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Ludovic Tarit, chauffeur routier à Riom, continue de livrer les grandes surfaces, mais "le sentiment de solitude est encore plus grand sur la route"

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Un drôle d'anniversaire. Dans quelques jours, Ludovic Tarit fêtera ses dix ans derrière un volant du transporteur ATR, basé à Riom. Dix ans à sillonner avec son camion le Puy-de-Dôme, le Rhône, la Haute-Savoie ou encore la Côte-d'Or pour livrer les hypermarchés d'une grande enseigne nationale. Dix ans à arpenter le territoire et ses autoroutes jour et nuit, du dimanche soir au samedi matin, avant de gagner son domicile, le week-end, à Paslières.

Mais à 29 ans, ce chauffeur routier vit une "période particulière", commente-t-il modestement. "On sent que la demande de marchandises a explosé, raconte-t-il. Là où je livrais quinze palettes à un magasin auparavant, j'en suis aujourd'hui à 33, ce qui veut dire que mon camion est plein. On tourne à plein régime et on sent que les supermarchés nous attendent encore plus qu'avant, qu'il y a urgence à assurer ces livraisons."

La solitude du chauffeur routier

Si les volumes de marchandises se sont envolés, il y a aussi ce sentiment de solitude exacerbé sur la route, sur les aires ou même sur les quais de chargement. "On ne voit plus personne, souffle-t-il. A part quelques employés de magasins qu'on livre et encore, dans certains magasins, nous n'avons plus accès au quai. Par mesure de sécurité, on ne peut plus discuter, on ne prend plus le café avec d'autres chauffeurs, beaucoup d'aires sont fermées donc ça devient très compliqué de s'organiser pour manger ou même prendre une douche... Le sentiment de solitude du chauffeur routier est encore plus grand, finalement. Heureusement qu'il y a le téléphone !"

"Nous aussi en première ligne"

Pour autant, et malgré les risques sanitaires, Ludovic n'a pas hésité. "On ne peut pas s'arrêter de vivre, il faut bien que les gens mangent. On est finalement nous aussi en première ligne, dans ce contexte. On a bien quelques remerciements dans les magasins, mais je ne vois pas beaucoup de reconnaissance... Même si je ne la cherche pas."

Alors il continue de prendre la route, où il ne croise là aussi pas grand monde. "Les embouteillages ont disparu : j'ai traversé Lyon à 8 heures du matin l'autre jour, il n'y avait personne au tunnel de Fourvière ! Le pire, c'est la nuit, on ne croise personne. Les ampoules de plein phare, on les use en ce moment..."

Pas d'échappatoir le week-end

Mais le plus dur, à l'écouter, est aussi le retour aux réalités. Le week-end. "Quand tu es enfermé toute la semaine dans le camion, tout seul, tu as hâte d'être le week-end pour voir les amis et la famille pour en profiter, raconte Ludovic. Tout ça, c'est fini pour l'instant. Je vais louper le premier anniversaire de mon neveu, je ne peux pas aller voir ma soeur à l'hôpital, je ne joue plus au foot avec les amis... C'est ça, le plus marquant."

Arthur Cesbron

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