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Laurent Jalabert a reconnu la 12e étape du Tour de France entre Chauvigny et Sarran en Corrèze. Il livre son analyse

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Que vous inspire cette 12e étape entre Chauvigny et Sarran ? Quelles sont ses caractéristiques et ses principales difficultés ?

« C'est une étape très longue, accidentée au fil des kilomètres. On part de Chauvigny sur des routes légèrement vallonnées, mais les 70 premiers kilomètres sont propices à une course rapide, avec très certainement des attaques, une échappée qui tentera de se former avec des coureurs qui auront pris du retard au général. A partir de Saint-Léonard-de-Noblat, on rentrera sur des routes plus accidentées, avec des montées plus longues, peu de plats, on est constamment en prise sur les pédales, c'est usant. Et après avoir traversé Chaumeil, il y a la difficulté majeure de cette étape avec le col de Suc-au-May. C'est un "tas de fumier" (sic) ça! C'est sacrément dur ! Il y a des pentes à 17 %, cela devrait écrémer là... Même dans le peloton, s'il y a une échappée devant, il faudra être vigilant car on peut se faire piéger. La succession descentes et petites routes après dans la montée, cela peut lancer des attaques avec ces rampes-là. D'autant qu'au sommet, il reste encore 25 km. On a l'impression d'être au bout et que ça va dérouler jusqu'à la ligne, mais pas du tout ! Cela continue de grimper, c'est casse-pattes... C'est vraiment usant comme étape ».

 

— pascal goumy (@pascalgoumy) June 12, 2020

 

Cette étape sera la plus longue avec 218 km et précédera l'entrée dans les Alpes. A quelle type de course faudra-t-il s'attendre ?

« Je ne crois pas trop à un engagement des leaders du classement général car c'est justement la veille de l'étape qui arrive au Puy Mary, qui est encore plus difficile avec le plus de dénivelé cumulé. Donc certains vont peut-être en garder sous la pédale sur cette étape-là car l'enchaînement des deux, cela va faire mal. Je ne les vois pas se livrer bataille dans le Suc-au-May, à moins qu'il y ait une opportunité de piéger quelqu'un qui se serait fait surprendre dans la descente avant. Cela va être une étape en fait qui va commencer à user les coureurs ».

« Oui, je pense que le Suc-au-May peut être un juge de paix »

La bataille peut-elle se lancer très tôt ou pensez-vous que les coureurs attendront les ultimes kilomètres avec une arrivée au sprint ?

« Un sprint, je ne pense pas. Ou alors, ce sera entre deux, trois coureurs. A mon avis, il y aura une échappée car les premiers kilomètres se prêtent à ça. Tout dépendra qui aura le maillot jaune mais faire une grosse débauche d'effort pour défendre un maillot jaune sur un parcours comme celui-là la veille d'une étape de montagne, c'est un peu suicidaire je pense. Donc je les vois bien laisser filer une échappée, tout en s'assurant que personne n'est dangereux au général, et ensuite cela se fera presque naturellement. C'est tellement usant et difficile sur le final... Quand on arrive sur Sarran, il n'y a pas de plat ».Photo Agnès Gaudin

Les pentes du Suc-au-May, dans les Monédières, qui seront empruntées pour la première fois par le Tour de France et qui seront à 25 km de l'arrivée, peuvent-elles être le juge de paix de cette étape ?

« Je pense que oui. A l'avant de la course, si le peloton n'est pas groupé, ce sera l'occasion pour les échappés de faire un gros écrémage. Si d'aventure le peloton était groupé au pied du col, mais je n'y crois pas beaucoup, ce sera l'occasion de lancer définitivement la course. Pour grimper là-haut, c'est tellement pentu qu'il faut rouler fort. Et cela peut faire des écarts. Donc, oui, cela peut être un juge de paix. Après, cela ne veut pas dire non plus qu'un coureur qui va sortir là ira jusqu'au bout en solitaire. C'est possible mais ce n'est pas sûr. Il restera encore 25 km et quelques petits talus. Disons que sur le Suc-au-May, tu vois où tu en est. Si tu es costaud, tu as encore plus de chances d'aller au bout ».

« La mémoire de Raymond Poulidor sera à l'honneur ce jour-là »

Vous avez disputé deux fois le Bol des Monédières et remporté une fois cette épreuve, en 1995, devant Richard Virenque et Eddy Seigneur. Est-ce que ces routes corréziennes vous ont rappelé de bons souvenirs ?

« Oui oui, bien sûr. C'est aussi pour cela que j'ai fait cette étape, c'est parce que j'aime bien ces routes, ce type de parcours, et j'avais envie de me faire une belle journée de vélo. On est passé chez Poupou en plus. C'était quelque chose que je m'étais mis en tête quand il est décédé car j'étais à l'étranger au moment de ses obsèques et je n'ai pas pu y assister. Avec mon ami Michel Lagrave qui m'a accompagné, on s'était dit qu'on ferait un jour un tour de vélo et qu'on irait jusqu'à Saint-Léonard. Et ben, c'était aujourd'hui (sourire) ».Photo Agnès Gaudin

Justement, cette étape va rendre hommage à Raymond Poulidor en passant à Saint-Léonard. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

« C'est touchant, c'est un joli clin d'oeil. Poupou, c'est quelqu'un qui incarne le Tour. Il était là tous les ans, il faisait partie du paysage cycliste. Donc forcément, sa disparition laisse un vide. Sa mémoire sera à l'honneur ce jour-là. On va se souvenir de la légende qu'il a été et qu'il reste. Parce qu'il reste une légende ».

Est-ce un soulagement pour le cyclisme de voir que le Tour de France pourra avoir lieu ?

« Ah oui, je pense. Pour tout le monde, c'est un soulagement. Il faut féliciter les organisateurs qui ont toujours cru que ce serait possible. Ils auraient pu prendre la décision d'annuler en juillet, ils ont pris celle de le reporter à une date ultérieure. Et si le Tour peut se disputer normalement, ce sera au final une belle récompense. Le vélo a besoin du Tour, les équipes ont besoin du Tour ».

« Je suis convaincu que ce Tour va être atypique »

Au regard du début de saison tronquée, cette 107e édition peut-elle être de nature à proposer un scénario différent de d'habitude ?

« Oui, j'en suis convaincu. Je suis convaincu que cela va être un Tour atypique. Cette saison n'a rien à voir avec les autres. Quand on regarde le début de saison, cela ne veut pas dire grand chose. Cela a commencé deux mois, cela s'est arrêté quatre mois, cela va repartir trois mois à fond les ballons... Et celui qui remportera le Tour, il aura gagné le Tour quand même. Cela ne se gagne pas tout seul. Oui, je pense que ce sera un Tour atypique, on peut avoir des surprises. Parce que malgré tout, dans l'esprit des coureurs, il va toujours planer une petite incertitude : "Et si quelqu'un tombait malade ? Et si le Tour s'arrêtait demain ? Il ne faut rien regretter, je ne vais pas en garder pour la semaine prochaine ". Je pense que cela va être un peu l'état d'esprit général. On l'a vécu sur Paris-Nice en début de saison. Les coureurs étaient comme des morts de faim en se disant qu'ils n'iraient peut-être pas jusqu'à Nice. Et en effet, la course n'est pas allée jusqu'à Nice. Du coup, il y aura peut-être moins d'étapes tronquées. Et comme l'approche de la préparation aura été différente pour tout le monde, sans les mêmes repères que d'habitude, on peut aussi avoir des défaillances inattendues de la part de certains coureurs qui gèrent bien leur affaire d'ordinaire. On ne sait pas ce que cela peut donner ».

Recueilli par Xavier Georges

Twitter : @Xavier_Georges

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