Tous les dimanches, ils vont au thé dansant : "On danse depuis qu’on a 18 ans"
Les portes de la salle Espace ont ouvert à 14 heures, mardi 7 février à Thiers. À peine 30 minutes plus tard, la piste de danse est prise d’assaut par les mordus du parquet. En couple, entre amis ou même seuls, ils se déhanchent avec vigueur sur les tempos distillés par l’orchestre Michel Fougeroux.
Des thés dansants deux fois par an à ThiersParmi la cinquantaine de danseurs ce jour-là, il y a des incontournables. Comme Aimée et André Bonche, respectivement 77 et 80 ans. Bon pied bon œil, il n’est pas question pour eux d’être aux abonnés absents pour ce genre de rendez-vous. « On danse depuis qu’on a 18 ans », lance l’octogénaire. « Et tous les dimanches à Noirétable », renchérit son épouse. « Dans le temps, on dansait même le samedi et le dimanche, mais maintenant, on a vieilli, on ne fait plus que le dimanche. »
Mais cette semaine, le couple de Thiernois a fait une petite exception dans son programme.
Le thé dansant de Thiers, si on peut, on vient à chaque fois. Avec des gens de notre quartier, la famille.
Mais qu’importent les accompagnateurs, Aimée et André enchaînent les danses, sans s’arrêter, sans même montrer un petit signe de fatigue. « Ça nous est tombé sur la tête », s’amuse André. Ils ont tout appris, sur le tas comme on dit. Sauf le rock. « On a pris des cours un temps à Peschadoires », se remémore le couple.
Et pas question de choisir les danses les plus lentes, ce qu’Aimée et André préfèrent, c’est quand il y a du rythme. « Le rock et le tango, c'est ce qu’on aime le plus. Les danses plus anciennes comme la polka ou la java, c’est moins notre truc », partagent les deux complices qui semblent connaître toute la salle. « C’est cela aussi qu’on aime bien, ici, on s’est fait des amis. Et puis le jour où on ne dansera plus, c’est qu’on sera vraiment fatigués », lancent-ils tout en repartant enchaîner les morceaux sans sourciller.
Assis juste derrière, Jean-Jacques Aomar est, lui aussi, un habitué des thés dansants. « Je suis un ancien batteur d’orchestre », précise-t-il avec fierté. Tout comme Aimée et André, dès qu’il en a l’occasion, le Thiernois de 74 ans va battre la mesure avec ses plus beaux souliers. « Je vais à Barjavelle souvent, à Courpière, et aussi à Noirétable ou Puy-Guillaume. »
Revoir des amisCe qu’il affectionne tout particulièrement dans les thés dansants, c’est la pratique évidemment, « le rock de préférence », même si Jean-Jacques Aomar maîtrise tous les styles. « Mais j’aime aussi l’ambiance. On revoit souvent des gens qu’on n’a pas vus depuis longtemps. »
Pour Jean-Jacques, Aimée et André et les autres, il n’est donc pas question que de danse, mais bien de lien social dans son ensemble. Cette dimension, la municipalité, par le biais de son Centre communal d’action sociale (CCAS), l’a bien comprise. « La dynamique instaurée avec ces rendez-vous a été un peu cassée par le Covid, regrette Martine Munoz, vice-présidente du CCAS et adjointe aux affaires sociales. Il a fallu relancer la machine, et aujourd’hui, il y a peut-être un peu moins de monde que d’habitude, mais quoi qu’il arrive, nous maintiendrons ces rendez-vous. Ils sont très importants pour créer du lien, pour que les personnes se rencontrent à nouveau. »
La période Covid, Aimée et André en ont gardé un goût amer. « Nous étions tristes de ne plus pouvoir danser », confie André. « Et en plus, on avait tout perdu ! », ajoute sa femme, jamais très loin. À les voir tournoyer avec légèreté, il semblerait que les automatismes soient bel et bien de retour.
Sarah Douvizy

