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Novak Djokovic : un libéral qui s’ignore

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Tout le monde, même les plus rétifs au sport en général et au tennis en particulier, connaît le grand champion Novak Djokovic. Personnalité autrement moins lisse que certains de ses homologues, il s’est distingué depuis le début de la pandémie en refusant d’être vacciné. L’épisode tragi-comique du dernier tournoi du grand chelem, dont il a finalement été interdit de participation et déclaré persona non grata sur le sol australien, est dans toutes les mémoires.

Egoïste, intransigeant, irresponsable jusqu’au-boutiste, les qualificatifs les plus désagréables ont pu lui être accolés. Chacun se fera son opinion. Autrement intéressant nous apparaît l’entretien que le Serbe vient de donner au quotidien L’Équipe le 24 février. Pour bien le comprendre, il est nécessaire de revenir sur le parcours du joueur de tennis.

Un caractère de fer

Les spectateurs ont tendance à ne voir dans le tennis que les paillettes, les gains records, une vie facile et privilégiée, en délaissant les sacrifices quotidiens que les sportifs de haut niveau ont dû consentir pour parvenir au sommet et y demeurer. Abnégation, courage, travail, volonté doivent être de tous les instants.

Bien que le petit Novak ne soit pas né dans un milieu pauvre, il lui a fallu, dès son plus jeune âge, se battre pour progresser dans la jungle du tennis. Il a fallu que ses parents s’imposent des sacrifices pour l’aider du mieux qu’ils pouvaient. Et ce dans un contexte peu favorable : la guerre en Serbie avant le départ du jeune prodige en Allemagne à l’âge de douze ans.

Son obsession à sculpter un corps d’athlète exceptionnel afin de devenir le joueur le plus résistant au monde et de dépasser l’indestructible Rafael Nadal, est sans doute l’une de ses caractéristiques majeures.

L’autonomie individuelle

Loin de nous l’idée d’embrigader Novak Djokovic dans un combat idéologique, mais ses récentes déclarations démontrent sa sensibilité à la thématique des libertés. L’explication d’une naissance dans la Serbie communiste et d’une jeunesse passée dans un pays du « socialisme réel » vient immédiatement à l’esprit, mais elle ne se suffit pas à elle-même.

Le champion a la plus haute idée de son individualité. Rien de surprenant, dira-t-on, de la part d’un sportif de haut niveau. Ce qui permet de comprendre pourquoi, même en France, ceux qui ont goûté aux plus hautes compétitions, qu’elles soient individuelles ou collectives, partagent rarement des idées socialistes. Lorsque l’on s’est battu d’arrache-pied pour atteindre le sommet et que l’on se trouve en dure compétition avec autrui, on n’a guère l’esprit partageur…

Il a déclaré mi-février à la BBC : « Je défends le choix et l’autonomie de chaque individu. »  et confirmé à L’Équipe : « Je dois préserver mon intégrité et mon autonomie. »

La propriété de son corps

Ce sont les mots qui suivent qui retiennent l’attention :

Personne sur cette Terre ne connaît mieux mon corps que moi. Je veux être le seul propriétaire de mon corps.

Quel libéral ne souscrirait pas à pareille affirmation qui renvoie à une vision toute lockéenne de la propriété de soi et de ses œuvres ? Il s’agit même d’un lieu commun pour les libéraux adeptes d’une conception propriétariste, et non utilitariste, de leur doctrine.

Novak Djokovic, ce héros

Il faut y voir en contrepoint un rejet viscéral des idéologies, quelles qu’elles soient, autoritaires ou totalitaires bien évidemment, mais tout autant démocratiques non libérales, qui entendent imposer la volonté d’un seul ou la prétendue volonté de tous, l’intérêt général ou encore l’intérêt collectif à des individus en définitive chosifiés, à des esclaves.

Novak Djokovic n’est peut-être pas un libéral assumé, mais il fait partie de ces héros que Ayn Rand promouvait.

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