Figaro. 27 duos encore en course un final très tactique
Les 27 duos encore en course dans le Trophée Banque Populaire Grand Ouest ont changé de tempo. Désormais au près en direction de l’île de Ré, ils composent avec une nouvelle phase de course, moins explosive mais loin d’être anodine, après une séquence qui a laissé des traces. Les premiers sont désormais attendus sur la ligne d’arrivée à Concarneau demain, peu avant le lever du jour, soit dans moins de 24 heures.
Un bord qui laisse des traces
Le long bord de travers d’hier a profondément marqué la flotte. Conditions soutenues, rythme élevé, sollicitations constantes : chacun en ressort entamé, à des degrés divers, après un passage particulièrement éprouvant, souvent vécu en mode sous-marin. « C’était vraiment horrible… on a passé des heures sous l’eau », a confié Léo Bothorel (Decathlon – La Fresque du Climat) dans une note vocale. « On a pris des litres de flotte dans la figure, au point de barrer avec un masque de plongée. » Au-delà de l’engagement physique, cette portion a aussi creusé des écarts. Entre ceux qui ont pu maintenir leur potentiel et ceux obligés de lever le pied ou de composer avec des soucis techniques, la hiérarchie a évolué. À bord d’Auray Quiberon by Orlabay, Thomas Dinas a raconté : « Un paquet de mer est entré dans le bateau, ça a fait disjoncter la commande moteur. On a dû bricoler pour repartir… et depuis, le moteur tourne en continu. » Avant d’ajouter : « On a également perdu la drisse de gennaker, donc on a fini le bord sous J2, forcément moins rapide. » Autant d’incidents qui continueront de peser sur la fin de parcours, creusant l’écart entre les bateaux encore à 100 % de leur potentiel et ceux désormais en gestion.
Un près plus respirable… mais encore piégeux
Depuis le passage du waypoint Banque Populaire Grand Ouest, en fin d’après-midi, la flotte a basculé au près. Un peu plus tard dans la soirée, autour de 21h30, les duos ont effectué un virement de bord pour se recaler en direction de l’île de Ré, que les premiers devraient atteindre en tout début d’après-midi ce mercredi selon les derniers routages. Un changement de registre qui, paradoxalement, apporte un certain répit. « Ça tape, mais au moins on sèche un peu et on peut se reposer a minima », ont glissé plusieurs skippers, soulagés de ne plus subir les paquets de mer constants du reaching. La nuit n’a pourtant pas été de tout repos. Comme le souligne le directeur de course Yann Eliès, des cellules orageuses ont perturbé la progression : « Il y a eu de grosses variations de vitesse. Certains bateaux sont quasiment passés à l’arrêt sous les nuages. » Des épisodes brefs mais marquants, qui ont tantôt resserré, tantôt étiré les écarts.
Au classement, Nicolas Lunven et Tom Goron (PRB) tiennent toujours la tête, devant Paul Cousin et Alexis Loison (Région Normandie), tandis que Arthur Meurisse et Arno Biston (Kiloutou) signent une belle remontée malgré leur souci d’aérien. La dernière portion entre Ré et Concarneau ne sera pas une simple formalité. « Ce ne sera pas complètement rectiligne », prévient Yann Eliès. « Il y aura des choix de voiles, des micro-ajustements de trajectoire… le vent ne sera pas linéaire. » Un final plus tactique qu’il n’y paraît, où la lucidité fera la différence.
L’arrivée des premiers est attendue demain à Concarneau, aux premières lueurs du jour, soit dans moins de 24 heures désormais. D’ici là, malgré la fatigue bien installée, la flotte reste à l’attaque. Car à ce stade de la course, rien n’est figé… et tout reste à jouer.

