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Histoire : Vendée Globe 1996, une histoire de bravoure Ep.1

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Si le troisième Vendée Globe a marqué les esprits, c’est qu’il fut bien plus qu’une course, une épopée humaine hallucinante et tragique. Une saga maritime épique que nous comptait Olivier Péretié, en commençant par nous parler des concurrents de cette édition 1996-1997 du Vendée Globe qui allait marquer l'histoire.

Sommaire :

  • Chapitre 1 : Une histoire de bravoure
  • Chapitre 2 : Une histoire d'audace ( à paraître )
  • Chapitre 3 : Une affaire d'héroïsme ( à paraître )
  • Chapitre 4 : Une affaire de résilience ( à paraître )
[caption id="attachment_212398" align="aligncenter" width="500"] Connaître le Grand Sud est-il un avantage ? Christophe Auguin en doute et craint les 50es... © B. Rubinstein/Collection Voile magazine[/caption] C’était comme une prémonition. Il disait : « Quand tu n’es jamais allé dans le Grand Sud, tu ne sais pas ce qui t’y attend. Quand tu y es allé à deux reprises comme moi, tu le sais. Et c’est pire. » Il ne pouvait pas savoir à quel point il avait raison, Christophe Auguin. Le favori et futur vainqueur de la plus effrayante des courses en solitaire ne tenait pas tellement à retourner là-bas, au Pays de l’ombre. Les vents rugissants, les vagues tueuses et les icebergs, il avait donné, merci. Aussi, ce petit homme sec et déterminé âgé de 36 ans, confiait-il sans fard ses appréhensions, quelques jours avant le départ de la troisième édition du Vendée Globe (1996-1997). En novembre 1996, ils sont seize braves à se risquer dans cette galère. C’est la troisième fois qu’une escadre de voiliers de course où s’agitent de minuscules silhouettes quitte les Sables d’Olonne. La première fois, en 1989, ils étaient treize au départ, et sept seulement ont réussi à revenir au port en se conformant au terrible règlement de l’épreuve : pas d’escale, aucune assistance. Trois ans plus tard, ils étaient quatorze et la moitié d’entre eux sont rentrés classés, pour pouvoir dire : « Je l’ai fait ». [caption id="attachment_212397" align="aligncenter" width="500"] De Broc revient malgré ses malheurs de 1993 : une langue recousue et un abandon forcé… © RB. Rubinstein / Collection Voile Magazine[/caption] Pour la première fois, la mort s’est invitée dans la course. L’Américain Mike Plant a disparu au milieu de l’Atlantique en se rendant au départ. L’Anglais Nigel Burgess est tombé à l’eau au large des côtes de Galice… Auguin savait tout ça et il ne dansait pas de joie à l’idée d’y retourner. Mais son sponsor l’avait accompagné fidèlement au long de ses deux victoires précédentes autour du monde, et il lui devait bien ça. Et lui-même se disait qu’il était difficile de mettre un terme à sa carrière de coureur au large sans aller se mesurer au Vendée Globe. Mais il était lucide et savait bien ce qui l’attendait. L’un de ses concurrents l’ignorait et le suppliait, en plaisantant à peine, de le rassurer. Gerry Roufs était pourtant un autre géant du large. A 43 ans, ce lutin aux cheveux bouclés et au regard plein de malice pouvait dérouler un CV nautique de maréchal des ondes… Et tenter d’oublier une amère controverse avec son commanditaire qui avait menacé de le licencier comme un malpropre quelques mois avant le départ. Mais Gerry ne s’était pas affolé. En juin 1996, il avait gagné la Transat anglaise en solo et avait ainsi convaincu son irascible parrain de lui laisser son bateau… Pourtant Gerry ne cachait pas ses appréhensions. Et Auguin le rassurait à peine… Isabelle Autissier tâchait de remonter le moral du petit Canadien. Mais la récente mésaventure de la célèbre navigatrice ne lui laissait guère d’illusions sur le Grand Sud. Au cours du Boc Challenge précédent, le tour du monde solo avec escales, une vague monstrueuse avait pulvérisé le monocoque d’Isabelle et arraché le rouf. La Marine australienne avait envoyé un hélicoptère qui l’avait sauvée… Isabelle y retournait pourtant avec une superbe luge, un sponsor enthousiaste, une préparation au top, une maîtrise impeccable, une volonté de fer, un désir de revanche et une grosse cote chez les bookmakers. [caption id="attachment_212399" align="aligncenter" width="500"] Sur Geodis, Christophe Auguin a encore une vraie table à cartes. Et il lit l’Echo des Savanes ! © B. Rubinstein / Collection Voile Magazine[/caption]

De quoi calmer les angoisses de Gerry ? Même pas.

Parce que l’acharnement de ses adversaires était littéralement incompréhensible. Tous se présentaient au départ avec un désir de participer frôlant l’inconscience et après le franchissement d’une série d’obstacles à dégoûter le plus indestructible des aventuriers. « La chose la plus difficile au monde, devait constater l’Anglais Pete Goss, c’est d’être au départ du Vendée Globe. Mais ce n’est encore rien à côté de la difficulté d’être à l’arrivée… » Avec sa gueule de gendre idéal et son sourire ravageur, cet ancien du corps des Royal Marines de Sa Majesté n’avait pas hésité à vendre sa maison ni à construire de ses propres mains son superbe 50 pieds. Ce qui ne l’empêchait pas de crouler sous les dettes comme la plupart de ses collègues des vagues. Son compatriote Tony Bullimore, « mon merveilleux bouledogue » comme le décrivait sa femme, semblait taillé pour danser avec le diable : incendie, naufrage, chavirage, abordage, accident de voiture deux semaines avant le départ du Vendée, il avait tout surmonté… Mais cela n’était encore rien à côté de ses soucis financiers. L’ex-roi de la planche à voile Raphaël Dinelli se retrouvait, quant à lui, dans une situation intenable. Abandonné par son sponsor à quelques semaines du départ, il s’était retrouvé sans bateau ni espoir. Philippe Jeantot, l’organisateur et directeur de la course, avait consenti à lui louer son 60 pieds. L’inconscient était parvenu tant que bien que mal à financer une préparation de dernière minute quand quinze jours – quinze jours oui – avant le départ, alors que le bateau était encore un puzzle à remonter d’urgence, un sponsor lui donnait son nom et un complément de budget suffisant pour partir… A la condition suspensive qu’il prenne bien le départ. Or Dinelli avait été contraint d’abréger sa qualification in extremis quand le mauvais temps l’avait exposé à un fort risque d’avarie grave. [caption id="attachment_212396" align="aligncenter" width="500"] P. Jeantot (à gauche, face à P. de Villiers), a tout fait pour que Raphaël Dinelli puisse partir. © Alea[/caption]

Et Dinelli part « en pirate »...

Aussi le jury comme le comité de course lui interdisaient-ils de courir. Seule issue pour cet obstiné : partir « en pirate » un quart d’heure après tout le monde. Mais Dinelli n’avait pas le droit de se plaindre. Yves Parlier, son collègue du bassin d’Arcachon, médaillé comme un amiral, jouissait d’un budget tout juste suffisant. Seulement son superbe proto avait perdu son mât cinq mois plus tôt et lui-même s’était blessé à la main, transformant sa préparation en cauchemar. Catherine Chabaud, l’autre femme de la course, avait récupéré son bateau, le cigare rouge de VDH, à peine plus d’un mois – un mois – avant le départ ! Peut-être pour s’éviter un stress de ce genre, le solide Hongrois Nandor Fa avait dessiné et construit lui-même sa machine. L’inébranlable Thierry Dubois s’était acharné pendant des mois à réunir l’argent nécessaire pour acquérir le plan Joubert de l’infortuné Nigel Burgess et l’avait transformé, essentiellement de ses mains, pour le rendre plus compétitif. Marc Thiercelin avait consacré 1 006 jours à la recherche de sponsors. Bertrand de Broc avait recueilli les dons et signatures de milliers de fans – jusqu’au président Jacques Chirac… [caption id="attachment_212400" align="aligncenter" width="500"] Eric Dumont est engagé sur Legal Le Goût, l’un des six 60 pieds gréés en ketch. © B. Rubinstein / Collection Voile Magazine[/caption] Tout comme de Broc, Hervé Laurent, Eric Dumont, le champion de moto belge Eric de Radiguès, le Basque Didier Munduteguy, tous, faute de moyens, s’étaient rabattus sur des coques dépassées, parfois à bout de souffle, pour l’étrange désir d’aller se faire mal pendant quatre mois. Ou simplement ressentir quelques minutes d’euphorie au moment du départ, le dimanche 3 novembre à 13h02. « En France, tranchait Pete Goss, les navigateurs solitaires sont des héros ». Ciel gris, plafond bas, horizon brumeux, vent de sud-ouest force 4, coup de vent prévu pour la nuit. Le drame se noue. Aucun de ces seize « héros » n’imagine une seconde la monstruosité de ce qui les attend ... À suivre ...

Les concurrents du Vendée Globe 96-97

Nom Nationalité Bateau Type
Christophe Auguin France Géodis 60 pieds
Isabelle Autissier  France PRB 60 pieds
Bertrand de Broc France Votre Nom autour du Monde  ketch 60 pieds
Tony Bullimore  Grande-Bretagne Global Challenger  ketch 60 pieds
Eric Cadro France Zen ketch 60 pieds
Catherine Chabaud France Whirlpool-Europe 2 ketch 60 pieds
Thierry Dubois France Pour Amnesty International 60 pieds
Raphaël Dinelli France Un Bateau pour les Enfants 60 pieds
Eric Dumont France Café Legal le Goût ketch 60 pieds
Nandor Fa Hongrie Budapest 60 pieds
Pete Goss Grande-Bretagne Aqua Corum 50 pieds
Hervé Laurent France Groupe LG 1 60 pieds
Didier Munduteguy France Enif 60 pieds
Yves Parlier France Aquitaine Innovations 60 pieds
Patrick de Radiguès Belgique La Novia ketch 60 pieds
Gerry Roufs  Canada Groupe LG 2 60 pieds
Marc Thiercelin  France Crédit Immobilier de France 60 pieds

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