Troisième d'un triathlon alpin après deux ans de vélo et deux mois de nage, Yann Grangeon apprend vite
Les montagnes du Cantal l’ont appelé. Originaire de la région parisienne, Yann Grangeon arrive à Murat en 2020. Alors coureur à pied depuis sept ans, il décide de monter sur un vélo. « Je me blessais beaucoup et avec la montagne, les paysages, j’avais envie de faire du vélo. » Après un an à rouler seul, il rejoint le VC Pays de Saint-Flour, d’abord « pour trouver des copains ». Rapidement, le club le pousse à accrocher des dossards. Son palmarès s’étoffe vite : vainqueur des montées de Prat-de-Bouc et du pas de Peyrol, podium de l’Étape Sanfloraine, deuxième du championnat du Cantal 2022…
Mais, il a aussi connu les chutes et les casses mécaniques : « Je n’ai pas vraiment pris goût aux courses. C’est dangereux, ça frotte, les parcours ne sont pas vraiment pour les grimpeurs comme moi… C’est dur pour les débutants. » Alors, il se tourne vers un des sports qu’il admirait plus jeunes : le triathlon.
« Quand j’étais adolescent, j’étais vraiment admiratif des triathlètes. Je trouvais ça incroyable en termes de persévérance, de dépassement de soi. »
Il retourne au club de course de Murat qu’il avait quitté en commençant le vélo, la Voie de l’Écir. Objectif : commencer sa transition en courant quelques duathlons (course à pied-vélo-course à pied). Mais là encore, les choses vont s’enchaîner plus vite que prévu. En juin, Kévin Goubert, un cycliste et triathlète avec qui Yann s’entraîne, le pousse à s’inscrire au triathlon de la Madeleine, le 19 août. 1.800 mètres de nage, 111 kilomètres de vélo en franchissant les cols de la Croix-de-Fer et une partie de celui de la Madeleine et 16 kilomètres de course à pied. Sacrée première.
La nage en brasseD’autant qu’en juin Yann Grangeon n’avait encore pas nagé. « L’aquaclub de Murat et Mathilde, la maître-nageuse, m’ont permis d’avoir les bases même si en deux mois ça fait peu. » Si peu que Yann Grangeon n’ose pas partir en crawl le jour de la course. Il choisit la brasse. « Puis, j’ai regardé autour de moi et j’ai vu que je dépassais certains qui étaient en crawl. » Pas de miracle toutefois, à la sortie de l’eau, il est 96e à 10 minutes. « Mais, c’était moins loin que ce que je pensais. »
Lui qui voulait avant tout finir ce triathlon commence une folle remontée. Avec le deuxième temps de la portion cycliste, il double les concurrents un à un dans les deux cols exigeants, sous une chaleur de plomb. « J’ai dû doubler une cinquantaine de coureurs dans les 15 premiers kilomètres. » Sur la course à pied, il ne baisse pas le rythme, réalise le troisième temps de la discipline et sécurise son podium sur l’épreuve. « Le troisième temps sur la course à pied, c’est très surprenant, car je n’ai jamais eu un très bon niveau en course. » Mais, sur un triathlon longue distance, il peut faire parler ses qualités de résistance et de gestionnaire.
Au départ du Volcan'x TriFort de cette première réussie, Yann Grangeon vise désormais le triathlon des Graves, rendez-vous incontournable dans le Cantal. L’an passé, alors qu’il ne faisait que la partie vélo dans un trio qui concourrait en relais, il avait roulé beaucoup plus vite que tout le monde. Mais pas question de voir trop gros : il vise un top 5. « Je préfère me fixer un objectif raisonnable et me concentrer sur mon effort. » Après sa performance dans les Alpes, nul doute que les meilleurs nageurs garderont un œil dans le rétroviseur pour surveiller sa remontée.
Mathieu Brosseau

