Vélizy Triathlon au Duathlon de Paris 2026, par Speedy Luciani
Dimanche 15 mars 2026.
Nous arrivons à Boulogne pour le Duathlon de Paris et sommes sur la pelouse convoitée à l’heure prévue.
Il fait beau, la vie est belle, même si nous commençons à être un poil nerveux et fébriles.
Nous sommes 5 et il faudra terminer au moins à 3, avec au moins un homme et une femme.
Notre capitaine Gilles distribue les dossards aux véliziens de l’équipe mixte savamment sélectionnée.
Il avait prévu d’être la locomotive du TGV vélizien mais il a une rage de dents qui le mine et depuis, nous avons récupéré Théo en locomotive alternative.
Clément est en pleine forme, il peut servir de locomotive alternative si nécessaire. Nous voici embarqués avec trois motrices, une voiture féminine première classe et… un wagon restaurant.
Cécile et moi sommes les deux facteurs potentiellement limitant. La féminine qu’il faudra garder coûte que coûte pour que l’équipe puisse rester « mixte » et le vieux qui aurait mieux fait de changer de sexe car en l’état, rien n’oblige l’équipe à se le traîner jusqu’à l’arrivée. Idée à noter pour la suite de ma carrière sportive…
Nous sommes l’équipe 135, nous partirons dans les derniers.
Il y a en tout une petite cinquantaine d’équipes mixtes et les équipes ont été rangées dans l’ordre alphabétique, ce qui signifie que si l’on ne veut pas partir dans les derniers, il ne faut pas prendre comme nom d’équipe « zz-top ».
Cela signifie aussi que les niveaux sont mélangés, très variables.
À ce propos, on voit de sacrés athlètes. La plupart des filles ont leur nom écrit en gros sur leurs fesses. Ça en impose. Avec tous les champions qui passent devant nous, on se dit que ça va être très bataillé. Nos chances de podium fondent à toute vitesse comme la noix de beurre déposée dans la poêle brûlante.
On louche sur une équipe de cadors équipés d’avions de chasse (Poissy Triathlon, s’il vous plaît !) en se demandant ce qu’ils valent et les chronos qu’ils visent. Comme nous, ils sont cinq, embarquent beaucoup de testostérone et une seule féminine.
De l’art de doser la mixité pour mieux gagner.
Cécile fonce droit sur cette féminine qu’elle a reconnue pour l’interroger sur ses chronos : il s’agit de Meline Mageux (c’est écrit sur ses fesses), une championne de France minime qui a maintenant 24 ans et court le 10 km en 35 min.
Elle a prévu de courir en 3’ 30’’ au kilo.
Logique.
Comme il s’agit de l’équipe 139, on sait déjà qu’ils vont partir 4 min derrière nous.
Nous allons avoir chaud aux fesses, mais — au-delà du fait que nous n’avons aucune chance face à ce type d’équipe — on calcule qu’ils ne peuvent pas nous rattraper pendant la première course à pied. C’est déjà ça.
Les départs en contre-la-montre toutes les minutes sont très appréciables. Ils permettent à chaque groupe de choisir son allure, de partir au bon rythme. Aucune baston à l’horizon.
Après avoir effectué un petit échauffement de 4 km à pied avec quelques montées de genoux, vers 13:30, c’est enfin à nous.
Nous partons pour notre première course à pied avec un très bon rythme, sans se mettre dans le rouge. Ça part en descente, cela veut dire qu’on finira par le payer avec une montée. Grâce aux techniciens professionnels de l’équipe, on gère à merveille. Le « club des 5 » reste soudé et homogène.
Il y en a un peu plus ; je vous le mets ?
À ma montre, on termine avec 5,4 km au compteur en 21’ 35’’ soit à peu près exactement 15 km/h.
Les 4’ au kilo prévus ont été tenus, c’est parfait.
En revanche, la première transition me paraît assez laborieuse. Je compte 2’ 40’’ de galères diverses. Le parc est assez long, mais quand même. Le changement de chaussures n’est pas si simple, même si l’on sait qu’il sera bien utile car il représente un investissement essentiel pour la partie cycliste.
En vieux renard que je suis et sans même utiliser mon célèbre chausse-pieds, je suis prêt à sortir le premier du parc. J’attends le regroupement puis enfourche joyeusement Jolly Jumper quand Gilles me crie de remettre pied à terre : il faut attendre la deuxième ligne qui est bien plus loin. Oups ! Je confirme mon statut de boulet : le vieux n’a vraiment aucune expérience, il n’a jamais dû voir un parc à vélo.
Théo se positionne en tête et commence doucement à faire tourner les jambes.
C’est parti pour 6 tours de Longchamp.
On est encore en train de régler notre thermostat pour trouver la bonne température de course que l’on se fait déjà accoster par l’équipe 139. Enfer et damnation ! Ils sont déjà à côté de nous ! Ils nous ont déjà repris les 4 min ! Je calcule qu’ils n’ont pu en reprendre que trois en course ; la quatrième leur a sans doute été offerte pendant la transition. C’est ballot.
On roule une petite minute de conserve, puis ils s’éloignent doucement. Ils ne roulent pas beaucoup plus vite que nous, ce qui rend le dépassement délicat, et Théo en a encore sous la semelle, mais il n’a pas le droit de profiter de leur aspiration et il doit vérifier que les deux féminines (Cécile et moi) restent bien au contact derrière lui.
Théo trouve un très bon rythme de croisière. Cécile est parfaitement calée dans sa roue et j’essaie de ne pas trop faire l’élastique derrière Cécile.
Mon chrono est très souvent au-dessus de 40 km/h.
Rouler dans ce train est grisant.
On enrhume pas mal d’équipes concurrentes, c’est plaisant.
Comme il y a 6 tours à faire, les équipes doublées ne sont pas toujours dans le même tour. Ce qui fait d’une part que l’on croise beaucoup de monde et d’autre part qu’il faut être fort en math pour calculer à partir du numéro de dossard et de l’allure estimée à combien de tours les autres en sont.
Non seulement nous nous faisons très peu doubler, ce qui est de bon augure, mais on finit par rattraper l’équipe 139 qui avait dû être un peu gourmande sur le démarrage. Après deux tours en admirable pilote de circuit, Théo laisse la place à Gilles qui place une petite accélération. Le capitaine est nerveux. On est venu pour la gagne, oui ou merde ?
L’incroyable Cécile parvient à s’accrocher, ce qui m’oblige à faire pareil. L’équipe 139 est maintenant derrière nous !
À chaque tour, je perds la tête (ça vaut mieux que de perdre les pédales) du groupe dans le virage et je suis obligé de taper une pointe à 50 km/h pour recoller, pendant que Clément me suit en me servant de coach mental.
Poissy nous rattrape une nouvelle fois et nous terminons les 6 tours de Longchamp aux côtés de l’équipe 139 — nous faisons jeu égal sur le vélo — avec au compteur un total de 20,7 km en 30’ 45’’ soit 40,4 km/h de moyenne.
Accessoirement, nous sommes quelques-uns dans le groupe à avoir pété tous nos records Strava. Surtout moi qui ne roule jamais à ces allures de dingue.
La deuxième transition est plus simple mais elle voit l’apparition de crampes aussi soudaines que douloureuses. La mienne passe assez vite et je repars doucement, mais Théo reste au sol : il ne peut pas remettre sa chaussure de course à pied.
Clément se sacrifie pour l’aider.
Arrivés à la sortie du parc, le trio restant se retrouve dans l’embarras : les arbitres nous stoppent et nous devons décider si nous coupons le cordon et partons à 3 ou si nous les attendons. Nous pourrions filer et gagner de précieuses secondes, mais nous avons l’intuition unanime que le « club des 5 » a encore un bout de course à faire ensemble pour écrire l’histoire. Nous patientons et sommes récompensés en voyant nos deux héros revenir rapidement vers nous.
Cette transition, intense en émotions, n’a duré qu’une minute.
C’est parti pour la deuxième course à pied, toujours sur un très bon rythme et un peu plus de péripéties avec des organismes usés. Théo est stoppé par des crampes. Il s’arrête pour ensuite mieux repartir et nous rejoindre. Tout le monde s’occupe de Cécile qui est absolument incroyable. Je commence à arriver lentement mais sûrement au bout de mes ressources et réserves. À 200 m de la ligne, je me sens faiblir et je sais que je ne pourrai plus continuer longtemps. Je vois les quatre fantastiques franchir la ligne et je les rejoins avec quelques mètres de retard.
La deuxième course est certes deux fois plus courte que la première, mais ça dépasse les doses dans les mêmes proportions.
Ma montre me donne 2,7 km que nous bouclons en 10’ 43’’ soit 15,1 km/h ou 3’ 58’’ au kilo, un poil plus rapide que la première.
Cela me donne un total de 1 h 06’ 43’’ à ma montre, même si ce n’est pas ce qui s’affiche sur le chrono officiel de l’organisation.
Nous sommes incroyablement heureux et grisés par cette course et cette performance.
Le verdict tombe rapidement : nous sommes la 3e équipe mixte, donc sur le podium.
Poissy est l’équipe victorieuse.
Nous avons fait jeu égal sur le vélo.
Et même mieux, car nous sommes restés groupés à 5 alors que Poissy a perdu des gens en route.
Cécile a fait jeu égal avec Meline.
Cécile a fait jeu égal avec une championne de France.
Je me demande si elle se rend compte de son talent.
Je suis vraiment très content de cette journée et de cette course avec cette équipe incroyable.
Nous avons pris énormément de plaisir dans toute l’aventure, depuis l’inscription et la préparation stratégique jusqu’à la photo sur le podium, en passant par des entraînements techniques pour rouler en groupe.
On mérite de faire au moins la couverture de la gazette Vélizy-Associations, mais un article dans le Parisien ne serait pas volé!

