Au cœur de la saison froide, la raie bouclée promet de beaux combats. Voyons comment aborder ce poisson puissant au bon endroit, au bon moment et avec la bonne technique. Photos : Guillaume Fourrier
Avec ses larges ailes ondulantes, la
raie bouclée offre un combat puissant très spécifique, que l’on reconnaît immédiatement lorsqu’on a déjà eu affaire à elle. L’hiver est une saison propice pour traquer cette espèce qui, bien que moins active, reste une cible accessible aux pêcheurs patients et préparés.
Ce poisson, qui peut atteindre plus de 5 kilos, séduit par son comportement belliqueux et son habileté à exploiter les courants en positionnant son corps en opposition de la récupération de la ligne.
Cela dit, il est possible de le pêcher finement en dérive. Cette approche technique fine combine précision et connaissance du milieu et de la composition des fonds pour maximiser les chances de réussite.
Identifier les zones de présence de la raie
Les raies affectionnent les fonds sableux riches en aliments, où elles trouvent en abondance coquillages, crustacés et autres proies. Ces fonds, souvent localisés autour des
ridens, forment un habitat idéal grâce à leur biodiversité.
Les ridens, dunes sous-marines sableuses, créent des zones où les courants marins déposent de la nourriture primaire (vers, coquillages, crustacés), attirant ainsi une multitude d’espèces marines.
Les raies se concentrent plus particulièrement dans les parties plates situées derrière un riden ou, mieux, entre deux ridens.
C’est là que les dépôts de mollusques et de crustacés s’accumulent grâce aux tourbillons et contre-courants.
Ces conditions offrent aux raies la possibilité de se nourrir en continu tout en évitant la compétition des prédateurs plus rapides qui évoluent sur les ridens et autres monticules sous-marins.
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Les petites raies bouclées sont parfois voraces. Elles doivent être remises à l’eau © Pêche en Mer[/caption]
Des cartes marines indispensables !
Pour maximiser vos chances, l’utilisation des cartes marines est indispensable. Ces outils per mettent d’identifier les reliefs favorables, comme les variations de profondeur reconnaissables par deux lignes de sonde rapprochées.
On peut aussi y lire les types de fonds, indiquant parfois la nourriture présente, par exemple avec le sigle «
Sh », diminutif de «
Shells », qui signale des
coquillages.
Ces repères marquent des lieux où les raies sont susceptibles de s’alimenter.
Une fois sur place, il est essentiel de multiplier les dérives pour localiser avec exactitude les points où les touches sont les plus fréquentes. Contrairement aux épaves, qui concentrent les poissons sur un point précis, les zones favorables à la raie couvrent généralement des périmètres plus étendus. Il faut pratiquer une approche de quadrillage qui passe inévitablement par un peu de tâtonnement.
Chaque touche doit être enregistrée au GPS pour cartographier les endroits clés. Vous vous apercevrez qu’une raie en cache une autre.
Continuez à marquer les prises pour voir la zone se dessiner avec son pourtour.
Avec le temps, ces efforts vous permettront de vous constituer une véritable base de données personnelle sur les spots les plus productifs. Les raies reviennent toujours aux mêmes endroits.
Outre les ridens, les plages et chenaux à proximité de roches ou de parcs à huîtres ou moules représentent également d’excellents emplacements. Mais ces postes côtiers sont pertinents à l’arrivée des beaux jours, moins en hiver où les raies évoluent de préférence à plus de 15 mètres de profondeur.
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Les appâts sont soigneusement coupés et piqués en leur centre pour qu’ils restent dans l’axe et ne tournent pas dans l’eau. © Pêche en Mer[/caption]
Les sédiments riches en nutriments attirent une multitude de petits animaux, eux-mêmes au menu des raies. Les zones où le sable rencontre des formations rocheuses sont particulièrement intéressantes, car elles offrent à la fois un abri et une source de nourriture variée.
À la tombée de la nuit, les raies, souvent immobiles sur le fond pendant la journée, deviennent plus actives. Elles se déplacent parfois entre deux eaux à la recherche de petits poissons.
Encore une fois, notez que ces zones de chasse ne se révèlent pleinement qu’après de multiples explorations et ajustements. Chaque dérive est une opportunité d’apprendre et de peaufiner votre stratégie.
Plusieurs dizaines de sorties peuvent être nécessaires pour cerner les meilleurs emplacements, ce qui peut être déroutant. C’est un travail de patience et d’observation largement récompensé lorsqu’une belle raie bouclée vient enfin mordre à l’hameçon.
Pour ne pas vous décourager, vous pouvez viser une autre espèce le matin, et chercher les spots à raie l’après-midi, par exemple.
Le bon moment pour pêcher
La raie bouclée, bien qu’elle soit active toute l’année, demande une surveillance minutieuse pour déterminer les moments les plus propice à sa capture.
L’étale de courant, ce moment où le flux d’eau est quasi nul entre deux marées, reste une fenêtre privilégiée.
La raie profite de cette période de calme pour s’alimenter davantage. Ces instants se produisent généralement à la fin de la marée descendante et au début de la montante, lorsque le courant ralentit, s’arrête et reprend dans l’autre direction. Ce sont des moments clés à exploiter, car ils offrent des conditions idéales pour maintenir l’appât stable au fond, là où la raie se nourrit activement. Elle se déplace et se pose sur l’appât plus facilement dans un flux restreint.
Cependant, toutes les étales ne se valent pas. Les coefficients de marée faibles à modérés sont particulièrement intéressants, car ils prolongent ces phases de courant léger.
Contrairement aux grandes marées, où l’étale est brève et le courant reprend rapidement, lors des petits coefficients de marée, les périodes d’étale permettent de multiplier les dérives et de maximiser les chances de toucher une raie.
Un courant supérieur à 1,5 nœud rend souvent la pêche difficile, car il devient compliqué de maintenir l’appât dans la zone de contact avec le fond.
Dans ces conditions, il est préférable de mettre l’ancre ou de traquer d’autres espèces telles que les grandes vives ou turbots sur les ridens.
Ainsi, bien planifier ses sorties en fonction des calendriers de marée est essentiel pour optimiser sa pêche. L’heure de la journée joue également un rôle crucial.
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Un heureux client avec une énorme raie bouclée prise très récemment à la tombée de la nuit, à l’étale de courant © Pêche en Mer[/caption]
Bien que la raie soit active à toute heure, les premières lueurs du jour et le crépuscule offrent des opportunités, en particulier lorsqu’une étale de courant se présente à ces périodes de faible luminosité. Les pêcheurs matinaux qui prennent la mer avant l’aube augmentent significativement leurs chances de succès.
De plus, la pêche de nuit, même si elle est plus exigeante, peut être particulièrement productive. Je ne suis pas fan du tout, mais pas du tout, de la pêche de nuit en bateau.
Mais pourquoi ne pas partir à 5 h à cette période de l’année pour commencer la pêche de nuit, une ou deux heures avant le lever du jour ?
Dans ce cas, vous devrez vous munir d’un radar et d’un projecteur lumineux pour naviguer en toute sécurité.
Les conditions météorologiques influencent également l’activité de la raie. Les journées tranquilles avec un vent faible sont idéales pour des dérives contrôlées, tandis que les fortes houles et les vents contraires compliquent la présentation de l’appât.
Les pêcheurs expérimentés savent adapter leur technique en fonction de ces éléments, choisissant des zones plus abritées ou ajustant leur plombée pour compenser les mouvements du bateau. Mais il est clairement préférable de traquer la raie par mer calme.
Les appâts riches en effluves jouent un rôle décisif pour attirer ces poissons de fond dans des conditions où leur métabolisme, légèrement ralenti par les températures plus fraîches, les incite à économiser leur énergie.
Les raies sont bien souvent posées sur le fond une bonne partie de la journée. Elles préservent clairement leurs forces et ne se déplacent pas pour rien.
Une présentation précise et naturelle de l’appât est essentielle : il doit être maintenu au plus près du fond, sans mouvements brusques, pour imiter une proie facile à capturer.
C’est pourquoi les espèces de saison, comme le maquereau, le hareng, le calamar ou la seiche, qui dégagent des effluves puissants et traçables de loin, sont particulièrement efficaces en hiver.
De plus, la raie adapte ses comportements en fonction de l’état du fond.
Après une tempête, les sédiments remués peuvent dévoiler des ressources alimentaires intéressantes, attirant les raies dans des zones généralement peu fréquentées. Vous pourrez observer ces mouvements temporaires par l’absence de touche sur un spot habituellement bon.
La nourriture a alors voyagé et il ne faut pas hésiter à essayer 300 à 500 mètres plus loin grâce à des dérives plus longues que d’habitude.
La réserve d’aliments revient à sa place après quelques journées de mer plus calme. Les poissons plats, tels que les plies et les limandes, ou les petits prédateurs, comme les rougets et les roussettes, peuvent perturber vos dérives en se jetant sur les appâts en premier.
Dans ce cas, il n’est pas évident de tirer son épingle du jeu. On peut opter pour des appâts plus volumineux, des darnes de maquereau plus épaisses ou de longs flancs d’encornet, afin de maximiser les chances face à ces majestueuses nageuses de nos côtes.
Si les poissons à petite bouche font des touches, ils se piqueront moins facilement et l’appât restera plus longtemps en place sur l’hameçon en attendant de passer devant le nez d’une raie.
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La prise d’une roussette est un bon signal, elle vit souvent sur les mêmes postes que les raies © Pêche en Mer[/caption]
Techniques et appâts : clés de la réussite
La réussite dans cette pêche de la raie bouclée repose sur une combinaison de techniques, mais aussi du matériel fin, permettant de maximiser les chances de capture tout en augmentant le plaisir du combat. Et quel combat !
Mes clients sont toujours surpris par la tension de la ligne lorsqu’ils tombent sur une raie de plus de 3 kg. La pêche en dérive est particulièrement adaptée à cette espèce, car elle offre la possibilité de couvrir de larges zones.
L’objectif principal est de maintenir l’appât à proximité immédiate du fond, où la raie chasse activement.
Le choix du matériel est crucial. Une
canne de type jigging, légère, mais suffisamment solide pour supporter des plombées allant de
50 à 150 g, est idéale.
La souplesse de la pointe permet de ressentir la moindre touche, tandis que la réserve de puissance dans le talon facilite les combats prolongés avec les plus gros spécimens.
Les moulinets à tambour tournant, fréquemment utilisés pour les pêches verticales, offrent une excellente précision pour contrôler la descente de l’appât et maintenir une tension constante.
La tresse, de diamètre compris entre 0,12 et 0,16 mm, assure un contact direct avec l’appât, réduisant la prise au courant tout en faisant preuve d’une grande résistance.
Côté montage, la simplicité est souvent gage d’efficacité. Un coulisseau, ou une plombée de type fireball, combiné à une empile courte en fluorocarbone de 0,40 mm, garantit une présentation idéale.
Ce montage limite les emmêlements et permet à l’appât de rester proche du fond, une condition essentielle pour séduire les raies.
L’hameçon, simple ou triple, doit être adapté à la taille de l’appât utilisé. Pour les grosses lamelles de poisson ou de céphalopode, un montage tandem avec deux hameçons espacés de quelques centimètres peut être envisagé afin d’optimiser les chances de bien piquer la raie.
Le montage
tenya coulissant est également une bonne option, il présente alors deux hameçons en tandem directement derrière la plombée. Cette dernière peut être remplacée par des olives ou des plombs de carpistes coulissants, tout aussi efficaces et moins chers.
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La grande roussette possède une large bouche malgré sa petite taille. © Pêche en Mer[/caption]
Le choix de l’appât déterminant.
Les raies bouclées, qui sont des animaux opportunistes, apprécient les appâts riches en odeurs et faciles à repérer. Les morceaux de poisson gras, comme le maquereau et le hareng, ou encore les lamelles d’encornet et de seiche figurent parmi les meilleures solutions.
Pour augmenter leur
attractivité, il est possible d’ajouter des perles phosphorescentes simulant la bioluminescence naturelle, très efficace dans les eaux troubles ou peu lumineuses.
Ces détails peuvent faire une différence non négligeable, notamment en hiver, lorsque les raies se montrent parfois plus sélectives.
La
présentation de l’appât est primordiale, ce dernier doit être coupé en lamelles ou tronçons bien droits et piqué en son centre afin qu’il ne tournoie pas dans le courant.
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Mon nouvel ensemble tenya : la canne Kerfil Sang Eo C183 MH 40-150 g et le moulinet Banax Ionix Sw 108 HBL à cliquet bruiteur © Pêche en Mer[/caption]
L’
animation joue également un rôle clé. L’idéal est de maintenir une tension constante dans la ligne permettant à l’appât de suivre les variations du relief tout en restant au plus près du fond. Une animation minimaliste, similaire à celle utilisée pour le bayjigging, peut être pratiquée pour inciter la raie à attaquer. Cela consiste à soulever légèrement l’appât avant de le laisser retomber doucement, le tout sur quelques centimètres près du fond.
Enfin, il est important de noter que la patience et l’observation sont indispensables. Les touches de raies se distinguent souvent par un arrêt net de la ligne, signe que le poisson a plaqué l’appât au sol pour le consommer.
À la touche, ne ferrez pas. Au contraire, ouvrez le pick-up ou débrayez le moulinet baitcasting, puis laissez partir la ligne pendant 5 secondes. Reprenez contact et, si la canne plie, soulevez la masse sans mouvements brusques.
Une fois ferrée, la raie offre un combat puissant, mais lent, marqué par de fortes résistances lorsqu’elle s’oppose à la remontée.
Pour éviter les décrochages, il est essentiel de garder une tension constante et d’utiliser une épuisette large pour sécuriser la prise à bord.
En maîtrisant ces techniques et en ciblant les bons endroits, la pêche hivernale de la raie bouclée devient passionnante et gratifiante. Chaque touche garantit de belles sensations.
À vous de jouer