Economie de carburant Ep.3 : Avoir une coque propre !
Troisième volet de notre méthode pour moins consommer, le nettoyage de la coque est peut-être le plus spectaculaire en termes de résultats. Un rapide passage au nettoyeur à haute pression peut faire des prodiges. Photos Virginie Pelagalli
Pour cette expérience, rappelons que nous avons utilisé un semi-rigide Tiger Marine 740, qui était resté à flot depuis le mois d’avril 2024 à Bormes-les-Mimosas. Étonnamment, le niveau de saleté de la coque après cette longue période à l’eau n’était pas si terrible : l’essentiel des algues était concentré sur le quart arrière du bateau, surtout sur les flotteurs et sur le tableau arrière.
Nous avons mis le bateau sur sangles au port de la Favière pour passer la carène et les flotteurs au nettoyeur à haute pression avec buse rotative, durant une vingtaine de minutes.
Dans l’absolu, le nettoyeur à haute pression n’est pas l’outil idéal pour nettoyer les flotteurs d’un semi rigide. Il y a toujours un risque d’abîmer le revêtement en PVC ou en Hypalon.
Le mieux est d’utiliser une brosse pas trop dure ou une éponge, associée à du savon doux (savon noir, par exemple) pour un nettoyage régulier, voire du vinaigre blanc dilué (1/3 vinaigre, 2/3 eau) pour dissoudre les dépôts organiques. Il existe également des produits spécifiques pour semi rigide (Starbrite, 3M, Nautic Clean, etc.) pour un nettoyage en profondeur sans endommager la surface.
Après cette mise au point, nous pouvons analyser les résultats.
Première constatation : à 2 500 tours le bateau est à présent déjaugé avec sa carène propre. Il consomme donc beaucoup moins, car il a cessé de déplacer un important volume d’eau équivalent à sa masse (principe d’Archimède).
Le gain est spectaculaire, avec un débit d’essence passant de 18,7 à 11 litres par heure, soit un rendement amélioré de 58 %.
Le carénage a permis d’obtenir une vitesse de croisière ultra-économique de 16,9 nœuds, correspondant à une autonomie de 430 milles, au lieu de 180 milles avec la carène sale !
Une autonomie augmentée de 138 % !
Comment les choses évoluent-elles à l’approche de la vitesse de croisière « normale » ?
À 3 000 tours, le gain de rendement reste encore spectaculaire, puisqu’il s’améliore de 24,2 % grâce au nettoyeur, et l’autonomie fait un bond de 187 à 247 milles.
Cependant, la vitesse est encore un peu faible pour un bateau de ce type : 19,5 nœuds.
Le point de bascule pour cet ensemble coque plus moteur semble être à 3 200 tours, que la carène soit propre ou sale. C’est le seuil auquel nous avons atteint le meilleur rendement avant nettoyage, soit 1,24 litre au mille.
Le carénage a permis de gagner plus de 2 nœuds à ce régime, et de réduire la consommation à 1,11 litre au mille. Ce qui équivaut à une amélioration de 10,5 % du rendement.
Les gains de rendement se poursuivent sur toute la plage d’utilisation ; ils sont moins spectaculaires à 3 500 tours, mais la courbe remonte ensuite : + 11 % à 4 000 tours, + 20 % à 4 500 tours…
Au régime maximal, le bénéfice est moins spectaculaire, mais la vitesse de pointe est améliorée de presque 2 nœuds.
Et, surtout, nous obtenons un régime de 5 400 tr/mn se rapprochant davantage des recommandations du motoriste, même si une valeur de 5 800 à 6 000 serait plus souhaitable afi n de tirer pleinement parti de ce V8 Mercury Verado.
Peu d’efforts pour un résultat très convaincant
En conclusion, un carénage même rapide, dont le coût de revient est de quelques euros, et un peu d’huile de coude auront un bénéfice immédiat. C’est peut-être le point le plus important pour commencer à faire des économies de carburant.
Dans notre exemple où la coque n’était que modérément sale, les résultats sont déjà incroyables, alors imaginons le cas d’un bateau ayant passé plusieurs semaines dans un port en eau saumâtre, sans passer par la case « carénage » avant de sortir naviguer.
Nous avons rencontré cet exemple récemment à port Grimaud : en seulement deux semaines sur une vedette Aprea de 50 pieds, la coque s’est recouverte d’une pellicule d’algues et, surtout, les hélices des embases IPS étaient pleines de microcoquillages. Le nettoyeur à haute pression n’est pas l’outil le plus adapté pour décaper les flotteurs, il faut être vigilant à ne pas endommager le tissu.
Cette colonisation s’est tout de suite ressentie sur les performances globales du bateau. Il semblait moins tonique à l’accélération, la vitesse de croisière avait chuté de 2 nœuds et la vitesse maximale également.
En grattant simplement et assez longuement les hélices avec un tampon abrasif – pas forcément le meilleur outil, mais nous n’avions rien d’autre sous la main –, nous avions pu récupérer les 2 nœuds manquants et atteindre le rendement optimal du bateau en croisière, soit 7 litres au mille à 23 nœuds !
Nos relevés
Conditions de l'essai :
- Bateau : 5 personnes, 210 l de carburant Météo : houle d’est
| Régime en tr/mn | Vitesse en noeud | Conso Rend. en l/h | Conso Rend. en l/mille | Régime en tr/mn | Vitesse en noeud | Conso Rend. en l/h | Conso Rend. en l/mille |
| 2 500 | 12 | 18,7 | 1,56 | 2 500 | 16,9 | 11 | 0,65 |
| 3 000 | 15,3 | 22,8 | 1,49 | 3 000 | 19,5 | 22,1 | 1,13 |
| 3 200 | 20,4 | 25,2 | 1,24 | 3 200 | 22,7 | 25,1 | 1,11 |
| 3 500 | 24 | 30,8 | 1,28 | 3 500 | 25,5 | 30,1 | 1,18 |
| 3 800 | 26 | 36,7 | 1,41 | 3 800 | 27,8 | 33,9 | 1,22 |
| 4 000 | 28 | 40,6 | 1,45 | 4 000 | 30,5 | 39,4 | 1,29 |
| 4 500 | 32 | 57,8 | 1,81 | 4 500 | 34 | 48,8 | 1,44 |
| 5 000 | - | - | - | 5 000 | 39 | 72,1 | 1,85 |
| 5 300 | 40 | 82,2 | 2,06 | 5 400 | 41,6 | 83,9 | 2,02 |

