JO de Pékin, Alaphilippe, amour des régions... Rencontre avec Alex Pasteur, la voix du sport sur France Télévision
Quel souvenir retenez-vous des JO de Pékin ?
Des Jeux sans passion, mais pas sans émotion... En l’absence de public, c'est difficile de vibrer et puis la bulle était pour nous hyper-stricte : hôtel-sites de compétition, mieux valait ne pas essayer d’en sortir. Mais les Jeux restent les jeux. Je n’ai pas perdu mon temps et sportivement on a quand même eu de grands moments. Au niveau neige, le bilan est bon avec 14 médailles...
« Des Jeux sans passion, mais pas sans émotion »
Malgré les petits ratés en freestyle ou en bosse, il y a le biathlon qui rapporte 50% des médailles, le ski alpin qui en gagne trois... C’est au niveau glace que ça manque : il y a certes le très beau titre de Cizeron-Papadakis mais à côté de ça, on n’existe pas dans des disciplines qui distribuent pourtant beaucoup de récompenses (vitesse, short track...). Ici il y a un manque de structures terrible pour nous : aux Pays-Bas, ils ont de nombreux anneaux de vitesse permanents alors qu’en France nous n’en avons pas un seul. Dès lors, c’est difficile de prétendre à une meilleure place au tableau des médailles. Et ce sera dur de révolutionner ça en quatre ans d'ici aux prochains jeux d’hiver.
Des Jeux qui reviennent en Europe ! Plus facile pour la logistique et les directs...Oui, je me réjouis qu’ils reviennent dans l’arc alpin. J’ai commencé à commenter mes premiers jeux à Nagano en 1998 et je ne les ai connus qu’une fois en Europe, à Sestrière (Turin 2006, ndlr). Les Alpes sont plus accessibles pour le grand public et puis c’est quand même la terre d’élection du ski...
Vous passez en quelques jours des skis au vélo... Exercice pas trop difficile ?J'ai l’habitude de passer de l’hiver au printemps avec une transition très courte depuis douze ans. Paris-Nice est la première course que nous commentons, mais je ne débranche jamais vraiment, je suis les premières courses dès janvier, je regarde tous les résultats, les changements de maillot... Cette année par exemple, juste avant de partir à Pékin, je suis allé voir Peter Sagan en Espagne pour un reportage.
Comment préparez-vous la couverture d’une course comme le Paris-Nice ?Chaque année, on cale quelques jours avant la course un déjeuner avec les organisateurs : le directeur François Lemarchand qui me raconte toute la partie sportive et Thomas Cariou (chargé des relations avec les collectivités chez ASO ndlr), qui me parle des territoires que l’on va traverser. Ce brainstorming est indispensable pour avoir les clés du parcours, petits secrets, anecdotes... Pour ma part, j’ai déjà la carte en tête, les profils d’étape...
Alors que vous inspire ce parcours 2022 ?Je ne savais pas qu’il y avait ces petits reliefs en arrivant sur le Limousin, mais je connais déjà Dun-le-Palestel par la réputation de son critérium l’été...
Je connais déjà Dun-le-Palestel par la réputation du critérium l'été
Je pense que le contre la montre du lendemain sur Montluçon va permettre de décanter les positions, avant des journées plus décisives : le col de la Mûre, que le Paris-Nice avait déjà grimpé en 2011 va creuser des écarts, puis il y aura les trois dernières étapes très casses-pattes, avec notamment cette arrivée samedi au col de Turini, vrai col hors catégorie qui arrive tôt en saison et peut faire des dégats ! Pour les coureurs, on pense bien sûr à Roglic, mais on peut citer des rivaux : par exemple Gaudu, en forme comme on l’a vu au Tour d’Algarve et qui peut très bien gagner, ou João Almeida qui vient de signer chez UAE et peut faire très mal sur les courses de huit jours...
Le Paris-Nice passe à Montluçon sans Julian, n’est-ce pas un peu dommage ?Le Paris-Nice est en train de perdre le combat contre la tournée italienne - Strade Bianche, Tirreno-Adriatico... Si l’on compare les deux plateaux, on voit que la balance penche nettement en faveur de l’Italie, même concernant les Français : Alaphilippe mais aussi Pinot, Barguil, Bardet, Cosnefroy... La route des Ardennaises semble désormais passer par l’Italie. Il y a aussi Milan-San Remo. Mais on a déjà vu le vainqueur de San Remo sortir de Paris-Nice. Il faut respecter leur choix mais c’est dommage pour nous diffuseur et pour le public en France. Quant à bouger le calendrier, c’est impossible tant il est chargé !
Est-ce le même travail/plaisir de commenter le ski et le cyclisme ?Les courses d’un jour ou celles à étape ? Sur France Télévision nous ne diffusons que du cyclisme premium, le World Tour, alors nous sommes avec la crème de la crème que ce soit pour une classique d’un jour ou une épreuve plus longue. C’est un luxe en tant que commentateur ! Après il est vrai qu’on lisse plus notre effort sur une course de huit jours que sur un monument de quelques heures. Finalement le vélo est un sport de bavards ! Les temps forts sont peu nombreux, on a le temps de raconter plein de choses entre le départ et l’arrivée.
Le vélo est un sport de bavards !
Contrairement au ski où ce n’est que de l’adrénaline, de l’intensité à chaque dossard. Cela dit, une arrivée au sprint à vélo se rapproche de l’énergie qu’on a dans une deuxième manche au ski !
Comment fonctionnez-vous avec les consultants sportifs ?Notre relation a évolué au fil des années. Avec Jaja, je crois que la complicité se renforce, on se respecte énormément. On se reconnecte naturellement quand on se retrouve à la veille des courses. C’est pareil avec Marion qui est impliquée dans l’organisation et au plus près du peloton grâce à son mari (Julian Alaphilippe, ndlr) et dispose toujours de nombreuses informations. Sur le Tour de France, j’aime aussi laisser la place à Franck Ferrand : les gens se sentent valorisés quand on met en lumière leur clocher, leur rocher, leur château...
C’est ce qui est fabuleux avec le vélo : ce n'est pas vous qui devez aller au sport, c’est le sport qui vient sur le pas de votre porte...
Jurassien d’origine, vous dites que vous n’auriez jamais espéré devenir la voix du Tour...Oui, mon rêve à moi était d’écrire dans L’Est Républicain, le journal de mon enfance. Même quand j’ai commencé l’école de journalisme, je ne pensais pas faire de la télé. Je voulais juste être journaliste sportif pour faire de ma passion mon métier ! Maintenant le fait que ma voix résonne dans tant de foyers, c’est le cadet de mes soucis. On est tous de passage, je ne me projette pas. Dans un an ou dix ans, il y aura une autre voix et c’est comme ça !
En cinq ans sur France Télé, quel est votre meilleur souvenir ?Sans hésiter le deuxième titre de champion du monde remporté par Julian Alaphilippe à Louvain (septembre 2021, ndlr) ! Pour le circuit, l’adversité face aux Belges... C’était tellement incandescent, ça n’a jamais débranché... C’est le cyclisme d’aujourd’hui qui me plait beaucoup : coureur offensif, coéquipiers soudés, confiance totale dans le manager...
Le deuxième titre de champion du monde d'Alaphilippe : ma plus belle journée de commentateur
Quand j’en parle avec Julian, il me dit que c’est sa plus belle journée sur un vélo. Or en tant que commentateur de cyclisme, c'est la plus belle journée que j’ai connue devant le micro. On a pris l’antenne 4 heures avant l’arrivée, et on est resté en apnée durant tout ce temps !
Reste-t-il un peu de place dans tout ça pour faire vous-même du sport ?Oui, je skie énormément, ski de fond comme ski alpin. Et je fais du VTT, mais plus du tout de route, car j’ai peur. J’ai fait de la compétition en cadet 1 et 2 au VC Pontarlier. Mais j’ai arrêté parce que je n’aimais pas trop m’entrainer sous la pluie... Et puis, à trente ans, j’ai pris un carton sur la route... Pas méchant, mais j’ai eu du mal à remonter sur un vélo de route depuis. Il y a une pression terrible sur les cyclistes qui sont tellement vulnérables face aux automobilistes... On essaye de relayer des messages de prévention avec Thomas Voeckler grâce à la caisse de résonance du Tour de France, mais malheureusement les pratiques n’évoluent pas beaucoup. Sur la route, c'est chacun pour soi. C’est pourquoi sur mon VTT, je ne vois aucune bagnole et ça me va bien.
Reccueilli par Floris Bressy floris.bressy@centrefrance.com
Paris-Nice 2022 Tous les après-midi sur France Télévision du dimanche 6 mars au dimanche 13 mars, avec Alexandre Pasteur, Marion Rousse et Laurent Jalabert aux commentaires.

