A 90 ans, il a décroché 160 médailles : rencontre avec Maurice Dumas, le "papy flingueur" du Tir Sportif Riomois
On ne peut pas faire plus local que Maurice Dumas. Le nonagénaire est né à Riom et y a effectué toute sa vie professionnelle. « À l’origine, je suis mécanicien vélo et moto, raconte le tireur. J’ai débuté chez Chapelle à Riom. Du côté sportif, j’ai touché un peu au rugby à l’armée avant de devenir coureur cycliste au niveau régional. Dans ces années-là, je me suis frotté à des gars comme Roger Buchonnet, Jean Blanc ou un certain Raphaël Géminiani. Je suis ensuite passé à la moto, ma passion. Mais je n’avais pas les ressources financières suffisantes pour persister. En 1954, j’ai tout de même gagné le premier circuit des Monts d’Auvergne qui partait de Clermont et qui passait par Thiers, Saint-Gervais, Les Ancizes, Pontgibaud, le col de Ceyssat. Il y avait des portions de route défoncées car non goudronnées. On faisait du cinquante de moyenne sur les 450 kilomètres de la course », se souvient-il.
Les souvenirs défilent en noir et blanc puis en couleurLa carrière sur deux-roues terminée, Maurice est passé au tir sportif en 1964 à l’âge de 34 ans : « C’est Henry Bayle, un copain, qui était président de la section tir de l’Union Sportive Riomoise. L’entraînement avait lieu dans les ateliers de sa boutique, Au Tour de France. Pour s’entraîner à six mètres pour le Critérium d’hiver - une compétition qui n’existe plus de nos jours -, on débarrassait les vélos pour installer les cibles », se remémore le nonagénaire.
Toutes les coupures de journaux relatant ses exploits sont soigneusement rangées dans un classeur. Les souvenirs défilent, en noir et blanc puis en couleur. Maurice se souvient, avec une précision étonnante, de chaque lieu immortalisé sur papier glacé.
« De 1966 à 1985, j’ai fait partie de l’équipe d’Auvergne. J’ai assez rapidement atteint le niveau national et en 1971, j’ai décroché le titre de champion de France de l’administration pénitentiaire, que j’avais intégrée en 1958, trois jours avant mon ami Fernand Pédard. Comme lui qui jouait au rugby, j’ai payé des collègues afin de me libérer du temps pour aller tirer en compétition. À l’époque, j’avais un port d’armes pour effectuer les transferts de prisonniers. Mais j’avoue que, paradoxalement, je ne suis pas passionné par les armes. Pourtant j’étais chargé de leur entretien à la Centrale de Riom où j’étais également instructeur de tir », raconte-t-il.
Encore deux records d'Auvergne à son actifParmi ses nombreuses victoires, Maurice a obtenu un titre national à Lyon en 1980. Au total, il a participé à dix-sept championnats de France dont il énumère dans l’ordre toutes les villes organisatrices : « Je me rappelle qu’à Thonon, un concurrent avait mis ses balles dans ma cible mais je n’ai rien pu prouver. J’ai terminé huitième alors que le podium était possible », regrette Maurice Dumas.
Son palmarès est impressionnant. Maurice reste à ce jour sur les tablettes régionales puisqu’il possède encore deux records d’Auvergne : un à 300 mètres couché et un à 50 mètres à genoux. Retraite acquise en 1985, Maurice s’est totalement consacré au tir qu’il a définitivement arrêté il y a seulement une dizaine d’années.
Au service des jeunes« Il faut tenir les différentes positions pendant des heures. C’est usant », concède-t-il, évoquant sa prothèse au genou et des douleurs dorsales. Mais, sa grande expérience et sa bienveillance lui permettent toujours de glisser quelques conseils judicieux aux oreilles des jeunes tireurs du TSR, parmi lesquels il y a eu Clément Greffier qui collectionne aujourd’hui les titres nationaux et internationaux.
Je ne sais pas leur expliquer le pourquoi du comment, mais je sais ce qu’il faut faire pour mettre la balle au milieu
À voir tout le monde se regrouper autour de lui, on sent un immense respect de la part des apprentis tireurs, mais aussi des adultes du club qui ont eu droit à un verre de champagne pour célébrer son anniversaire.

