Sénégal – Maroc : Une tendance forte se dégage auprès du TAS
Le dossier avance. Depuis que la Fédération sénégalaise a saisi le Tribunal Arbitral du Sport le 25 mars dernier pour contester la décision du Jury d’Appel de la CAF, attribuant le titre de la CAN 2025 au Maroc sur tapis vert, tout le monde attend le verdict suisse. Patrice Motsepe lui-même a promis, lors du Comité exécutif de la CAF au Caire lundi dernier, de respecter scrupuleusement la décision finale, quelle qu’elle soit. Mais en droit du sport, les affaires ne se plaident pas à égalité. Et un expert a livré son analyse, et elle penche clairement d’un côté.
Le Maroc favori devant le TAS ?
Ralph Charbel, avocat international spécialisé en droit du sport, est formel : le TAS devrait confirmer la décision de la CAF et attribuer définitivement le titre au Maroc. Son raisonnement, relayé par le média Kooora, repose sur les articles 82 et 84 du règlement de la CAN, que le Jury d’Appel a appliqués pour sanctionner le Sénégal après que ses joueurs ont temporairement quitté le terrain en finale. Ces deux textes constituent, selon lui, une « lex specialis », une loi spéciale qui prime sur toute disposition générale. La CAF n’a pas improvisé : elle a appliqué ses propres règles à la lettre.
Entre-temps, le Sénégal n’a pas attendu le verdict. Les Lions de la Teranga ont brandi le trophée à deux reprises, d’abord devant la diaspora au Stade de France avant leur amical contre le Pérou, puis face à la Gambie à domicile. Pour Charbel, ces célébrations sont illégales au sens de l’article 48 des statuts de la CAF : un recours devant le TAS ne suspend pas l’exécution de la décision d’appel, qui désigne toujours le Maroc comme champion en titre. La CAF pourrait théoriquement sanctionner la fédération sénégalaise pour ces actes. La plainte déposée par le Club des avocats marocains auprès de la commission d’éthique de la FIFA, en revanche, n’aura selon lui aucune incidence sur la procédure en cours.
Une affaire plus complexe qu’il n’y parait
Charbel prend soin de nuancer. Le Sénégal n’est pas sans arguments. Son représentant légal avance que l’article 82 ne s’applique qu’à une compétition en cours, et que le fait que le Maroc ait laissé le match se terminer vaudrait renonciation à tout recours, un principe juridique connu sous le nom d’acquiescement. Par ailleurs, la décision du Jury d’Appel mentionnait uniquement le score de 3-0, sans formuler explicitement que le titre devait changer de mains. Des arguments valides, reconnaît l’expert, qui avertit : « Ce dossier est bien plus complexe qu’il n’y paraît, avec des éléments non rendus publics qui pourraient peser dans la balance. »
Le TAS a promis de statuer dans les meilleurs délais, sans fixer de calendrier précis. La procédure accélérée peut prendre deux mois, la procédure ordinaire jusqu’à un an. En attendant, le titre appartient officiellement au Maroc, et le football africain retient son souffle devant ce qu’une grande partie de la presse internationale qualifie déjà de scandale historique pour la CAF.

