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Marie-Claude Pietragalla, grande figure de la danse, sur la scène d'Athanor à Montluçon

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Marie-Claude Pietragalla est une des figures emblématiques de la danse française. Étoile de l’Opéra de Paris, chorégraphe, metteuse en scène, comédienne… Elle a fondé au début des années 2000 sa compagnie, Le Théâtre du corps, avec le chorégraphe Julien Derouault.

Ce mardi 16 janvier, à 20 h 30, Marie-Claude Pietragalla sera sur la scène d’Athanor, à Montluçon (Allier), avec son seule en scène La Femme qui danse. Entretien avec l'artiste...

Une expérience visuelle et sensorielle

Vous avez imaginé votre spectacle La Femme qui danse comme "une expérience visuelle et sensorielle". Pouvez-vous en dire un peu plus ?

La genèse de La Femme qui danse, ce sont d’abord des textes. C’est une réflexion sur mon métier, sur la danse à travers mon expérience personnelle d’artiste : ma relation aux grands maîtres, ma relation à la musique, ma relation à l’espace. C’est une réflexion sur ce qu’est d’être dans un corps dansant, dans l’intimité de ce corps dansant, et sa relation au public bien sûr.

Le fil conducteur, ce sont vraiment ces textes inédits sur ma vie d’artiste. Je raconte ma découverte de la danse, ma passion, la façon dont j’ai embrassé ce métier, les choses qui m’ont fait vibrer, les sensations, les émotions. Face au public, je parle et je danse.

Ce spectacle revient sur votre parcours. Mais comment avez-vous réussi à résumer toute une vie dédiée à la danse en un seul spectacle ?

Évidemment, il y a eu des choix. Mais dans ce spectacle, très vite mon expérience est dépassée, dans le sens où je finis par parler de la danse, de sa beauté, de son universalité, de la poésie qu’elle suscite, de l’imaginaire, du rêve qu’elle procure aux gens.

"Très vite, on est dans quelque chose de beaucoup plus universel que juste mon expérience personnelle. Et c’est ça que je voulais absolument : arriver à l’essence même de la danse, du mouvement, du corps en mouvement…"

Je ne raconte pas tout ce qui m’est arrivé mais je parle des grands rendez-vous qui m’ont permis d’avancer : mon entrée à l’Opéra, ma nomination d’Étoile, ma rencontre avec des grands maîtres, mon émancipation et ma création personnelle, la création de ma compagnie, le rapport à la musique, le rapport au public, le rapport au partenaire…

C’est ça qui est, en fin de compte, important. Comment on passe d’une découverte quand on est enfant, au fait d’embrasser une carrière. Qu’est ce qui a été la première étincelle ? Et puis, il y a des choses qui ne sont pas dites, qui sont traduites à travers le corps, dans la danse, c’est un subtil mélange.

 

Un corps qui danse

Vous parlez du rapport à la musique… Justement, La femme qui danse, c’est une référence à Barbara qui s’appelait elle-même "La femme qui chante" ?

C’est très étonnant en fait… Depuis l’enfance, depuis l’école de danse de l’opéra, je me suis toujours considérée comme une personne qui dansait, comme une petite fille, une jeune fille puis une femme qui danse plutôt que comme une danseuse. J’ai toujours trouvé que "danseuse" était un peu réducteur, comme si c’était quelque chose de très technique alors que, moi, ce qui m’importe, c’est la prédominance de l’humanité qui sort d’un corps qui danse.

"Parallèlement à ça, j’ai toujours eu une admiration absolue, démesurée, pour Barbara. Elle est, pour moi, l’artiste et la femme absolue. Mais je ne savais pas qu’elle s’appelait "La femme qui chante". J’ai choisi le titre de mon spectacle sans le savoir. Je n’ai pas pensé à elle."

Mais quelque part, j’ai bouclé la boucle. Je vais vous expliquer… J’ai rencontré Barbara il y a très longtemps au Châtelet. J’avais un projet avec elle qui, malheureusement, n’a pas pu fonctionner parce qu’elle nous a quittés tellement vite. Depuis des années, j’ai ça en tête. Et il y a quelques mois, j’ai décidé que mon prochain seule en scène s’appellerait Barbara et serait sur elle.

La Femme qui danse tourne depuis plusieurs années. Est-ce que le spectacle a évolué au fil des représentations ?

Oui, il y a eu plein de changements : des changements de musiques, dans les textes, de rythme aussi parce que c’est très particulier un seule en scène. C’est sans filet. C’est encore plus sans filet que quand on est en duo ou avec un ballet. Là, on est complètement maître à bord, on doit absolument gérer toute la rythmique de la pièce. Donc oui, le spectacle a beaucoup évolué. Mais il y a eu un moment où il s’est peaufiné et il est arrivé à cette version. J’en suis à peu près à 160 représentations. C’est pour moi, une des expériences les plus incroyables. Je crois que c’est le spectacle que j’ai le plus dansé.

J’ai toujours voulu être d’une grande sincérité mais je pense que là, je suis particulièrement sincère et je me livre particulièrement dans ce spectacle.

Le défi du seule en scène

Est-ce que le fait d’être seule en scène créée une proximité plus immédiate avec le public ?

Ah oui ! C’est un exercice qui est unique. C’est mon troisième seule en scène donc je commence à avoir un peu l’habitude mais c’est une aventure qu’on écrit tous les jours. On se réinvente, c’est unique. Parce qu’on est le capitaine de son navire, il n’y a pas de moussaillons. Il n’y a que le capitaine à la barre ! [Rires] Tout de suite, il s’installe une atmosphère avec le public, on le sent respirer, on le ressent vibrer. Comme expérience, c’est assez fabuleux.Photo : Pascal Elliott.

Et en plus d’être seule à la barre, vous êtes aussi votre propre cheffe d’orchestre grâce à un travail avec La Muse en circuit, centre national de création musicale…

Oui. Nous avons un partenariat depuis quelques années avec La Muse en circuit. On a fait tout un travail sur la voix : la voix parlée, la voix chantée, la voix déformée parfois.

"Il y a aussi tout un travail avec des capteurs qui permettent que le mouvement soit générateur de musique et d’images. C’est très intéressant parce que nous sommes effectivement notre propre chef d’orchestre."

Je peux décélérer ou accélérer la musique, travailler des sons étranges en interaction avec l’image en même temps pendant ce spectacle.

C’est le mélange de la tradition, de la transmission et de la technologie nouvelle qui nous permet de faire des choses assez étonnantes sur scène. 

Billetterie. Des places sont encore disponibles, directement à la billetterie du centre Athanor ou dans les billetteries extérieures.

Propos recueillis par Laura Morel

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