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Réglementation : Porquerolles 2028, vers les mouillages organisés

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343 bouées d’amarrage vont progressivement prendre place chaque été dès 2028 au fond des six principales baies de Porquerolles. Un champ de mines visuel pour les défenseurs du mouillage libre, une nécessité écologique, sécuritaire et sanitaire pour les autorités. [caption id="attachment_212691" align="aligncenter" width="500"] L'implantation des ZMEL d'ici 2028 © Voile Magazine[/caption] C’est une tendance, peut-être même le sens de l’histoire. Avec le développement des activités nautiques, les mouillages finissent par s’organiser, même en France. Le bassin d’Arcachon, l’archipel de Glénan comme nombre de hauts lieux du tourisme nautique ont recours à l’installation de bouées d’amarrage. En Méditerranée, c’est le cas depuis 2020 dans l’île de Port-Cros dont le mouillage est réglementé à Port Man (interdit aux unités de plus de 12 m) et organisé dans la rade de Port-Cros, devant l’île de Bagaud. Une Zone de Mouillages et d’Équipements Légers (ZMEL) gérée par les agents du Parc national de Port-Cros et dont le modèle devrait s’inspirer de l’île voisine de Porquerolles. En effet, un plan d’aménagement à l’étude depuis 2022 par le Parc national de Port-Cros prévoit la mise en place de six ZMEL organisant les principales zones de mouillage de l’île. Un plan d’aménagement qui interroge et inquiète nombre de plaisanciers, regroupés au sein de l’Union pour la préservation d’une navigation côtière responsable (UPNCR). L’association, qui regroupe une quarantaine d’associations de plaisanciers du Var et des Bouches-du-Rhône, porte des points de vue divergents sur certaines dispositions du plan d’aménagements des mouillages de Porquerolles. [caption id="attachment_212689" align="aligncenter" width="500"] Porquerolles : Au fil des saisons, le mouillage de la plage Notre-Dame est victime de son succès. © SIMON GUICHAR[/caption]

Des échanges dans un climat apaisé

Il n’y a cependant pas de conflit entre l’UPNCR et le Parc national de Port-Cros qui échangent dans un climat apaisé et qui, par la voix de leurs représentants, ont bien voulu faire un point d’étape avec nous. Nous avons successivement échangé avec Jean-Pierre Ardisson, vice-président de l’UPNCR, et François Victor, directeur adjoint du Parc national de Port-Cros. Selon L’UPNCR, « on est en train de changer d’échelle avec environ 40 ZMEL prévus dans les deux ou trois prochaines années entre Martigues et Saint-Tropez. Des projets impulsés par l’Etat, le ministère de la Mer et de la Transition écologique. Si les mairies restent juridiquement libres, elles subissent une pression importante, notamment parce que le financement est majoritairement assuré par l’Etat. » Porquerolles figure en tête de leurs préoccupations en raison de la densité des ZMEL envisagées. François Victor parle quant à lui d’une pression des bateaux, de toutes tailles. « La mission d’un parc national est de protéger la biodiversité tout en assurant une mission d’accueil du public et des professionnels pour maintenir une activité locale. En France, un parc n’est pas un sanctuaire. On recherche en permanence un équilibre entre activité et pression d’occupation afin – dans notre cas – de préserver la posidonie et le paysage de Porquerolles. L’implantation des ZMEL vise à éviter l’interdiction stricte et en même temps à sécuriser l’usager contre l’amende et l’incident de mouillage ». L’amende car si les plaisanciers, faute de place – « en haute saison 40 % d’entre eux ne trouvent pas de place sur le sable » – mouillent sur un herbier, ils risquent d’être verbalisés. [caption id="attachment_212688" align="aligncenter" width="400"] la protection des herbiers de Posidonie au cœur du problème © A. GILBERT/AIRES MARINES PROTEGEES[/caption] L’incident de mouillage car en été, de nombreux usagers de la mer ne le sont que de façon occasionnelle, avec parfois une connaissance approximative des règles de mouillage : cercle d’évitement, longueur de chaîne, usage d’un orin, etc. « La mise en place de bouées de mouillage devrait permettre de régler une grande partie de ces problèmes et le recours à des bouées éco-conçues permet d’élargir la zone d’accueil des plaisanciers au-dessus des herbiers tout en les préservant ». Le projet des ZMEL de Porquerolles prévoit ainsi l’installation de 343 bouées réparties sur les six principales baies de l’île : d’ouest en est, la baie du Langoustier, l’anse du Parfait, l’anse du Bon Renaud, devant la plage de la Courtade, dans la baie d’Alicastre (plage Notre-Dame) et dans l’anse de la Galère. Pour L’UPNCR, qui porte la parole de plus de 4 000 chefs de bord, « cela signifie que l’on ne pourra plus mouiller librement, sauf dans des zones de sable étroites qui seront rognées de plusieurs façons. Par la bande côtière des 150 mètres réservée à la baignade, et par la zone d’évitage du premier rang de bouées implantées à la limite des herbiers, empiétant sur la zone libre. Mis bout à bout, la capacité réelle de mouillages libres sera réduite d’au moins de moitié ». [caption id="attachment_212690" align="aligncenter" width="500"] Mouiller son ancre sera toujours possible, mais uniquement entre les bouées et la zone de baignade. © DR[/caption]

En pleine saison, 650 mouillages

Exagéré, selon le Parc national : « Il y aura toujours une capacité de mouillage d’un peu plus de 300 places sur le sable pour des unités jusqu’à 15 m, ce qui est conforme à ce que l’on constate chaque été. En revanche, l’installation des 343 bouées offrant une capacité totale de 650 places sera progressive, accompagnant la montée en charge de la plaisance sur notre littoral. D’une trentaine de bouées installées toute l’année et gratuites en basse saison (le mouillage ne sera pas interdit sur les avant-plages sableuses situées entre ces bouées et le rivage), les ZMEL seront progressivement équipées pour atteindre le maximum de leur capacité à la mi-juillet. Nous voulons éviter d’avoir un champ de bouées inutilisées devant les plages ». Le défi des ZMEL est de trouver une solution d’équilibre entre les attentes des visiteurs pédestres sur les plages (zones de baignade, vue dégagée) et les besoins des plaisanciers en nombre de places de mouillage. « C’est aussi pour marier les attentes de chacun que les ZMEL de Porquerolles intègrent des cônes de vue : des espaces interdits au mouillage, dépourvus de bouées qui serviront à la fois d’accès aux zones de mouillage et de dégagement visuel ». Il reste vrai que la densité de mouillage des ZMEL à leur pleine capacité sera très importante, formant un rideau compact entre la plage et le large. À quand la mise en place de ces ZMEL à Porquerolles ? Pas avant l’été 2027 et plus vraisemblablement en 2028. « Le calendrier est détendu et on attend la fin de la période de réserve électorale pour lancer l’enquête publique », précise François Victor. Il faudra ensuite trouver l’opérateur en capacité d’installer les mouillages. Si le Parc national est le maître d’ouvrage, il y aura vraisemblablement une délégation de service public pour les travaux d’installation et de gestion de ces infrastructures. Car si l’utilisation des bouées sera gratuite en journée, la nuitée sera payante. Pour L’UPNCR, il y a encore trop d’inconnues sur le fonctionnement des ZMEL : « Sans réservation en journée, on peut imaginer une concurrence déloyale des unités à moteur en haute saison. Quant au tarif, à notre connaissance aucune ZMEL existante n’est à l’équilibre financier. Quel sera le tarif appliqué ? Quelle garantie que l’opérateur ne l’augmentera pas exagérément ? ». Le déficit des ZMEL ? Un point d’accord avec François Victor, mais « comme pour Port-Cros, le tarif des deux premières nuits devrait être aligné sur les prix portuaires de la région. En revanche, dès la troisième nuitée il ne cessera de doubler si le modèle de Port-Cros est appliqué ». Une politique tarifaire exponentielle destinée à assurer la rotation des unités de plaisance. « Il s’agit de lutter contre les navires-ventouses et contre la pollution des eaux de baignade par les eaux noires des navires ». Certes, tous les navires postérieurs à 2008 sont censés avoir des réservoirs à eaux noires, mais seuls les douaniers sont habilités à monter à bord pour vérifier la conformité de l’installation et la fermeture des vannes de vidange. Quand bien même, selon l’UPNCR, les infrastructures de pompage existantes sont insuffisantes au regard de la capacité d’accueil des ZMEL et aucune nouvelle installation n’est prévue dans le plan d’aménagement. « Il faut bien comprendre que nous ne sommes pas fermement opposés aux ZMEL, mais elles sont contraires à l’esprit libre et convivial de la plaisance. Une expérimentation sur une ou deux baies avec une analyse critique et constructive au bout de quelques années d’exploitation serait préférable à l’installation simultanée sur les six baies ». Un argument qui s’entend. Mais en cas de mise en place progressive, il faudra faire en sorte que la surfréquentation ne se reporte pas sur les baies libres… Pas simple ! Quant à l’effet protecteur des éco-mouillages sur la posidonie, François Victor admet que « la réponse des herbiers à leur protection est très lente, environ 1 cm par an de progression latérale. A Port-Cros, les effets ne sont pas encore très visibles. Mais il ne s’agit pas tant de restituer l’état originel des herbiers que de mettre un coup d’arrêt à leur dégradation ». L’UNPCR, de son côté, maintient le cap et demande qu’une concertation véritable et sincère soit établie entre l’Administration et les représentants des navigateurs.

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