Le Tour de France dans le Cantal, une histoire déjà riche et encore à écrire
En amont de l’édition 2020, qui voyait le retour du Tour de France tracer une ligne d’arrivée d’étape au pas de Peyrol, Christian Prudhomme, qui connaît ses classiques, avait pris soin de rappeler que c’est un enfant du pays qui avait pour la première fois passé le majestueux col cantalien en tête. Louis “Lily” Bergaud, dit la « Puce du Cantal », avait eu cet honneur-là, un jour d’été 1959, pour une étape partie des environs d’Ytrac pour rejoindre Clermont, l’année du triomphe de « l’Aigle de Tolède », Fédérico Bahamontes.
Même quand il ne s’y arrêta pas, le Tour a offert aux routes cantaliennes d’être un point de passage de moments de l’Histoire de la Grande boucle, comme ce fut le cas en 1964, où le département, par un passage par Mauriac et Riom-ès-Montagnes, se trouvait au cœur de l’étape mythique entre Brive et le puy de Dôme et ce mano a mano entré dans la légende entre Anquetil et Poulidor sur les pentes du géant auvergnat.
Quatre diptyques depuis 1999Mais le département ne s’est pas contenté d’être un lieu de transit. Sur le modèle de cette édition 2024, il a connu ces doubles journées enfiévrées. Quand la Caravane du tour et les camping-cars qui l’accompagnent, s’installent deux jours durant le long de routes qui se cabrent offrant son chemin de labeur du peloton.
Le pas de Peyrol a été un des points névralgiques des passages du Tour dans le Cantal ces dernières années. Photo Jérémie Fulleringer
Et les vingt-cinq dernières années ont été riches sur ce plan pour une région qui n’a pas des monstres, comme les cols pyrénéens ou alpestres, à proposer, mais tout de même de jolis morceaux de bravoure à offrir qui justifient pleinement de prendre le temps de se poser, hors du temps, dans la grand-messe de juillet.
En 1999, lors du mal nommé « Tour du renouveau », c’est Saint-Flour qui avait eu honneur d’être ville étape par deux fois. D’abord en accueillant l’arrivée de la 12e levée de cette édition, 201 km après un départ de Saint-Galmier, pour voir un Français s’illustrer, mais à une place d’honneur.
Le champion de France en titre, François Simon, se classait 2e derrière l’Espagnol David Etxebarria. Venu de l’est, reparti vers le sud, le Tour avait alors repris la route depuis Saint-Flour direction Albi. Il devait revenir dans la sous-préfecture cantalienne cinq ans plus tard, pour une étape qui fait encore aujourd’hui figure de totem dans le cœur des suiveurs du peloton.
Richard Virenque avait récupéré le maillot à pois après son succès à Saint-Flour en 2004, qu'il devait ensuite remporter à Paris, pour la 7e fois de sa carrière. Archives La Montagne Saint-Flour.
Un 14 juillet pour l’Histoire avec Virenque en 2004En 2004, la fête nationale était aussi celle des amateurs de vélo, qui vivaient là leur première Voecklermania, mais qui allaient aussi vibrer avec le triomphe de Richard Virenque, qui s’imposait en solitaire, le 14 juillet, doigts levés vers le ciel.Le Français arrachait la 10e étape, partie de Limoges avec une succession de neuf ascensions, dont le col de Néronne, le pas de Peyrol, le col d’Entremont et celui de Prat-de-Bouc. Un numéro qui lui permettait alors de mettre la main sur le 7e et dernier maillot à pois de sa carrière, qu’il enfilait dans la Cité du vent pour ne plus le lâcher jusqu’à Paris.
Repartie le lendemain, toujours depuis Saint-Flour et vers Figeac, avec un parcours majoritairement cantalien (Entraygues, Montsalvy et Maurs…), la Grande Boucle devait encore sourire à un Français lors de la 11e étape, quand David Moncoutié levait les bras dans le Lot.
Quatre ans plus tard, en 2008, Entremont et le pas de Peyrol étaient encore au menu d’une étape partie de Brioude pour rejoindre cette fois Aurillac avec des Espagnols qui brillèrent puisque David de la Fuente passait les trois difficultés répertoriées en tête, avant de voir le Murcien Luis Léon Sanchez s’imposer dans les rues d’Aurillac.
Thomas Voeckler s'était emparé du maillot jaune à Saint-Flour, lors de l'édition 2011, prélude à dix nouveaux jours en tant que leader dans un maillot étrenné à Aurillac. Photo R Brunel
En signant là son premier succès sur le Tour, il devait prendre date pour la suite, en s’imposant de nouveau l’année suivante, mais aussi et surtout en 2011, encore dans le département, à l’issue du premier volet d’un diptyque cantalien là aussi rentré dans l’Histoire.
La 2e épopée de Voeckler débuta à Saint-FlourIl y a douze ans, ce 10 juillet, après un départ d’Issoire, le peloton retrouvait Saint-Flour, avec donc la victoire du Murcien mais surtout le coup d’envoi du second règne de 10 jours de Thomas Voeckler en jaune.
Déjà (ou encore) le pas de Peyrol, le Pertus et le col de Cère étaient sur la route qui allait voir le Français d’Europcar enlever la tunique de leader, après une 2e place sur l’étape, devant Sandy Casar. Le lendemain, pour la 10e étape, c’est Aurillac qui donnait le départ, direction Carmaux pour un succès d’André Greipel dans le Tarn.
Pour la dernière arrivée au Lioran, en 2016, c'est le Belge Greg Van Avermaet qui s'était imposé, récupérant au passage le Maillot jaune.
Il avait ensuite fallu attendre cinq ans pour connaître un nouveau duo d’étapes cantaliennes qui intervenait très tôt dans le tracé (5e et 6e étapes du Tour 2016), avec un premier passage qui n’est pas sans rappeler celui du 10 juillet prochain.À l’époque, c’est de Limoges que le peloton s’était élancé pour rejoindre le Lioran et la victoire du Belge Greg Van Avermaet, avant de s’élancer, le lendemain, d’Arpajon, direction Montauban.
Enfin, en 2019 et 2020, le Tour était revenu, d’abord pour un départ de Saint-Flour direction Albi, puis l’étape majeure reliant Châtel-Guyon au puy Mary, il y a trois ans. La plus longue de cette édition 2020, marquée par la chute de Romain Bardet et le succès du Colombien Daniel Felipe Martinez. Une victoire sud-américaine qui confirme, s’il en était besoin, que le Cantal s’offre aux vrais grimpeurs.
Jean-Paul Cohade

