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Grand Banks, aux origines du trawler

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Après une série de péripéties, la création d’American Marine à Hong Kong en 1956 a changé la donne dans le petit monde de la croisière à moteur. La sortie des premiers Grand Banks de série fut un véritable pari. Texte Gérald Guétat - Photos DR Si les premières années de la production des Grand Banks sont amplement décrites dans nombre de sources, les débuts de la création du style trawler semblent moins documentés. [gallery columns="2" size="medium" ids="213503,213504"] Ces temps plus obscurs d’avant le « big-bang » sont abordés dans un des récits en ligne du Musée de la plaisance de la Beneteau Foundation. Certaines créations d’entreprise sont parfois qualifiées d’« aventure ». [caption id="attachment_213509" align="aligncenter" width="500"] L’état-major d’American Marine vers 1964, autour de Robert Newton, fondateur, J. Kong, un ancien de Bireley’s, et T. Fleming, debout. © DR[/caption] Pour American Marine, le terme n’est pas usurpé, alors que tout commence, à Hong Kong, dans une usine de mise en bouteille de Bireley’s, une orangeade d’origine californienne très populaire en Asie du Sud-Est. En 1956, son directeur régional, l’expatrié américain Robert Newton, en quête d’une idée d’avenir pour ses deux fils, se lance dans un premier chantier de plaisance, d’abord sur des terrains de son usine, puis dans de vastes locaux ouverts sur Junk Bay et la mer de Chine. [caption id="attachment_213511" align="aligncenter" width="500"] Entre 1961 et 1962, avant le premier Grand Banks, American Marine a lancé le Chantyman, une petite série pionnière de trawlers. © DR[/caption] Il s’agit, initialement, de produire, à l’unité, des yachts en bois, surtout à voile, sur plans américains. La matière première est abondante, tout comme la main-d’œuvre des exilés chinois fuyant les misères de la Chine de Mao. [caption id="attachment_213506" align="aligncenter" width="500"] Au milieu des années 1960, le chantier American Marine ouvert sur Junk Bay à Hong Kong abrite une foule d’ouvriers venus de Chine. © DR[/caption] En 1960, American Marine jouit déjà d’une bonne réputation et de liens réguliers avec des yachtmen exigeants, mais les commandes à l’unité ne sont pas suffisantes pour assurer des revenus prévisibles. La firme est fragile, et Robert Newton doit donc trouver rapidement un modèle à produire en petite série, une démarche qui n’a rien d’évident, alors que l’industrialisation de la plaisance n’en est qu’à ses balbutiements. Il existe déjà, aux États Unis, un courant d’admiration pour les lignes traditionnelles des bateaux de pêche et un segment de plaisanciers soucieux de fuir la tendance dominante de la course à la puissance et à la vitesse. [caption id="attachment_213505" align="aligncenter" width="500"] La création du trawler a comblé les attentesd’un marché de plaisanciers attirés par le voyage, ici à Sainte-Lucie, dans les Caraïbes. © DR[/caption] Une première bouée de sauvetage est trouvée avec un modèle pionnier sur des plans du cabinet californien Angelman & Davies : le Chantyman. Inspiré par les chalutiers d’Alaska, il esquisse ce qui deviendra le style trawler, avec sa coque à semi-déplacement, sa ti monerie surélevée et sa motorisation diesel modeste. [caption id="attachment_213510" align="aligncenter" width="500"] Au moment de fonder American Marine à Hong Kong, Robert Newton dirige l’usine régionale d’orangeade Bireley’s. © DR[/caption]

Un Bireley’s glacé, sinon rien

Commercialisé à une bonne trentaine d’exemplaires entre 1960 et 1962, son plan d’aménagement ne plait cependant pas à tout le monde, et sa construction s’avère aussi compliquée que coûteuse. American Marine, en difficulté, doit donc absolument trouver autre chose. Le miracle se produit alors que Robert Newton, en pleine prospection en Nouvelle Angleterre, prend connaissance de l’existence d’un concept de vedette-trawler de 36 pieds déjà très abouti. [caption id="attachment_213501" align="aligncenter" width="500"] Le Spray de 36’, construit aux États-Unis en 1962, va servir de modèle
au prototype du GB 36’ réalisé l’année suivante à Hong Kong. © DR[/caption] Dessiné par l’architecte réputé Kenneth Smith à la demande d’un certain Robert L. Adams, le monomoteur diesel baptisé Spray a été construit sur commande dans le Rhode Island en 1962, comme le relate, à la même période, le magazine Motor Boating. [caption id="attachment_213502" align="aligncenter" width="500"] En plus de son magazine Spray et d’un marketing très fédérateur, Grand Banks a très tôt favorisé les rassemblements de propriétaires. © DR[/caption] C’est sur cette base navigante que Newton va commander à Kenneth Smith une adaptation de ses plans, qui vont permettre à American Marine de produire, dès 1964, le prototype du futur Grand Banks 36’. Sa construction en série à Hong Kong connaitra la réussite mondiale que l’on sait. Comme un talisman rappelant ces temps héroïques, le nom de Spray sera d’ailleurs adopté comme titre du magazine d’entreprise destiné aux fidèles clients et passionnés de la marque Grand Banks. [caption id="attachment_213520" align="aligncenter" width="500"] L’importation du phénomène Grand Banks a été bien accueillie en France dès 1967, générant une vraie communauté de fidèles passionnés. © DR[/caption]

Comme un banc à contre-courant

À partir de 1965, les premiers GB 36’ de série, en bois, assemblés sur Junk Bay par une petite armée d’ouvriers, trouvent rapidement preneurs aux États-Unis, alors qu’un réseau commercial international se met en place progressive ment dès 1966. En plus de son modèle 36’ d’origine, le chantier élargit très vite sa gamme avec un 32’, suivi d’un 42’ en 1966. [caption id="attachment_213507" align="aligncenter" width="500"] Le succès des Grand Banks a révélé plus qu’un style, un nouveau mode de vie. © DR[/caption]

Cinq gars pour Singapour

[caption id="attachment_213512" align="aligncenter" width="500"] À Hong Kong, American Marine n’a travaillé que le bois. À partir de 1973, les Grand Banks seront produits en plastique à Singapour. © DR[/caption] Au cours d’une carrière d’une bonne trentaine d’années, chacun de ces modèles emblématiques – avec leurs différentes options d’aménagements – finira par approcher ou dépasser le millier d’exemplaires. Mais cette croissance en terre exotique ne coule pas toujours comme un long fleuve tranquille, soumise à divers aléas techniques, financiers, humains ou géopolitiques dans les soubresauts de la fin des années 1960. C’est ainsi que la firme ouvre un deuxième site de production à Singapour dès 1968. [caption id="attachment_213508" align="aligncenter" width="500"] Le passage du bois au plastique entre 1973 et 1974 s’est fait discrètement,
pour qu’il soit difficile de les différencier, tels ces deux GB 42’. © DR[/caption] En 1974, elle abandonne la construction en bois, qui était la spécialité de son chantier de Hong Kong en difficultés financières, tout en lançant simultanément ses premières unités en fibre de verre, réalisées exclusivement à Singapour. La première apparition d’un Grand Banks en France remonte à 1967. [caption id="attachment_213513" align="aligncenter" width="500"] Mars 1968 : Neptune consacre pour la première fois sa couverture à un Grand Banks 36 croisant près de la pointe Scandola, en Corse. © Neptune Yachting Moteur[/caption] Notre magazine Neptune, sous la plume de Jean Besnard, consacrait un banc d’essai à un 36’ avec cette conclusion éloquente : « Nous sommes très embarrassés, car nous ne voyons pas de défauts susceptibles de contrebalancer ses qualités. Qu’il plaise ou non, il est certain qu’il s’agit d’une formule nouvelle pour fervents de la mer, où la tenue et l’autonomie n’ont pas été sacrifiées à la vitesse pure ou au classicisme esthétique. » D’évidence, le monde de la plaisance assistait alors à la montée d’un phénomène, un bateau-mode de vie.  

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