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En Creuse, ces nouvelles escrimeuses ripostent par le sabre au cancer du sein

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« Faire du sport, en général, ce n’est pas un réflexe après un cancer. » Une carence que le Dr Michel Kapella, gynécologue à la clinique de la Marche, à Guéret, compte bien corriger. Avec l’association Rose en Marche, il a sollicité le maître d’armes Denis Lecavelier pour lancer, en Creuse, des séances d’escrime-Riposte à destination des femmes atteintes d’un cancer du sein.

Une pratique tout spécialement adaptée à la pathologie

« C’est une pratique encore peu connue, pour plusieurs raisons, explique ce professeur d’escrime, formé spécialement aux solutions Riposte. La première, c’est que ce n’est pas évident de se dire, “je suis malade, je vais aller faire du sport”, d’autant plus un sport de combat. La seconde, c’est que les prescripteurs, les soignants ne sont pas tous au courant ou n’y pensent pas forcément. »Denis Lecavelier, maître d'armes, propose des séances d'escrime-Riposte au Cercle d'escrime de Limoges et désormais à Guéret @Julie Ho Hoa

L’escrime-Riposte est en train de se faire connaître doucement, mais sûrement à travers le monde. « On sort du tabou de l’après-maladie. Maintenant qu’il y a le sport sur ordonnance, ça va se démocratiser », se réjouit le Dr Kapella, qui propose systématiquement dans la période post-cancer, des sensibilisations au sport et à la nutrition.

Pourquoi Riposte ? Acronyme de « Reconstruction Image de soi Posture Oncologie Santé Thérapie Escrime », elle propose une pratique adaptée et sécurisée. Denis Lecavelier, maître d’arme, a été formé spécialement par des médecins à Toulouse pour encadrer la pratique de l’escrime-Riposte.Les participantes peuvent choisir soit le sabre (en photo), soit le sabre laser pour les séances @ Julie Ho Hoa

Car la pratique sportive a toute son importance, qu’on souffre ou non d’un cancer. « Il est démontré qu’une activité physique régulière, 15 à 20 minutes par jour, quatre fois par semaine, fait baisser de 30 % les risques globaux de cancer et de récidive au niveau d’une population, souligne le gynécologue et président de Rose en Marche. Et ça ne concerne pas que le cancer mais toutes les maladies cardio-vasculaires, le diabète. Une activité physique adaptée c’est vital », insiste le médecin.

 

Rendre de la mobilité et de l'ouverture au buste après une opération

Selon la volonté du patient et son état de forme, on peut débuter des séances de sport adapté un mois après la chirurgie, tout en poursuivant ses séances de chimio et de radiothérapie. L’escrime-Riposte permet de travailler sur l’ouverture et la mobilité du haut du corps, une zone fragilisée et ankylosée par la maladie.

« Toute la cage thoracique a été un peu gelée par la chirurgie, les rayons, on va refaire glisser les espaces intercostaux et lui redonner de l’amplitude »

La position de garde, en escrime, permet d'ouvrir les épaules et de redonner toute sa place à la poitrine @Julie Ho Hoa

Tout l’intérêt du maniement du sabre, c’est qu’il permet de solliciter des positions réflexes qui, très naturellement, vont ouvrir les épaules et le buste. Denis Lecavelier en fait la démonstration.

 « La position de garde par exemple, est très intéressante parce que très ouverte. Au sabre, on va toucher chez l’adversaire ce qui est au-dessus de la ceinture et pour se protéger, on va avoir le réflexe de monter la main et donc de gagner en amplitude au niveau de l’épaule, du bras. Et comme c’est un réflexe, on ne va pas réfléchir à son geste et s’arrêter à un moment donné par peur de se faire mal. On va vraiment développer le geste sans forcer et sans hésiter. »

Les gestes réflexes de défense permettent aux épaules et aux brfas de regagner en amplitude sans pour autant forcer le mouvement @Julie Ho Hoa

À chaque séance, on travaille aussi bien le côté droit que le côté gauche du torse pour rétablir un équilibre entre le côté opéré et l’autre, qui souvent est plus sollicité, compense et se fatigue plus vite.

Mais aussi de la confiance en soi !

Pour ces “Riposteuses” qui mènent un combat quotidien contre le cancer, la mise en situation est hautement symbolique. D’ailleurs, Denis Lecavelier le rappelle : « Vous serez en face de moi, je serai tout en noir, vous pourrez projeter tout ce que vous voulez quand vous me frapperez ! ».Tout de noir vêtu, avec son masque, le maître d'armes cristallise, pour bien des Riposteuses, leur combat contre le cancer @Julie Ho Hoa

Et comme le combat contre la force obscure est de mise, le maître d’arme propose aussi de manier le sabre laser. « On peut travailler avec un bras ou les deux mais le travail au sabre est plus limité parce que ce sera plus du travail en coopération, en combat chorégraphié, en répétitions de katas et l’autre limite, c’est que si l’on travaille avec les deux mains, la poitrine sera un peu plus fermée. »Denis Lecavelier a été formé tout spécialement par des médecins, à Toulouse, pour pratiquer l'escrime-Riposte, une escrime adaptée à des patientes atteintes d'un cancer du sein @Julie Ho Hoa

Au-delà des bienfaits physiques, « c’est l’estime de soi, la confiance en soi surtout que l’on travaille, rappelle le médecin. Il s’agit de bomber le torse ! ». Et de se reconnecter aux autres après, parfois, que la maladie a isolé. « Prendre l’habitude de venir à ces séances, ça permet de créer des affinités, de s’ouvrir, c’est une surface d’échange », souligne le Dr Kapelle qui espère, pourquoi pas, que les Riposteuses guérétoises aillent à la rencontre d’autres clubs. 

« Je reviendrai, c'est une très belle expérience »

Toutes deux opérées d’un cancer du sein, Mickaële, 48 ans et Pascale, 60 ans, n’ont pas hésité une seconde à s’essayer à l’escrime-Riposte. « J’aime bien regarder à la télé mais jamais je n’aurais imaginé en faire » sourit Pascale, sabre à la main, qui s’est laissée convaincre, assez facilement, par Marie Austin de l’association Rose en Marche.

Michaële et Pascale sont les premières en Creuse, à s'essayer à l'escrime-Riposte à Guéret @Julie Ho Hoa

Cette première séance a été dense, les deux Riposteuses ont été plongées dans le monde de l’escrime, sa rencontre avec le sabre, ses règles fondamentales, ses positions de base, ses pas de retraite, de marche, le salut, avec toujours un mot d’ordre : « On ouvre la poitrine ! ». Pas si simple de tout retenir du premier coup mais l’expérience a séduit, si bien qu’elles reviendront se confronter à Denis Lecavelier. « L’ambiance est très agréable, et ça fait du bien. Il faut essayer », conclue Pascale.

Cette première séance a à la fois étonné et séduit ces deux Creusoises qui ont été opérées d'un cancer du sein @Julie Ho Hoa

Même enthousiasme pour Michaële. « C’est assez surprenant, je ne pensais pas que ça demandait autant de technicité, autant de réflexion », confie-t-elle. Mais pour cette quadra qui est passée par neuf opérations en trois en demi, l’exercice a été salvateur. Aussi bien physiquement que psychologiquement. 

« Avec le temps, j’ai appris à vivre avec les adhérences, avec les douleurs mais on a toujours tendance à refermer le buste, les épaules par réflexe, pour protéger la zone qui a été opérée, par peur de recevoir un coup. On met tout le temps le bras, la main devant soi alors là, le fait d’ouvrir le bras, de l’étirer, de le tendre, de perdre cet effet bouclier, ce n’est pas si facile, ça fait peur, c’est nouveau… Alors oui, je pense que ça va être bénéfique, c’est tout à fait adapté à notre pathologie. Je reviendrai, c’est une très belle expérience »

Où & quand ? La prochaine séance d’escrime-Riposte aura lieu vendredi 18 novembre de 19 h 30 à 20 h 30, au gymnase Fayolle, à Guéret. Plus d’infos auprès de Denis Lecavelier au 06.23.09.25.24 ou de Rose en Marche au 05.87.56.18.29 ; www.solutionriposte.fr.

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