L’histoire de la Réassurance 2/ 3
Je souhaite maintenant expliquer brièvement comment l’assurance a donné naissance à la réassurance, avec laquelle elle coexiste encore aujourd’hui avec succès.
La réassurance traditionnelle, la « première » forme — celle dont je vous parle — est née, comme l’assurance, d’un besoin.
Comme dans toute activité, lorsque ceux qui pouvaient vivre du métier d’assureur réussissaient à attirer de bons clients, expérimentés et chanceux, ils souhaitaient les conserver exclusivement pour eux, ou du moins éviter de réduire leurs tarifs.
Pour développer leur activité, il était toutefois important de diversifier et d’élargir la clientèle. Même les assureurs les plus riches ne disposaient pas de capitaux suffisants pour couvrir trop de voyages simultanément, et une solution intéressante était la co-assurance.
Cependant, avec la co-assurance, chaque assureur avait accès au même client et à ses « statistiques » ; un assureur ayant conclu une bonne affaire pouvait donc la voir lui être retirée par un concurrent. Il suffisait qu’un concurrent propose un meilleur prix ou des garanties supplémentaires sur un contrat qu’il connaissait bien.
C’est ainsi qu’est née la réassurance.
La réassurance apparaît comme un contrat de transfert d’une partie du risque vers un « assureur tiers », qui n’est plus un assureur direct, mais un réassureur, sans que le client en soit informé.
Le réassureur n’a aucun contact avec le client et, n’étant pas assureur direct, il ne peut pas proposer une police plus avantageuse au client final.
En cas de sinistre, le client a le droit d’exiger l’indemnisation complète auprès de l’assureur avec lequel il a souscrit la police. Celui-ci, pour obtenir le remboursement de la part cédée en réassurance, doit faire valoir le contrat de réassurance conclu séparément avec le réassureur.
Il est donc essentiel que l’assureur évalue soigneusement la solvabilité et la fiabilité du réassureur afin de s’assurer que l’engagement sera honoré.
La confiance entre les deux parties est un élément fondamental.
Le second principe est que le réassureur suit la fortune de l’assureur pour la part de risque acceptée.
Le premier accord de réassurance enregistré a été signé à Gênes en 1370, environ quarante ans après le premier contrat d’assurance.
Pourquoi Gênes ? Parce que le premier contrat d’assurance y avait également été signé. Ce n’est pas un hasard si Gênes est connue dans le monde entier pour la vocation commerciale de ses habitants et pour son rôle important dans l’histoire financière.
Le contrat concernait le transport de marchandises sur le trajet Cadix–Sluys, dans le cadre d’un voyage maritime de Gênes à Sluys.
Il est intéressant de noter une autre caractéristique de la réassurance : l’assureur peut choisir la portion du risque qu’il souhaite céder au réassureur, lequel reste libre de l’accepter ou non.
Dans ce cas précis, le trajet comprenait :
• une première partie entre Gênes et Cadix, entièrement en Méditerranée ;
• une seconde partie entre Cadix et Sluys (en Flandre), passant par le détroit de Gibraltar — les « Colonnes d’Hercule » — et exposée principalement aux conditions beaucoup plus dangereuses de l’océan Atlantique.
L’assureur, après avoir évalué le risque, a donc proposé au réassureur de participer uniquement à la portion la plus risquée.
Comme toute négociation saine et durable, on peut imaginer qu’il s’agissait d’un accord gagnant-gagnant :
• l’assureur réduisait son exposition tout en conservant son client ;
• le réassureur diversifiait son portefeuille moyennant une rémunération adéquate.
Grâce à cette innovation, la capacité des assureurs à couvrir les risques a considérablement augmenté, permettant d’offrir des services à un nombre toujours plus grand de clients.
Les deux principaux avantages furent :
1. l’augmentation de la capacité de souscription des assureurs ;
2. la possibilité de conserver et stabiliser leur portefeuille de clients.
À partir de là, la réassurance contractuelle s’est largement développée, accompagnant et renforçant l’assurance.
Lire la suite ici : L’histoire de la Réassurance 2/ 3 (source : News Assurances Pro - Media Indépendant des assureurs, mutuelles et institutions de prévoyance)

