Le Sénégal peut-il exposer le trophée de la CAN ? Ce que dit le règlement
Le football africain est devenu un immense prétoire. Depuis la décision de la CAF d’attribuer le titre de la CAN 2025 au Maroc sur tapis vert, la bataille a quitté le terrain pour s’installer dans les cabinets d’avocats. Et le dernier champ de bataille en date n’est autre que le Stade de France, où le Sénégal, qui se considère toujours comme le champion légitime, a prévu de présenter « son » trophée à ses supporters, à l’occasion d’un match amical face au Pérou. Une initiative qui a provoqué la fureur du camp marocain, qui a immédiatement dégainé la menace de poursuites judiciaires.
Sénégal – Maroc, un imbroglio juridique sans précédent
La question est donc sur toutes les lèvres : le Sénégal a-t-il le droit d’exposer ce trophée ? La réponse est un véritable casse-tête juridique. D’un côté, la décision du Jury d’Appel de la CAF a déclaré le Maroc champion. Mais d’un autre côté, les avocats sénégalais soulignent une faille de taille : si la CAF a bien accordé la victoire sur tapis vert au Maroc, elle a rejeté la demande de restitution du trophée et des médailles. Un vide juridique qui permet au Sénégal de se considérer comme le détenteur légitime des attributs du sacre, du moins pour l’instant.
Car le dossier est désormais entre les mains du Tribunal Arbitral du Sport, qui a été officiellement saisi par le Sénégal. Et tant que le TAS n’a pas rendu sa décision finale, la situation reste en suspens. C’est sur ce flou que compte jouer le Maroc, ou du moins l’un de ses plus fervents défenseurs, l’avocat Mourad Elajouti. Ce dernier a mis en demeure le Stade de France et menace de demander la « mise sous séquestre judiciaire du trophée », invoquant le droit français.
Le Sénégal a soulevé la coupe, mais le Maroc l’a gagnée. Depuis, les Lions dansent avec un trophée qui pourrait leur être retiré. Moralité : à la CAN, le plus dur n’est pas toujours de gagner.
Une menace plus symbolique que réelle ?
Cette menace, aussi impressionnante soit-elle, a toutefois plus une portée médiatique que juridique. Il est peu probable qu’un juge français s’immisce dans un litige sportif international de cette ampleur. Le Stade de France, de son côté, se retrouve dans une position pour le moins inconfortable, pris en otage dans une guerre qui le dépasse.
Au final, cette bataille autour du trophée est le symbole de l’absurdité de la situation. Un trophée qui est la propriété de la CAF, physiquement au Sénégal, et revendiqué par le Maroc. Un imbroglio qui ridiculise un peu plus une institution déjà à la dérive. En attendant la décision du TAS, qui ne devrait pas tomber avant plusieurs mois, le football africain va devoir vivre avec ce « trophée empoisonné », comme l’ont qualifié les avocats sénégalais.

