Antoine Vigier (Clermont) : "Le hockey ? 28 ans de ma vie !"
Peu de temps après l'arrêt du championnat de D1, à cause de la crise sanitaire actuelle, Antoine Vigier a annoncé sa décision de mettre fin à sa carrière de hockeyeur. Le capitaine des Sangliers Arvernes explique pourquoi il veut tourner la page, parle du rôle qu'il tenait à Clermont et évoque ses meilleurs souvenirs.
"Je ne suis pas capable de repartir pour une saison en D1"Vu votre âge (32 ans), vous aviez encore de belles années devant vous. Pourquoi avoir décidé qu'il était temps de raccrocher les patins?
Parce que je n'arrive plus à concilier le hockey à haut niveau et mon travail (conseiller commercial) qui est prenant. Cela n'est plus gérable. On a aucun moment pour soi, pour vraiment se poser. Quand on sort de sa journée de boulot, on file s'entraîner. Il m'est arrivé plusieurs fois de sortir de rendez-vous et d'arriver en retard sur la glace... Psychologiquement, c'est épuisant et je suis arrivé à bout. Même physiquement, cela devient dur. On n'a pas les plages de récupération dont notre corps a besoin. Je sais que je ne suis pas capable de repartir pour une saison complète en D1, avec tout l'investissement que ça implique. Je préfère arrêter avant de sentir que je suis moins performant.
Votre décision a-t-elle été dure à prendre?
Oui, parce que le hockey fait partie de ma vie depuis 28 ans. La première fois que je suis monté sur des patins, j'avais 4 ans. Une grosse part d'inconnue arrive devant moi, mais je pense que c'est le bon moment pour arrêter ma carrière.
"Deux années géniales au Canada, entre 12 et 14 ans"Près de 30 ans de hockey, cela fait beaucoup de souvenirs. S'il fallait n'en retenir que quelques uns...
Je retiendrai notamment les deux années que j'ai vécu au Canada. J'ai rencontré plein de gens fantastiques, j'ai découvert une autre culture. Au delà du hockey, cela m'a formé en tant que personne, parce que je suis parti jeune, entre 12 et 14 ans.Le titre de Champion de D2, remporté l'an passé par les Sangliers Arvernes, restera l'un des meilleurs souvenirs dans la carrière d'Antoine Vigier, capitaine comblé cette saison-là.
Comment se fait-il que vous avez quitté Clermont de manière aussi précoce?
Mon entraîneur de l'époque, à Clermont, Philippe Badin, m'a proposé d'aller jouer au Canada. C'était le pays idéal pour mon développement d'un point de vue sportif. Parce que là-bas, on dispute beaucoup plus de matchs et c'est important de les accumuler pour progresser. J'ai donc tenté le coup. Je suis parti en vacances avec mes parents et mes frangins. J'ai fait des tests et j'ai été pris dans une bonne équipe, avec laquelle j'ai joué au plus haut niveau canadien, dans ma catégorie d'âge. Du coup, après les vacances, je suis resté seul là-bas. J'ai vécu dans une petite ville, à une heure de route de Montréal. J'ai passé deux années géniales.
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"Je remercie mes parents encore aujourd'hui"Vos parents vous ont encouragé à devenir hockeyeur professionnel...
A l'époque, je ne me rendais pas compte à quel point j'étais jeune pour partir de l'autre côté de l'Atlantique, pour vivre ma passion. Avec le recul, j'ai compris ce que cela a impliqué pour mes parents. Je les remercie encore aujourd'hui. Si j'ai fait tout ce parcours (Antoine Vigier a été international chez les jeunes, a joué à Genève, puis en Ligue Magnus à Mont-Blanc et à Caen, avant de revenir à Clermont, ndlr), c'est principalement grâce à eux.
A part vos années quebécoises, quels sont vos souvenirs marquants?
D'un point de vue purement hockey, mes sélections en équipe de France juniors. Porter le maillot tricolore, c'est une vraie fierté. J'ajoute les deux titres de champion de D2, avec Clermont (en 2016 et 2019, ndlr). Ce sont des moments dont je me souviendrai toujours. Ils sont totalement différents dans leur construction, mais aussi génial l'un que l'autre.On ne verra plus le N°88 d'Antoine Vigier sur la patinoire de Clermont Métropole. Avec l'arrêt brutal des championnats, le capitaine des Sangliers n'aura pas pu dire au revoir au public clermontois.
Et cette dernière année en D1, quel bilan en tirez-vous?
Cela a été une saison difficile, sur le plan sportif (Clermont a fini dernier de la phase régulière, ndlr), même si on s'y attendait. Il y a un goût d'inachevé, avec le contexte actuel et le confinement, puisqu'on n'a malheureusement pas pu aller au bout du championnat. On a été sauvé en D1, mais pas de la façon dont on aurait souhaité. Nous, les joueurs, on voulait se maintenir en jouant sur la glace. On retiendra quand même le maintien, mais il y a de la frustration, c'est vrai.
"J'ai joué mon dernier match sans savoir que ça l'était"Avec l'arrêt du championnat, vous n'avez pas eu droit à des adieux officiels. Le regrettez-vous?
Oui, c'est un regret. Je suis chagriné d'avoir fini (ma carrière) comme ça. J'ai joué mon dernier match sans savoir que ça l'était (Antoine Vigier a donc terminé sa carrière sur une défaite 9-3 à Mont-Blanc, le 29 février, ndlr). Tout s'est précipité, tout est allé hyper vite. Et je me suis retrouvé du jour au lendemain retraité du hockey. Je ne m'attendais pas à ce que ça soit aussi brutal. Cela laisse un sentiment étrange.
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"J'ai essayé d'apporter de la sérénité"Vous avez été capitaine des Sangliers Arvernes ces trois dernières saisons. Que pensez-vous avoir apporté au groupe ?
J'ai essayé d'amener des choses que j'avais apprises dans les autres clubs que j'ai connu et notamment d'apporter de la sérénité. Déjà de par mon poste. Quand on est défenseur, on n'est pas là pour marquer des buts, mais pour éviter d'en prendre et rassurer ses coéquipiers. J'avais un rôle de grand frère. Et bien sûr, je savais dire ce qui n'allait pas, quand il le fallait.
Cette année, vous avez donc dû souvent prendre la parole...
Oui, mais la saison précédente, on a réalisé de très bonnes choses, obtenu énormément de victoires (Clermont a été champion de D2, ndlr). En tant que capitaine, je savais qu'il me fallait dire les choses et c'est un rôle que j'ai assumé.
"La logique voudrait que François Faure soit capitaine"Quel joueur pourrait vous succéder comme capitaine des Sangliers?
Il va y avoir d'énormes changements à Clermont la saison prochaine, une grande partie de l'équipe n'est pas encore connue, mais j'ai envie de dire François Faure. Parce qu'il est Clermontois, qu'il a toujours joué à Clermont et qu'il commence à avoir de l'expérience. La suite logique voudrait que ça soit lui. Mais il y a tellement d'inconnu par rapport à l'effectif de l'an prochain que c'est impossible de savoir comment cela va se passer.Après plusieurs saisons en Ligue Magnus, à Mont-Blanc et à Caen, Antoine Vigier est revenu en 2013 à Clermont. Et ces trois dernières années, il tenait le rôle de capitaine des Sangliers Arvernes.
Pourquoi un Clermontois et pas un renfort étranger qui aurait un gros vécu à haut niveau?
Parce que c'est important dans une équipe d'avoir des figures locales. Un gars du coin a toujours quelque chose à apporter au reste du groupe, que ce soit dans les moments durs ou plus joyeux.
"Ce ne serait pas honnête de repartir pour une saison"Votre décision d'arrêter le hockey est-elle irrévocable? Votre expérience aurait pourtant été précieuse pour encadrer les jeunes éléments que le club veut lancer en D1 la saison prochaine...
Peut-être, mais dans l'état actuel des choses, ce ne serait pas honnête de repartir pour une saison. Je n'ai pas ça en tête. Evidemment, j'aurai aimé faire un dernier match à Clermont, devant ma famille et mes amis. Mais c'est compliqué à mettre en oeuvre, vis à vis du nouvel entraîneur et des joueurs de l'équipe. Ma décision est prise. Je suis serein avec ça.
Que pensez-vous du départ de votre entraîneur, Eric Sarliève, à Mont-Blanc (D1)?
Mont-Blanc a fait une très bonne saison cette année (les Yétis ont fini 3e de la phase régulière, ndlr). Si le club conserve une grande partie de son effectif, c'est un challenge intéressant. Eric a déjà été entraîneur là-bas (en U20 notamment, ndlr), il sait où il va. C'est une bonne opportunité pour lui. Dans le sport, on a parfois besoin de changements. En tout cas, je lui souhaite le meilleur pour la suite.
Raphaël Rochette

