Le Real plus fort sans Mbappé, vraiment ?
Le chiffre a l’élégance des punchlines : selon Opta, le Real Madrid n’a perdu que 9,1% de ses matches disputés sans Kylian Mbappé depuis la saison passée (11 rencontres), contre 21,7% avec lui (83). Sur les réseaux, l’addition est vite faite : le Real “respirerait” mieux sans sa star. Tentant… et pourtant, ce genre de comparaison dit souvent plus sur la statistique que sur l’équipe.
Ce que la stat raconte vraiment
Premier piège, l’échantillon. Onze matches, c’est une poignée de soirées où deux faits de jeu, un tir contré ou un carton changent tout. Comparer 11 à 83, c’est mettre sur la même ligne un résumé et une saison complète. Le pourcentage “sans” devient alors très volatil, donc naturellement plus spectaculaire. Une série courte peut faire monter un taux de victoire à des hauteurs trompeuses sans que la qualité réelle ait changé.
Deuxième piège, le contexte des matches. Dans la pratique, un joueur comme Mbappé est surtout ménagé sur certaines affiches, lors de rotations ou face à des adversaires jugés plus abordables. À l’inverse, il est presque systématiquement aligné quand le niveau monte, en Liga comme en Europe. Résultat : les matches “avec” concentrent mécaniquement plus de rencontres difficiles, donc plus de défaites possibles. La stat ne mesure pas “Mbappé vs pas Mbappé”, elle mesure aussi “gros matches vs matches de gestion”. Et, jeudi, en Supercoupe d’Espagne contre l’Atlético, les Merengue pourraient amèrement regretter de ne pas l’avoir dans leur effectif.
Le vrai débat, c’est l’équilibre du Real
Oui, l’absence d’une superstar peut parfois libérer des automatismes : jeu plus réparti, responsabilités partagées, attaques moins prévisibles. Mais ce gain collectif reste à prouver face à l’élite, là où un joueur capable de faire basculer un match sur une action pèse lourd. Et dans le projet de Xabi Alonso, le Real cherche justement à mieux contrôler ses temps forts, pas à se priver de son meilleur finisseur.
Au fond, la question utile n’est pas “le Real est-il meilleur sans Mbappé ?”, mais “le Real sait-il gagner de différentes manières ?”. La stat Opta ouvre une fenêtre, pas un verdict : elle rappelle surtout que les chiffres, sans le niveau des adversaires et le contexte, peuvent fabriquer des vérités trop faciles.

