1000 race. 7 IMOCA dans la pétole
Après avoir quitté la baie de Port-la-Forêt hier à la mi-journée dans des conditions presque idéales pour entrer en matière, les sept solitaires de la 1000 Race sont dans la pétole avançant à moins de 2 nds depuis le milieu de nuit. Sam Goodshild reste en tête.
Dans la molle, tout devient un combat
La bascule a été rapide. Après avoir conservé un peu d’élan jusqu’aux abords du dispositif de séparation de trafic d’Ouessant, la flotte s’est retrouvée aspirée dans une zone sans vent, où chaque mille gagné relève désormais du détail. « Là, j’ai 2 nœuds… c’est vraiment très mou, a raconté Nicolas d’Estais (Café Joyeux) aux environs de 5 heures ce matin, dans un message vocal. Depuis le début de nuit, on est à l’affût de la moindre risée, de chaque opportunité pour faire avancer le bateau. » Dans ces conditions, le plus petit filet d’air devient précieux, la vitesse se construit millimètre par millimètre et une hésitation se transforme en mètres perdus. D’autant que la zone n’a rien d’un terrain de jeu tranquille : trafic maritime dense et courant marqué. « A un moment donné, on s’est retrouvés dans l’axe du DST, a ajouté Nico. On a parfois négocié avec les cargos pour qu’ils se dévient un peu. Ce n’est pas simple d’évoluer dans ce type de zone quand tu n’as pas de vent pour manœuvrer. » Même tonalité du côté de Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance), toujours en tête ce lundi matin avec une petite avance de 7 milles : « La mer est comme un lac, ça avance à trois nœuds… mais ça avance toujours. Le vrai enjeu, c’était de réussir à passer le DST sans se faire piéger et pousser à l’intérieur, et maintenant, c’est de s’extraire de cette molle le mieux possible, sans jamais s’arrêter complètement. »
Objectif : sortir de la bulle au plus vite
Car toute la course, à ce stade, se résume à un objectif : accrocher le nouveau flux de nord nord-est le plus tôt possible. Un passage clé, qui pourrait déjà dessiner les premiers écarts. « Cette journée de lundi, c’est clairement celle de la transition, a insisté le franco-britannique Le timing pour récupérer ce vent va être déterminant. » Même lecture chez Elodie Bonafous (Association Petits Princes – Quéguiner), auteure d’un départ canon hier, mais désormais engluée dans la pétole, comme une mouche empêtrée dans du caramel : « Là, les voiles font “flop-flop”. Ce n’est pas facile de faire avancer le bateau. L’objectif, c’est vraiment de traverser cette bulle sans trop perdre de terrain sur les autres et d’aller chercher le vent derrière. » Dans cette phase, chacun joue sa partition avec les moyens du bord. Chacun fait comme il peut avec ce qu’il a : certains restent au plus près de la route directe, quand d’autres privilégient le placement. « Pour ma part, je cherche à faire simple : du gain sur la route vers le Fastnet, sans chercher à compliquer. Le but, c’est de faire avancer la machine au mieux », a détaillé Nico d’Estais, qui profite pleinement du potentiel de son IMOCA à dérives dans ce petit temps et s’invite aux avant-postes.
Sommeil en suspens, lucidité sous pression
Mais dans cette navigation au ralenti, un autre facteur devient critique : la gestion du marin. Car depuis le lancement de la course, le sommeil est inexistant. « Je n’ai toujours pas dormi depuis le départ, a confié le skipper de Café Joyeux. Et dans l’immédiat, ça va demeurer compliqué de trouver un moment pour se poser. » Même constat général dans la flotte : tant que la situation reste instable, impossible de relâcher la vigilance trop longtemps. Il faut ajuster en permanence, surveiller les variations de vent et garder la tête froide. « Quand il n’y a pas de vent, c’est souvent là que les plus grosses différences se créent, a rappelé Sam Goodchild. On ne peut rien faire pour revenir si on est du mauvais côté et un mille d’écart peut vite se transformer en une heure… voire plusieurs. »
Un jeu d’équilibriste… sous haute incertitude
Dans cette zone où les repères s’effacent, les certitudes aussi. La flotte reste groupée (à peine une quinzaine de milles d’écart entre le leader et le dernier) et chacun avance à vue, ou presque. Ici, il faut accepter de ralentir, de temporiser, parfois même de subir. Une forme d’éloge de la patience, imposée plus que choisie. Même les spécialistes peinent à trancher, et même Madame Irma aurait sans doute bien du mal à lire quoi que ce soit dans sa boule de cristal. « Il y a tellement d’incertitudes que c’est difficile de prévoir précisément la manière dont les choses vont se passer sur la route de l’Angleterre. Sur l’eau, les marins ont de quoi s’arracher quelques cheveux ! », reconnaît Christian Dumard, le météorologue de l’épreuve. Une chose est sûre : tant que cette bulle restera en place, tout se jouera à la finesse. Et lorsque le vent reviendra, ceux qui auront su rester lucides et saisir le bon moment pourraient bien prendre un avantage certain. En attendant, une ligne de conduite s’impose : sang-froid… et opportunisme.

