"La Danse des renards", antidote parfait à la série grotesque "Heated Rivalry"
Le premier long-métrage de Valéry Carnoy, La Danse des renards, raconte l’histoire d’une amitié contrariée entre deux adolescents pensionnaires d’un internat de sport-études où ils se préparent à devenir boxeurs. Ils sont donc pleins d’énergie, d’ambition, et dotés de corps d’éphèbes tout ce qu’il y a de plus cinégéniques. Que les autres me pardonnent, je ne cite que les deux héros, Camille (Samuel Kichner) et Matteo (Fayçal Anaflous), le blondinet et le rebeu. Tout réussit au premier, chouchou du coach, le second ayant endossé le rôle de son lieutenant comme la meilleure chose qui pouvait lui arriver dans ce monde impitoyable de la compétition sportive.
Je vous rassure tout de suite, à aucun moment la relation intense entre Camille et Matteo ne sombre dans le cliché homoérotique. Une bénédiction après l’épreuve que je viens de subir avec le visionnage de la série la plus grotesque de l’année, Heated Rivalry (Torride rivalité) de Jacob Daniel Tierney, au succès insupportablement planétaire. Quand on ne sait pas filmer un match de hockey, pas choisir des acteurs crédibles pour interpréter des hockeyeurs professionnels, il n’y a aucune raison qu’on parvienne à les filmer au plumard sans faire pouffer de rire des connaisseurs. Coupez, quoi ! Paroles et gestes sont aussi légers qu’un coming out de Pierre Palmade au journal de 20 heures. Je n’en ai pas supporté plus de vingt minutes. M’étant abonné à HBO exprès pour savoir de quoi était fait le succès phénoménal de cette sirupeuse niaiserie, j’ai résilié mon abonnement illico.
Une envie de faire du cinéma qui crève l’écran
Je vous rassure encore, je ne vais pas lancer un Donnerthon pour récupérer mes 15 euros, mais la complaisance paternaliste de certains de mes collègues critiques qui rendent hommage au prétendu courage de cette entreprise normative censée faire avancer les choses du côté des préjugés, cette absence de lucidité, pose question, elle relève à mon sens d’une audition devant la commission des Affaires culturelles et sportives de l’Assemblée nationale. C’est le genre de produit toxique qui devrait être interdit au plus de 8 ans et demi, un âge où l’on sait que Peter Pan et Wendy Darling n’existent pas et que ça rend tellement triste qu’on saute par-dessus bord pour s’envoler dans une gerbe d’étincelles. C’est l’âge au-delà duquel on doit cesser de raconter n’importe quoi sur la question de l’amour dans le sport, ou ailleurs.
Donc merci à La Danse des renards qui agit comme un antidote. Les boxeurs en herbe de cet internat sportif sont crédibles, leur envie de faire du cinéma crève l’écran, elle supplée à une éventuelle faiblesse pugilistique, la boxe n’étant ici qu’un prétexte à un certain nombre de réussites. Celle de Samuel Kircher qui, en quatre-vingt-dix minutes, passe de la gravure de mode au déglingué tragique. Il avait tout pour lui, et l’assurance d’une gloire annoncée, quand soudain, à la suite de l’imprudence où son orgueilleuse invincibilité l’avait conduit, il se trouve dépouillé de la fraîcheur embarrassante du Tadzio viscontien que s’imaginait sans doute avoir ressuscité Catherine Breillat avec son Eté dernier deux ans plus tôt. L’acteur ne rate pas l’occasion que lui offre cette Danse des renards d’être autre chose que beau. Le mérite en revient au cinéaste qui ne se laisse pas séduire, encore moins fasciner par la jeunesse ni par la violence de ses protagonistes. Il se tient à son histoire, celle qui défait l’amitié qui liait Camille à Matteo, le meilleur ami, le lieutenant, le sauveur, bientôt trahi par son maître et la mystérieuse déréliction qui le ronge. A Fayçal Anaflous aussi le film offre l’opportunité d’échapper au cliché de l’intégration réussie par le sport. Tout le destine a priori à devenir le Iago du vestiaire. C’est le rôle le plus complexe : il trahit la trahison qu’on attend de lui. Car lui non plus n’est pas amoureux de Camille, il l’aime, c’est autre chose. Il a besoin de lui. Ils en crèveront tous les deux s’ils ne le comprennent pas à temps.

