L'Auvergnat Nicolas Pagès, champion de France de tennis-fauteuil, « prend la vie et la balle au rebond » et s'évertue à promouvoir sa discipline
Lunettes bleues, bouc effilé, cheveux longs ramenés en queue de cheval… fauteuil vert et tout sourire. Impossible de ne pas remarquer Nicolas Pagès sur un court de tennis. Et pourtant...
11 août 2015, Roches des Cuzets. Un parapente, un accident. Un diagnostic : paraplégie complète. Avec des réserves toutefois : « peut-être que vous remarcherez, mais... » Toujours est-il que le lendemain, c’est Nicolas même qui réconforte son frère à coups de « ne t’inquiète pas, on fera du handiski, du tennis fauteuil… » À partir de ce moment-là, il fallait adapter sa vie, en sachant que « tout était possible ». Son deuil, il l'a fait en une journée. Une acceptation du sort due en partie à son ancienne profession.
En tant qu’éducateur spécialisé, Nicolas Pagès accompagnait des personnes en situation de handicap intellectuel, moteur ou physique. « Mon métier m’avait permis de voir tellement de choses qu’il n’y avait pas de raison que je reste là à ne rien faire. Cela m’a permis de me projeter. » À force de séances de kiné et de persévérance, les efforts finissent par payer. Aujourd’hui, Nicolas est parésique (paraplégie incomplète) et se déplace à l’aide d’une canne.
Le parapente, la moto, c’en est toutefois fini pour lui. Le trentenaire se tourne alors vers le tennis fauteuil. Première licence à Romagnat fin 2018. Première compet’ en 2020. Vice champion de France troisième série en 2021. Jusqu'à ce sacre, fin juin 2022 à Grenoble, en deuxième série cette fois-ci.
« Il n'y a aucun doute, deux années consécutives en finale, ça ne résulte pas du hasard, ça confirme tout simplement sa très belle progression. »
Nicolas Pagès fait aujourd’hui son entrée en première série et parmi les 15 meilleurs Français. L’homme d'origine sud-coréenne ne veut pas s’empêcher de rêver et vise ainsi les JO de Los Angeles 2028. Et pour cause : « petits objectifs, petits résultats, comme on dit », sourit le sportif.
Outre son appétence pour la compétition, ce père de famille nourrit également de grandes et belles ambitions extra sportives. En plus de ses quatre entraînements hebdomadaires, l’Auvergnat s’évertue à développer le tennis-fauteuil dans le département. Une discipline trop peu pratiquée, à l’image de la vingtaine de joueurs inscrits dans la grande région AuRA.
À la veille des Jeux de Paris 2024, il s’investit pour offrir une meilleure visibilité à cette discipline. « On essaye de la mettre en avant dans le département. C'est le souhait de Joëlle Delteil (présidente du comité départemental), tout comme d'Antoine Morin (membre du comité directeur). Le problème, c'est qu’ils n’ont pas l’expérience et la connaissance des pathologies ainsi que du tennis-fauteuil, de la façon d'accompagner les jeunes, etc. »
Nicolas apporte donc ces expertises-là, en s'appuyant sur son - ancien - métier d’éducateur et sa pratique du tennis. « Je le fais pour la ligue, mais aussi pour la région. Je sème des graines partout où je passe. Peut-être qu’un jour, elles fleuriront. Ça donne du sens à ma vie », confesse le Puydômois.
En plus des démonstrations qu’il effectue lors d’événements tennistiques, l’homme se montre désireux d’aller « dans les centres de rééducation et à la rencontre d’enfants en situation de handicap moteur… »
Tant d’actions en vue de promouvoir ce sport et, qui sait, faire émerger de nouveaux champions, à l’instar de Nicolas qui monte au filet pour un énième coup, que l’on espère gagnant.
Palmarès :Nicolas Pagès est devenu champion de France de tennis fauteuil de deuxième série le 26 juin 2022, à Grenoble. En finale, il a dominé François Heyraud (Antibes) en 2 sets : 7-6, 6-3.
Cyril Albaret

