Suite logique pour un voilier de course-croisière : après un chantier d’optimisation des performances en 2025, on fait le grand ménage pour moderniser les aménagements de Saudade.
On le sait bien, c’est un chantier qui va faire faire tiquer les amoureux du plan original d’
André Mauric qui n’était pas si mal ! Rappelons cependant que la vocation de ce
Super Arlequin (1975, coque n°66) est d’être le support à des expérimentations en tout genre.
Innovation technologique avec un moteur électrique, un tableau électrique intelligent ou encore des winches novateurs. Optimisation des performances avec un gréement plus haut et des nouvelles voiles plus puissantes, mais aussi modernisation complète du plan de pont.
Forcément, il fallait s’attaquer à l’intérieur où peu de choses avaient été faites excepté l’installation d’une gazinière, d’un évier de cuisine, d’un WC et le remplacement du plateau de la table à cartes.
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Le carré imaginé en 1971 pouvait accueillir 6 équipiers pour la nuit : 4 dans ce carré en comptant les couchettes hautes, et deux sous le cockpit. Des couchages aujourd’hui jugés trop courts (1,80 m). © Voile Magazine[/caption]
Rien de révolutionnaire, que du fonctionnel, pour un minimum de confort.
On s’est aussi laissé le temps de vivre à bord, d’y dormir, d’y faire des quarts de nuit et de définir avec précision notre programme de navigation. Nous souhaitons pouvoir régater certes, mais aussi partir en croisière. Pas question donc de faire le grand vide ni de le suréquiper.
En fin de compte, nous restons sur son programme d’origine : la course-croisière. Pesé
3 075 kg au printemps dernier, on se dit que l’alléger de quelques kilos serait aussi une bonne chose.
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Notre objectif : rendre plus accessibles les cabines arrière et élargir la descenteen sacrifiant la table à cartes « grand aigle » et en transformant la cuisine en L. © Voile Magazine[/caption]
La consigne est simple : libérer l’espace.
Les milles et les nuits passés à bord ont été riches en enseignements. Ce que l’on aime : les couchettes hautes du carré parfaites pour caler ses affaires à la gîte, mais trop fourre tout…
On y accumule beaucoup de choses à hauteur d’homme, c’est pratique mais c’est du poids mal placé. On apprécie aussi le poste avant, une vraie soute à voiles utile en croisière comme en régate.
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Impératif : faciliter l’accès aux couchettes, gagner un plan de travail et élargir la descente. © Voile Magazine[/caption]
Revoir la taille des couchages
Les toilettes sont à leur place mais il manque une porte. Ce que l’on aime moins : la taille des couchages. Ne parlons pas des couchettes hautes jamais utilisées, mais de celles formées par les assises du carré qui sont trop courtes et de celles placées sous le cockpit où seuls les contorsionnistes se glissent aisément.
L’accès à celle de tribord est bloqué par la table à cartes et celle de bâbord, plus courte, n’est guère plus aisée… Les deux sont étroites, encombrées par de profonds rangements fourre-tout difficiles d’accès.
A tribord, la table à cartes est trop grande pour l’usage qu’on en a. Inclinée, on ne peut rien y poser et sous le plateau c’est un vrai bazar.
Sur bâbord, il manque à la cuisine une zone de préparation. Voilà donc le bilan de nos navigations : les couchettes sont trop courtes, trop étroites, la table à cartes inutilement grande, on manque d’un plan de travail, l’échelle de descente est trop étroite.
Enfin, pour être parfaitement à l’aise en croisière, il faudrait récupérer la table d’origine du carré qui est bien pensée et imaginer pour la nuit un carré transformable. C’est possible : on l’a testé en gonflant un épais matelas au milieu du carré, et on trouve maligne l’astuce d’un sommier à lattes amovible.
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1/ Couchettes avec toile Anti-Roulis amovible 2/ Porte textile 3/ Rangements textiles à venir 4/ Rangements textiles à venir 5/ Plan de Travail amovible 6/ Rangements textiles pour la cuisine © Voile Magazine[/caption]
Trouver la couchette idéale
Mais notre réflexion se concentre sur l’agrandissement des couchettes en faisant sauter le retour de la cuisine ainsi que la table à cartes.
Nous aurons ainsi deux longues couchettes qui seront également pratiques pour stocker nos voiles à plat entre deux navigations. Leur longueur exacte est à déterminer, car il faudra préserver un espace libre pour s’avancer vers la gazinière et vers la future table à cartes.
En revanche, les couchettes hautes sont réduites en largeur pour devenir de grands équipets organisés avec des aménagements textiles. C’est là qu’interviendra
Thibault Le Gall, des
Ateliers de l’Enfer désormais intégrés à l’
INB. Il a fait le déplacement de Douarnenez à Port-la-Forêt pour juger sur pied des nouvelles selleries dont aura besoin le
Super Arlequin, ainsi que divers rangements et autres articles textiles : porte pour isoler les WC, toiles antiroulis dans le carré.
Puisque le retour de la cuisine saute, on souhaite replacer l’évier dans l’alignement de la gazinière et on imagine une tablette amovible (mais robuste et avec des fargues) qui nous servira de plan de travail.
Ne pas oublier l’emplacement de la bouteille de gaz et d’un jerrican d’eau. On prend le parti de ne pas installer de circuit d’eau douce.
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1/ descente élargie 2/ Chouettes élargies et plus accessibles © Voile Magazine[/caption]
Un support haut pour la tablette
Sur tribord, la table à cartes s’efface au profit d’une tablette avec rangement. Sur un panneau orienté dans le sens de la marche seront installées VHF et tablette de navigation.
On dégage ainsi sur bâbord et sur tribord l’accès aux couchettes arrière qui seront élargies par la suppression des rangements latéraux.
Rassurons-nous, nous ne perdrons pas tant de rangements : nous allons en gagner sous les assises du carré.
La transformation des aménagements se joue aussi autour de la descente. Nous souhaitons réaligner les extrémités des couchettes arrière avec le coffrage du moteur.
Un coffre sur lequel serait posée une échelle de descente élargie, et qui servirait de deuxième marche.
L’angle de la descente est inchangé, mais elle devrait être plus sûre. Voilà le plan, établi
Eric Carret responsable des formations technique de l’
INB et aux petits soins de
Saudade depuis deux saisons.
Reste aux stagiaires à empoigner leurs mètres rubans pour se confronter aux immanquables aléas d’un chantier de refit !
Ces refits qui nous inspirent
L’imagination a du bon, il faut aussi regarder dans la famille des Super Arlequin, ainsi que chez les
half tonners au gabarit relativement proche.
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On aime bien la descente de ce
proto Gahinet de 1981 (1), ainsi que la cuisine et les équipets textiles du plan
R. Holland de 1977 restauré par
Nicolas Lunven (2 & 5).
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Autant que le carré transformable de ce
Super Arlequin (3) ou que cette table d’origine (4).