Nouvelles

Ludovic Lemoine, l'escrimeur clermontois double médaillé paralympique, est aussi un banquier

0 47

Médaillé d’argent aux Jeux paralympiques de Londres en 2012. De bronze à ceux de Tokyo en 2020, le champion auvergnat d’escrime Ludovic Lemoine est aussi champion du monde (au sabre), quatre fois champion d’Europe et plusieurs fois champion de France. Il rentre des championnats du monde (notre article à lire en cliquant ici), en Italie en octobre, avec une médaille en individuel et une autre en équipe, des points engrangés pour une éventuelle qualification aux Jeux paralympiques de Paris cet été. Ses derniers.

À 37 ans, il arrête le haut niveau. Et sa vie professionnelle va en être chamboulée. Organisée autour de ce trépied : sport de haut niveau, travail et handicap. C’est sur ce sujet, dans le cadre de la Semaine européenne pour l’emploi et le handicap (SEEPH) qui commence lundi 20 novembre que nous avons souhaité l’interroger.

Quel regard jetez-vous sur ce sujet "emploi et handicap" ?

Un regard positif. Depuis dix ans, j’ai le sentiment qu’il y a eu beaucoup d’avancées. Le handicap est un sujet de société dont se sont emparés les employeurs. Il y a eu une vraie prise de conscience. Sur la thématique accessibilité mais aussi sur une réflexion plus systémique. On prend vraiment en considération que le collaborateur handicapé est avant tout un collaborateur. Il y a plus de naturel qu’avant dans l’entreprise.

Vous-même, quelle est votre profession ?

Je travaille à la banque LCL.

Quel est votre handicap ?

J’ai été amputé de la jambe droite à l’âge de six ans à la suite d’un cancer.

En compétition, on vous voit sur un fauteuil, mais pas dans la vie ?

Ce sont les règles de l’escrime handisport. Dans la vie, je me déplace avec des béquilles.

Pas de prothèse non plus ?

Non. J’en ai porté une lors de ma croissance pour éviter les déformations du dos, mais c’était un calvaire, car je n’ai pas de moignon pour la fixer. Avec la prothèse, je me sens handicapé ; avec les béquilles, je me sens libre?!

Cette façon simple d’aborder votre handicap facilite-t-elle vos relations au travail ?

Oui. Et dans la vie en général. Je pense qu’il faut parler de ses besoins et de ses limites. Sinon, les autres, notamment collaborateurs, vont vouloir bien faire en s’adaptant alors que, en fait, cela complique les choses.

Vous sentez-vous limité dans votre vie professionnelle ?

Je dirais que ma pratique sportive de haut niveau a plus impacté ma vie professionnelle que mon handicap. Il a fallu adapter mon poste à mes absences répétées, pour que cela ne nuise ni à mon travail, ni à mes collaborateurs.

Finalement, le sport a évacué cette question du handicap ?

C’est vrai pour le haut niveau, mais pas seulement. Le sport est un incroyable vecteur d’inclusion. Et l’escrime en particulier.

 

Pourquoi l’escrime en particulier ?

Parce que nous nous entraînons avec des personnes valides qui s’assoient dans le fauteuil. Elles peuvent ressentir ce handicap et, en même temps, cela leur bénéficie dans leur pratique de l’escrime valide en développant, par exemple, des gestes de bras plus précis. C’est un partenariat gagnant-gagnant.

Une vision que vous avez dans la vie professionnelle aussi, non ?

Oui. Par exemple, à la Fédération handisport, nous avons une personne dédiée à l’accompagnement socioprofessionnel. C’est précieux pour ouvrir des portes et faire comprendre que l’on parle d’une société inclusive et non pas seulement du handicap d’une seule personne. Au début de ma carrière, j’ai commencé à Pôle emploi, ici à Clermont-Ferrand. J’avais besoin d’un travail, eux voulaient s’engager en accompagnant un sportif de haut niveau.

Et ce poste vous a marqué...

Oui. Pendant cinq ans, j’ai rencontré de nombreux salariés, du secteur du bâtiment notamment. Ils étaient cassés physiquement après une carrière difficile. J’ai touché du doigt tous les enjeux des reconversions professionnelles, mais aussi compris que je préférais être à ma place avec mon handicap très visible. Un handicap qui ne se voit pas, invisible, c’est plus compliqué d’en parler avec ses collègues et les autres ont peut-être plus de mal à comprendre. Il y a un gros travail de sensibilisation à mener.

 

C’est pour évoquer ces questions que vous vous engagez ?

Oui. Dans les écoles et dans les entreprises aussi. Je profite de mon exposition médiatique, de mon parcours pour aller dans le sens de l’inclusion. J’espère que les Jeux paralympiques de Paris offriront une magnifique occasion de faire avancer toute la société sur ce sujet. Ils vont mettre la lumière sur le handicap, sur comment ces sportifs sont des compétiteurs avant même leur handicap et sont aussi des hommes et des femmes. Qui vivent, travaillent… Cette lumière-là manque souvent sur le handicap. Plus il est caché, moins la société avance.

Propos recueillis par Cécile BergougnouxPhotos Thierry Nicolas et Franck Boileau

Comments

Комментарии для сайта Cackle
Загрузка...

More news:

Read on Sportsweek.org:

Dernieres Nouvelles d`Alsace
La Montagne
Fédération Monagasque d'Escrime

Autres sports

Sponsored