Entretien avec Renaud Berrivin, directeur RSE du Groupe IMA
Dans le cadre d’une série de portraits des membres du Cercle RSE, Assurance for good. est allée à la rencontre de ces acteurs engagés de l’assurance qui par des initiatives novatrices et concrètes font bouger les lignes au service d’une transformation durable du secteur. Entretien avec Renaud Berrivin, directeur RSE Groupe du Groupe IMA.
Axg : Pour commencer pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours professionnel ?
RB : Après mes années d’hypokhâgne/khâgne en lettres, économie et sciences sociales, je me suis logiquement orienté vers des études de sociologie et d’économie. Je me suis alors passionné pour la sociologie des organisations. J’ai eu la chance de faire ma thèse à Sciences Po Paris sous la direction de Michel Crozier en bénéficiant d’une convention CIFRE avec Bossard Consultants, un cabinet de conseil iconique à l’époque. Une première inattendue pour un apprenti sociologue dans les années 90 ! A l’issue de ma thèse, j’ai intégré le cabinet et j’ai eu le bonheur d’exercer le métier de consultant pendant 17 ans. Années durant lesquelles j’ai conduit de nombreuses missions d’organisation et d’accompagnement du changement dans des secteurs très variés. Une expérience personnelle et professionnelle stimulante et structurante qui vous marque pour la vie !
Au gré des projets, j’ai découvert le monde de l’assurance et de la mutualité, notamment à Niort. Au regard de mon parcours académique et professionnel, ce modèle économique alternatif, qui cherche à combiner performance économique, sociale et sociétale m’a séduit car il rejoignait ma vision d’une transformation raisonnée et utile. Celle qui place l’humain au cœur des décisions stratégiques.
J’ai rencontré IMA comme consultant en 2009. Après plusieurs missions passionnantes, j’ai intégré le Groupe en 2012, d’abord comme consultant interne puis comme Directeur de la communication et enfin comme Directeur RSE depuis 2019. La vocation du groupe est, par nature, enthousiasmante : aider, porter secours à des personnes en difficulté dans l’urgence et les accompagner dans la durée. L’assistance est un des moments de vérité de l’assurance, c’est un métier d’utilité sociale dont la valeur ajoutée est essentielle et que je crois infinie au regard des transformations qui « travaillent » et interpellent nos concitoyens en quête de « réassurance ».
Quel a été pour vous l’élément déclencheur (le déclic) pour vous décider à vous engager sur le sujet de la RSE ?
Au-delà de mes convictions personnelles pour la préservation de la planète et la promotion d’un modèle économique et social humaniste ancré dans l’économie de marché, je ne parlerais pas d’élément déclencheur mais plutôt d’une envie.
Celle de mettre en évidence la valeur ajoutée sociétale d’IMA qui ne s’affichait pas jusqu’ici. Le Groupe IMA, en tant que filiale de grandes mutuelles (MAIF, MACIF, MATMUT notamment), opère en marque blanche ce qui explique une certaine forme de modestie « native ». Du fait de ses racines mutualistes et de sa vocation, l’entreprise disposait déjà d’un socle RSE solide qui ne demandait qu’à s’exprimer. Avec l’appui de ma direction générale et fort de mon regard sociologique, mon approche a simplement consisté à dessiner une stratégie RSE autour de deux principes : prendre appui sur cet héritage culturel et co-construire avec les métiers. En prenant le temps de comprendre leurs logiques d’action, leurs écosystèmes, en avançant par itération, nous avons pu mesurer nos impacts et travailler ensemble pour identifier des leviers de progrès, de façon réaliste et rationnelle, plutôt que de vouloir imposer un discours « hors sol ».
Notre raison d’être est limpide et engageante : prendre notre part en tant qu’assisteur dans la résolution de crises collectives ou personnelles. Nous le faisons en mobilisant l’ensemble de nos équipes et nos réseaux de prestaires et artisans qui interviennent sur le terrain. De fait, le Groupe IMA est contributif « au bien vivre » de notre société en résolvant concrètement, à chaque minute, des problèmes qui perturbent le quotidien et les émotions de milliers de personnes.
Cette envie de valoriser ce qui n’était pas « dit » a bien sûr été renforcée par les crises climatiques majeures que nous avons connues ces dernières années et que j’observe également en tant que vice-président de la commission Développement Durable de France Assureurs. C’est à l’occasion des tempêtes, des inondations, des épisodes de neige qui bloquent la France, ou des crises géopolitiques qui entravent la mobilité de nos bénéficiaires dans le monde, que notre Groupe joue un rôle majeur pour accompagner nos concitoyens en difficulté à l’instar de l’ensemble du secteur assurantiel et de nos actionnaires en premier lieu.
En même temps, si nous voulons réellement progresser, nous avons un devoir de lucidité : notre impact sociétal positif se traduit aussi par l’utilisation de moyens d’assistance par nature carbonés (avions, dépanneuses-remorqueuses, taxis, ambulances…) même si nous avons fortement développé notre recours au train ces dernières années. En l’état actuel des technologies disponibles, nos leviers pour réduire notre empreinte carbone restent donc malheureusement limités. Cette tension entre notre vocation sociétale positive et notre empreinte carbone est au cœur de ce que nous devons assumer pour progresser, pas à pas, avec toutes nos parties prenantes.
Mon job c’est d’essayer de résoudre dans le temps cette équation avec les acteurs concernés avec ambition et pragmatisme.
Compte tenu de cette réalité, quel est l’enjeu majeur que vous cherchez à adresser avec votre feuille de route ?
Notre ambition est de déployer l’assistance la plus responsable possible sans dégrader notre qualité de service que nous devons aux bénéficiaires de nos actionnaires et clients. Cela signifie être au plus près des métiers et de nos actionnaires pour inventer une gestion de sinistres toujours plus vertueuse. Nous avons d’abord fortement investi dans la connaissance de notre empreinte carbone pour cartographier nos impacts en volume et en intensité. Aujourd’hui, nous savons qu’elle relève à 99% du scope 3. Nous connaissons finement les sources de nos émissions. L’enjeu c’est désormais de travailler avec les métiers et nos réseaux de prestataires pour transformer nos opérations d’assistance en tenant compte de l’acceptabilité des bénéficiaires, des capacités de nos SI et celles de nos réseaux et bien sûr de nos impératifs économiques. Concrètement, cela passe un recours raisonné à l’avion, le développement du train (+ 40% cet été) et l’utilisation de véhicules de remplacement électriques si tant est que les bénéficiaires l’acceptent en situation de stress.
Vous êtes 2 à la RSE pour 6 000 collaborateurs. Concrètement comment faites-vous ?
Nous avons beaucoup de chance car le terreau est favorable. Cela passe par beaucoup d’écoute et de pédagogie pour créer un espace de coopération afin que les métiers soient eux-mêmes moteurs et proposent des idées innovantes. Nous ne sommes que des animateurs : les voies de progrès sont entre leurs mains. A nous de les encourager et de les valoriser.
Quels freins rencontrez-vous en interne ?
Nous avons deux défis à relever : revisiter nos équations économiques et repenser nos outils informatiques pour intégrer la variable carbone au-delà des critères historiques de coûts et de vitesse d’exécution. Les perspectives sont très encourageantes car nous allons disposer d’un nouvel outil de front office qui pourra guider les préconisations de chargés d’assistance en les éclairant sur l’impact carbone des solutions retenues.
Quels effets positifs notez-vous en interne, auprès des collaborateurs ? en externe, auprès de vos clients ou de vos partenaires ?
La sensibilité des métiers sur les sujets de la RSE a progressé de façon exponentielle ces dernières années. Il en va de même pour nos dirigeants qui incarnent pleinement cette sensibilité en intégrant les enjeux RSE désormais prioritaires dans les choix stratégiques de l’entreprise. Nous avons une conviction forte : la réussite d’une transformation durable de nos métiers passe par une mobilisation de toutes nos parties prenantes (actionnaires, clients, bénéficiaires, réseaux prestataires…). Avec énergie, méthode et persévérance, je suis intimement convaincu que nous y parviendrons !
Propos recueillis par Valérie Loizillon, dirigeante d’Assurance for good., cabinet de conseil et formation en RSE dédié au secteur de l’assurance.
Lire la suite ici : Entretien avec Renaud Berrivin, directeur RSE du Groupe IMA (source : News Assurances Pro - Media Indépendant des assureurs, mutuelles et institutions de prévoyance)

