Mon souvenir de l'année 2019 : le 27 juillet
Greta Thunberg a raison. Même si elle n’était pas aux championnats de France d’athlétisme de Saint-Etienne, cet été. Il y a du dérèglement climatique dans l’air. Certainement, 25 ans de rendez-vous annuels estivaux avec l’Elite au compteur, à quelques éclipses près, valent relevés sérieux. Déjà vu, depuis les tribunes de presse, les éclairs danser autour d’un stade, le vent renverser les anémomètres et la chaleur de plomb, les athlètes. Mais, en cet après midi du samedi 27 juillet 2019, la tempête enveloppe le stade Henri-Lux, comme son grand voisin Geoffroy-Guichard, classement catégorie 5. Tout va s’arrêter et longtemps.
Les bourrasques qui soulevaient la poussière et les barnums annonçaient la pluie orageuse de la veille. Renvoyant aux magnifiques images apocalyptiques de ce 5.000 m femmes battu par les eaux et remporté par une Liv Westphal trempée jusqu’aux os, rayonnante mais loin du chrono pour Doha. Là, vient un déluge. Dont la violence oblige les spectateurs placés en bas des tribunes à migrer en masse, les bénévoles présents sur le stade à s’éparpiller dans les premiers abris, les concurrents à se réfugier dans les vestiaires. L’eau noie le tartan, inonde les demi-lunes. Et tombe, tombe.
Comme, au début, avant l’arrêt des compétitions, quelques athlètes. Plusieurs chutes émaillent le 400 m haies filles notamment. Froid et humidité raidissent les muscles, en effet, les contractent. La Clermontoise Jennifer Galais paye les vilaines conditions climatiques en demi-finales du 100 m. Stoppée au 60 m par une brutale douleur derrière la cuisse gauche, elle chute violemment sur la piste détrempée et glissante et sort du stade en pleurs sur une chaise roulante. Sous les cordes stéphanoises, sa camarade du Clermont Athlé, l’heptathlonienne Meriem Sahnoune prend deux bourrasques pleine figure, commet un zéro à la longueur ; fin des France…
Liv Westphal, vainqueur du 5.000 m femmes, sous la pluie stéphanoise.
Juste après, la pluie et les rafales redoublant, les compétitions, dont l’intérêt athlétique a plongé, s’arrêtent pour de bon. Longuement. La finale de la longueur féminine interrompue à 17 heures, reprendra, par exemple, à 20 h 30. La tempête s’engouffre alors dans le programme comme dans une forêt de sapins creusois en 99, renversante. Report au lendemain des qualifications de la hauteur femmes, de la perche hommes – révolution : tous les athlètes engagés étant qualifiés en finales - des finales du triple saut et hauteur hommes, des demi-finales et finale du 100 m haies et des qualification femmes et hommes du poids.
Evidemment, les projections forcées des organisateurs contribuent à surexploiter le programme du dimanche, déjà lourd. A l’image d’un concours à 23 perchistes ! Où, pour la petite histoire, un vent irrégulier n’empêchera pas Renaud Lavillenie de réaliser sa meilleur perf, 5,85 m, de la saison.
Bref ! Le mauvais temps, ça existe, surtout pour l’athlétisme, sport de plein air, mais à Sainté on a touché au record. La nature s’est fâchée. Greta Thunberg le dit souvent, d’ailleurs. Et même s’il est encore cadette, elle a raison ; elle s’y connaît en temps.
Francis Laporte

