Hubert Guillois, une vie rocambolesque au service de la pêche en mer
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C’est un monument de la pêche récréative qui nous a quittés en ce début d’année 2025. Hubert Guillois, figure emblématique du milieu, s’est éteint le 14 janvier à Cartagena de los Indias, en Colombie, à l’âge de 84 ans.
L’homme laisse derrière lui un héritage marqué par la passion, l’innovation et le dévouement à la communauté des pêcheurs. Il aura notamment été le créateur du célèbre Raglou et l’initiateur du Salon des pêches en mer de Nantes en 2000.
Son frère, Vincent Guillois, s’est confié à Pêche en Mer pour revenir sur la vie rocambolesque d’Hubert, tout en lui rendant hommage sous une lecture parfois philosophique de la vie de son aîné. Une histoire qui nous permet également de revivre les grands moments de l’âge d’or de la pêche française.
« Hubert était un aventurier. Il aimait la pêche, mais sa passion, c’était avant tout la mer. Son enfance en Bretagne aura largement contribué à sa destinée. Tout autant que la relation de belle amitié qu’entretenait la famille d’André et Renée Ragot avec nos parents. Les fondateurs de la célèbre marque Ragot étaient très liés à notre famille, ils dînaient ensemble, partaient en voyage de pêche ensemble. Et nous, de notre côté, nous étions amis avec les enfants Ragot, dont Dominique Ragot, celle qui deviendra, plus tard, la femme d’Hubert. Arrivé à la vingtaine, après une formation dans l’hôtellerie, Hubert part pour sa première aventure. Il passe trois ans au Pentagone auprès de l’amiral Douguet qui représente alors la France auprès de l’OTAN. Il y apprend l’anglais, découvre l’Amérique et son folklore et met de l’argent de côté. Au sortir de sa mission, ses économies lui permettent d’acheter un billet des Messageries maritimes dans le but de faire un tour du monde et de s’arrêter où il le souhaite. Il se rend à Bora-Bora, au Japon, rencontre les tribus anthropophages de Nouvelle-Guinée… Et à son retour en France, il épouse Dominique Ragot. Il reprend sa vie d’hôtelier, en dirigeant notamment des hôtels de chasse et de pêche en Argentine, jusqu’à ce qu’André Ragot parte à la retraite. Nous sommes alors dans les années 70, et Hubert récupère les clés de la fameuse Ragot. Il met rapidement à profit ses compétences linguistiques acquises aux États-Unis et développe Ragot à l’international. Il noue des contacts avec les Finlandais de Rapala, posant de fait la première pierre à ce qu’est aujourd’hui Normark France, et importe à côté de cela de nombreuses marques de différents pays. En parallèle, il étoffe son réseau français grâce à ses talents de communication. Il avait un très bon relationnel avec les gens. Il se rapproche d’Ange Porteux et de Jean- Marc Lanchier, le génial inventeur. Et c’est la synergie de cette bande qui sera à l’origine de multiples créations comme le Raglou. Hubert disait tout le temps qu’il faut innover, sortir des sentiers battus. Et c’était justement cette énergie qu’il insufflait à son entreprise. Au début des années 90, Rapala fait une offre de rachat. Hubert a alors 50 ans passés et continue de rêver d’aventures. Il vend l’affaire et signe une clause de non-concurrence de 10 ans. 10 années pendant lesquelles il part avec son voilier Envie d’ailleurs en Turquie caboter. Nous n’avons jamais vraiment su s’il avait véritablement envie d’ailleurs où s’il n’était bien nulle part et avait ce besoin de mouvement perpétuel… À son retour, la décennie passée, il souhaite créer un grand événement pour rassembler les acteurs de la pêche en mer. Ce sera le fameux Salon des pêches en mer de Nantes qu’il revendra à Exponantes quelques années après. À la même époque, il sera contributeur du site Web pêcheurdebar.com, site que j’avais moi-même créé en 1998 et que mon fils Timothée animait. Il se libérera définitivement des affaires autour de 2005 pour profiter de sa famille, des régions qu’il affectionnait et parmi elles la Colombie, là où vivait son fils et où il terminera ses jours auprès des siens. »