnats du monde de para-athlétisme : Romane Boulard (ASM), c'est pouvoir !
Merci Marion. Car il faut remercier dans la vie les personnes qui gentiment vous orientent, les aiguilleurs de votre ciel. Petite, Romane s’était essayée au judo puis à l’équitation. Et puis un jour, une éducatrice du Sessad (Services d'éducation spéciale et de soins à domicile), Marion, « en a parlé à mes parents ». De l’athlé handisport. Cette pratique sportive qui, entre autres, développe la coordination motrice et le lien social.
« J’ai voulu essayer pour voir et ça m’a ouvert. J’ai rencontré d’autres personnes, j’ai accepté mon handicap ». Lequel ? Une dyspraxie motrice. « Cela fait qu’elle n’a aucune notion de représentation de son corps dans l’espace », indique Julien Lemardelé. Un trouble, associé à une hémiplégie légère, qui la classe dans la catégorie T38, précise son coach.
« C’est un handicap de naissance, expose Romane. J’ai du mal à faire des choses. Mais je vis avec et c’est grâce à l’athlétisme que j’ai compris que je n’étais pas la seule. »
11es championnats du monde de para-athlétismeParis’23. 1.350 athlètes et 107 nations. Troisième édition sur le sol français (après Villeneuve-d’Ascq en 2002 et Lyon en 2013), les championnats du monde de para-athlétisme - Paris’23, ont commencé samedi et prendront fin lundi 17 juillet, au stade Charléty. Deuxième événement international derrière les Jeux Paralympiques (qui se dérouleront du 28 août au 8 septembre 2024 à Paris), la compétition rassemble quelque 1.350 athlètes venus de 107 nations parmi lesquels 35 sportifs français répartis en 29 représentants de la Fédération Française Handisport dont Romane Boulard (catégorie T38) entraînée par Julien Lemardelé (photo Frédéric Marquet) et 6 licenciés de la Fédération Française du Sport Adapté dont Gaël Geffroy (catégorie T20).
C’est à l’ASM (voir ci-dessous) que Romane a éclos. Dans une section handisport « super sympa, un vrai groupe, une famille », s’enflamme-t-elle. Et sous les conseils d’un technicien pédagogue. Remerciements encore. « Julien est un très bon entraîneur, c’est grâce à lui que j’en suis là. Je sais qu’il est là. J’ai de la chance de l’avoir ».
Sixième perf mondiale !Au club, où la pratique de l’athlé dissipe son anxiété, la Clermontoise brise la coquille, s’épanouit. Elle pousse les portes de l’international après des débuts multidiscipline en 2015. « J’ai testé le 100 m, le 200 m, le 400 m - ça c’est dur et j’ai arrêté - la longueur et le poids, que j’ai bien aimé. Mais j’ai cherché où je pourrais être sélectionnée ».
Je suis souriante, joyeuse, à l’écoute, mais plutôt têtue.
Ses qualités sportives donnent corps à son ambition, mais pas seulement ; son sens de l’écoute, son implication totale aussi. « Elle est travailleuse », admire Julien Lemardelé. Peut-être une variante de ce que son élève juge, elle, comme le pire de ses défauts : « Je suis plutôt têtue », avoue-t-elle volontiers avec son joyeux sourire. Ses clefs de réussite pour la compétition.
« J’aime bien faire les compètes, on se parle, ça m’apporte plein de choses. Je me suis découverte, ça m’a aidée », apprécie Romane. Plus dans le ressenti que raconteuse d’anecdotes en tout genre. Sa participation aux Jeux européens paralympiques de la jeunesse 2022 en Finlande, l’athlète la résume en quatre mots qui disent tellement : « une très belle expérience ».
Aux championnats du monde de para-athlétisme de Paris, la sprinteuse-sauteuse asémiste cherchait deux tickets. « Le 200 m, c’était un peu élevé, admet l’entraîneur, mais le contrat y est sur la longueur ». Rempli aux France Handisport à Saint-Etienne. En retombant à 4,24 m dans le bac à sable du stade Lux, le 9 juin, la Clermontoise réalise même la 6e perf mondiale.Coach. Julien Lemardelé, l'entraîneur de Romane Boulard depuis 2015. Photo Rémi Dugne. « Elle monte vite en émotions. Quand elle a appris sa sélection, elle était tout de suite en pleurs », dévoile-t-il. En même temps que le champ de son possible : « Un coup de poker est faisable, un podium mondial. Et si elle le fait, elle a 80 % de chances d’aller aux Jeux Paralympiques. C’est l’objectif ».
Réponse le 13, à Charléty, un stade qu’elle connaît bien. « Elle y a fait quatre compétitions. On a apprivoisé le lieu », rencarde Julien Lemardelé. En compétitrice, Romane fixe haut la barre. « Mon objectif, ce sera battre mon record, faire 4,60 m à peu près, et profiter de l’événement. Ensuite, il y aura les Jeux de Paris en 2024, un autre rêve ».
Romane Boulard en bref.
Née le 3 mai 2001 à Beaumont ; 1,70 m. Travaille à l’ESAT du Brézet. Club : ASM Handisport depuis 2015. Handicap : paralysie cérébrale (T38). Multi-médaillée en championnat de France en saut en longueur, lancer du poids et 60 m.
ASM. Un groupe d'entraînement vécu comme une famille. Photo Fred Marquet. Créée en 2008, la section Handisport (pour un handicap physique ou sensoriel) de l’Association Sportive Montferrandaise a été complétée par une affiliation en Sport Adapté (pour un handicap mental) en 2015. Elle est présidée par Henry Laniray et regroupe 137 licenciés autour de 7 activités sportives sur les deux fédérations : l’athlétisme, le rugby fauteuil, la lutte, le judo, le tennis, la boxe et le multisport. La section athlétisme est la plus nombreuse avec 23 athlètes dont 19 font de la compétition. Elle comptait d’ailleurs 19 participants aux derniers championnats de France à Saint-Etienne, les 10 et 11 juin dernier, faisant de l’ASM le club le plus représenté de l’Hexagone. Julien Lemardelé en est l’entraîneur et le directeur sportif. Les entraînements ont lieu au stade de la Gauthière (lundi et vendredi) et au Stadium Pellez (mardi et jeudi). Son élève, Romane Boulard, s’épanouit au sein d’un groupe vécu comme une famille. Après Nicolas Bompard (malvoyant, catégorie T12), 9e sur marathon à Londres en 2019, elle est la seconde athlète montferrandaise à disputer des championnats du monde d’athlétisme.
Un chiffre : 2
Le nombre d’Auvergnats retenus dans la sélection française aux championnats du monde de para-athlétisme à Paris : la Clermontoise Romane Boulard (longueur, jeudi 13 juillet) et le Montluçonnais Gaël Geoffroy (1.500 m, lundi 17 juillet).
Francis Laporte

