Le repas sanguin des tiques
Après le repas de ce midi où elles n’ont pas manqué de se gaver de sang humain, les tiques se sont offert le luxe d’être à l’honneur sur le plateau de l’émission scientifique La Tête au Carré de France Inter, invitées aux côtés d’une ticologue (Sarah Bonnet de l’Institut Pasteur-INRAE).
Bien qu’elles aient trouvé récemment un regain d’intérêt en santé publique, les tiques sont très vieilles, elles remontent à 100 millions d’années, retrouvées sur des fossiles.
Il existe 900 espèces de tiques dans le monde ! une quarantaine circule en France.
Les tiques sont des acariens, des arachnés, donc de la famille des araignées, et non des insectes contrairement aux idées reçues. Autre idée reçue, elles vivraient sur les arbres – « c’est complètement faux » déclare la chercheuse - bien au contraire elles ont besoin de l’humidité du sol pour survivre. En revanche il est possible qu’elles circulent sur les arbres, arbustes, haies…, et le fait de les frôler lors de nos promenades ou randonnées déclenche chez elles l’envie de venir nous piquer (notamment sur la tête) car elles savent détecter des propriétés chez nous vivants humains (idem chez les animaux) annonciatrices d'un délicieux repas de sang qui les rassasierait volontiers ! Chiffre impressionnant, certaines espèces peuvent grossir jusqu’à 100 fois leur taille d’origine, grâce à ce repas sanguin où elles peuvent ingurgiter des quantités phénoménales de sang mesurées en millilitres.
Le danger de ces minuscules bestioles qui se mesurent en millimètres est dû principalement à la maladie de Lyme dont elles véhiculent le virus. Cette maladie est très ancienne, bien que la mise en évidence de sa transmission par les tiques par des chercheurs américains date de 1977. En 2016 un plan Lyme a été mis en route en France ; plusieurs centres de recherche et centres de prise en charge sont actifs sur le sujet. Il faut savoir que les symptômes de la maladie ne sont pas francs, à tel point qu’il est très difficile d’identifier cette maladie, et donc encore assez courant que des médecins non expérimentés aient des difficultés à l’identifier. Ne soyez donc pas surpris que votre médecin tâtonne !
Saisonnalité et régions d’habitat : jusqu’à présent on la trouvait à partir du printemps, dans des secteurs plutôt forestiers dans des pays tempérés. La zone géographique où elle est le plus répandue en France est l’est de la France, mais le centre de la France est très concerné aussi. On observe un changement de cette saisonnalité et un réel impact géographique dû au changement global du climat. Du coup l’on trouve désormais des tiques en hiver. En Norvège et Suède, l’on en trouve maintenant de plus en plus. Longtemps on la limitait à 1000m d’altitude, maintenant on les trouve en plus haute altitude car les saisons sont de plus en plus chaudes. En conclusion, les tiques aiment les endroits chauds et humides où la température, l’hygrométrie, … vont influencer leur développement.
Les tiques sont des espèces très invasives, notamment aussi à cause des changements de lieux de vie du bétail. Fin 2023, une tique dangereuse a été observée sur un cheval, transmettant une maladie exotique. Un passage de virus de l’animal à l’humain est tout à fait possible.
La tique est considérée pour l’instant comme un nuisible car l’on ne sait pas le rôle positif qu’elle pourrait avoir dans notre système biologique, et elle n’apparaît pas intéressante dans la chaîne alimentaire. Il reste beaucoup à faire pour la recherche sur les tiques. Le moyen de lutter contre leur prolifération est d’abord d'anticiper, et pour cela faire de la surveillance. Il existe des champignons qui attaquent les tiques ; d’autres études sont en cours sur des vers qui pourraient nuire à leur développement. La science participative est un volet de la surveillance : elle permet de déclarer ses piqûres de tiques sur l’application Citique ; on peut également envoyer sa tique*.
Il y a des micro-organismes sur notre peau qui attirent plus ou moins les tiques, ce qui explique que certaines personnes sont plus piquées que d’autres. Si l’on est sujet à des piqûres de tiques, il faut se protéger en se couvrant d’habits clairs et longs, indique la chercheuse.
Nous vous laissons approfondir le sujet, découvrir le ballet des nymphes, des œufs, des larves, des tiques dans tous leurs états, et surtout anticiper leurs balades pour les croiser le moins souvent possible. Elles raffoleront de vos tenues légères en shorts et T-shirts en basse-moyenne altitude.
Brigitte
* envoi à NANCY (CiTIQUE – Centre INRAE Grand Est-Nancy, Rue d’Amance, 54280 Champenoux). Il est important d’accompagner l’envoi d’un maximum d’informations : noter l’altitude, la date, le lieu le plus précis possible ou au moins la zone géographique dans laquelle vous auriez été piqué-e, et surtout l’endroit du corps où vous avez été piqué (sinon les chercheurs vous le demanderont). Bien sûr, l’on s’aperçoit souvent d’une piqûre en rentrant chez soi ; au moins noter le secteur géographique et altimétrique où elle pourrait vous avoir piqué, notamment les zones de forêt ; une copie de carte IGN serait idéal. Une fois que vous avez envoyé votre tique, entouré de papier Sopalin bien scotché tout le tour, et dans une enveloppe, avec les références précises et vos coordonnées, votre âge, attendez quelques semaines, et vous serez peut-être en contact direct avec un chercheur spécialiste qui vous poserait des questions supplémentaires. N’hésitez pas à l’interroger si vous êtes curieux, et c’est l’occasion pour les chercheurs de vous remercier de participer à cette science participative, donc soyez encouragés à envoyer vos tiques à Nancy et à enrichir la TIQUOTHEQUE nationale !
INRAE : « Vous avez signalé une ou plusieurs piqûres de tiques et nous vous en remercions. En faisant cela, vous participez à un programme de recherche où les citoyens contribuent à faire avancer la science. Votre contribution nous est très précieuse car elle nous permettra d’acquérir de nouvelles connaissances scientifiques sur les tiques et les maladies qu'elles transmettent, et de proposer des méthodes de prévention plus adaptées et plus efficaces face au risque de piqûre de tiques et au risque infectieux. Le signalement de piqûre nous fournit des informations liées au contexte de la piqûre, et l'envoi de la tique piqueuse permettra de compléter notre tiquothèque, qui est mise à la disposition des chercheurs. »
A réécouter (38 mn) : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-du-mardi-03-mars-2026-5993890

