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"Le tennis français mérite mieux", le président de la FFT Gilles Moretton veut plus de résultats à haut niveau

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La FFT a franchi à nouveau le million de licenciés. Le tennis français se porte-t-il bien ?

Plus que ça ! Le tennis va très bien après avoir connu des périodes difficiles. Avant mon arrivée, nous étions à 947.000 licenciés, les résultats financiers étaient très moyens du fait du Covid. Nos clubs se portent bien et sont en bonne santé. On a de nouvelles pratiques dans l’air du temps avec le padel et le beach tennis. De jeunes joueurs arrivent avec de bons résultats. Il y a un certain nombre de vibrations.

Tour des clubs Avec l’ASM, la FFT en était à la 10e étape de son Tour de France « Ensemble pour les clubs ». Écouter pour apporter de meilleures solutions aux clubs, tel est le but de ce programme.

Le haut niveau est aussi la vitrine du tennis français. En consultant le classement ATP, on voit que Richard Gasquet, le premier français, pointe seulement à la 43e place. Derrière, il semble y avoir un trou générationnel. Qu’en pensez-vous ?

On peut regarder le classement de deux façons. Vous le regardez de cette façon-là. Personnellement, je le vois autrement. Nous sommes la première nation à avoir dix joueurs dans les 100 premiers à l’ATP. En revanche, nous n’en avons que deux chez les filles (lire par ailleurs). Ce n’est pas satisfaisant. On peut faire beaucoup mieux.

Je suis très ambitieux pour la Fédération. On a eu une génération d’exception avec Tsonga, Gasquet, Monfils et Simon qui étaient tous dans les dix meilleurs joueurs du monde. Malheureusement, on ne les a pas vus au plus haut car il y avait un certain Nadal, un certain Djokovic et un certain Federer.

Maintenant, on a une autre génération qui arrive avec Arthur Fils, Luca Van Asshe ou Gabriel Debru qui a gagné Roland-Garros junior. Il faut être prudent, car ils ne sont que juniors.  Mais les deux premiers sont à la porte du Top 100. On ne va pas lever les bras pour autant. Chez les filles, on a en revanche un petit trou dans la raquette.

En chiffres 1.019.597. Avec 1.019.597 licenciés, le tennis est le deuxième sport le plus pratiqué en France derrière le football (2.130.054 licenciés). 43. Le classement de Richard Gasquet, le meilleur français à l’ATP. Il y a quelques saisons, il n’aurait été que le 7e ou le 8e meilleur joueur tricolore. 2. Il n’y a que deux Françaises dans le Top 100 mondial : Caroline Garcia (5e) et Alizée Cornet (66e).

Les années précédentes, beaucoup de Français ont remporté des titres chez les juniors et ont ensuite disparu des radars. Comment les accompagner pour être certains qu’ils soient performants au plus haut niveau ?

Nous sommes un pays exceptionnel pour le tennis. Mais on a du mal à transformer nos jeunes qui gagnent chez les moins de 16 ou moins de 18 ans. On a modifié l’environnement en changeant un certain nombre de choses à la Fédération. L’émulation qui se crée autour de ces jeunes va nous amener certainement à avoir des joueurs qui explosent. Actuellement, le challenge qui est fait entre Arthur Fils et Luca Van Asshe est très intéressant. On essaye de les accompagner et de faire en sorte que l’environnement soit le meilleur au sein de la Direction Technique Nationale. Nous avons recruté Ivan Ljubicic comme support supplémentaire pour transformer l’essai. Que les joueurs qui soient bons en catégorie junior soient de futurs Top 10 ou Top 20.

« Il faut que l’on éduque nos jeunes à se responsabiliser »

Stan Wawrinka a déclaré il y a quelques semaines qu’il était anormal qu’une Fédération avec autant de moyens ait si peu de résultats au haut niveau. Êtes-vous d’accord avec ce constat ?

Je suis d’accord avec lui. On mérite beaucoup mieux. Mais il a oublié de signifier quelque chose. Le projet d’être un grand champion ne peut être qu’un projet personnel et non fédéral. Je ne peux pas décider pour vous que vous allez devenir un champion, même si vous avez du talent. Je peux vous dire qu’il faut vous entraîner quatre fois par jour, qu’il faut se coucher à 20?h?30, manger sainement, ne pas sortir… On peut vous le dire mais si vous ne voulez pas le faire, vous ne le ferez pas. Pourquoi des nations comme la Grèce (Stefanos Tsitsipas) ou la Pologne (Iga Swiatek), qui ne sont pas forcément des pays de tennis, arrivent à avoir des joueurs de haut niveau ? Car ils ont décidé dans leur tête qu’ils seront des champions. Nous, il faut que l’on éduque nos jeunes à se responsabiliser. C’est vrai qu’en France on a ce défaut, et pas seulement dans le tennis, d’assister beaucoup. On leur donne énormément de moyens. Mais parfois, il faut aussi les habituer à la dure. On va donc essayer d’éduquer différemment. Nous sommes conscients de cela et on espère qu‘à terme, cela va payer.

Est-ce pour inculquer cette philosophie un peu dure au mal qu’Ivan Ljubicic a été recruté ?

Il est attendu sur un regard nouveau. C’est le point clé. Nous avons l’habitude de regarder les problèmes toujours de la même façon, à la méthode française. Ivan Ljubicic a lui toujours eu l’habitude de régler les choses comme il le pouvait, avec les moyens qu’il avait. C’est quelqu’un qui vient de Bosnie, qui a connu la guerre, qui est parti en Croatie, qui a eu un parcours de n° 3 mondial, qui a accompagné Roger Federer dans ces dernières années... Il peut nous apporter un regard nouveau sur la façon de s’entraîner. Je suis aussi allé visiter la Fédération italienne il n’y a pas si longtemps, car ils possèdent un très bon vivier actuellement (Sinner, Musetti, Berettini). Nous sommes allés nous renseigner sur la façon dont ils ont entraîné les jeunes, sur la façon dont ils ont organisé leurs tournois. C’est avec des regards nouveaux et une capacité à se remettre en question que l’on y arrivera.

Des ambitions pour Paris 2024. À moins de 500 jours des JO de Paris, la FFT possède des ambitions de médailles. « En double dames, on a une équipe formidable avec Caroline Garcia et Kristina Mladenovic. La première peut également gagner une médaille en simple. En double hommes, on peut avoir des ambitions si Nicolas Mahut reconstitue une équipe. En para-tennis, on a de l’ambition pour nos athlètes pour les JO de Paris 2024 mais aussi pour ceux de 2028. »

Arnaud Clergue

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