"J'ai rencontré ma compagne au bal" : pourquoi les danses traditionnelles passionnent de plus en plus de jeunes en Corrèze ?
« Soyez plus souple, dansez ensemble et regardez-vous ! C’est une danse de communauté… Et surtout, amusez-vous ». En les faisant danser à deux, à quatre, ou en rondes, Pascale N’guyen et les musiciens de Roule et ferme derrière donnent le ton aux participants du stage de découverte de la danse traditionnelle, organisé quelques heures avant la Nuit de la bourrée de Sainte-Féréole, grand rendez-vous des amoureux des bals trad’ en Corrèze.
Une danse chaleureuse et de partageYslène Bosche, à 75 ans, est ainsi venue se remettre « le pied à l’étrier après deux ans à cause du Covid. Ça m’a manqué ! J’adore danser et la bourrée est une danse chaleureuse et de partage. » Une danse qui attire de plus en plus de monde et que Catherine Esclaire avait envie de mieux connaître à 54 ans : « C’est comme un retour à mes racines. J’ai voulu apprendre cette danse pratiquée par les anciens, par mes ancêtres. C’est très agréable et ça réchauffe ! »
Quant à Florence Mognard, une Briviste de 41 ans, elle a entraîné son amie Léa Neyret-Gigot, une Tulliste de 28 ans, à ce stage pour débutants pour ensuite profiter pleinement de la Nuit de la bourrée. « J’étais un peu frustrée lors du dernier bal trad’, en décembre dernier aux Lendemains qui chantent à Tulle, car je ne maîtrisais pas bien les pas. J’avais envie de les apprendre pour m’amuser encore plus. »La Nuit de la Bourrée du Limousin à Sainte-Féréole attire un public nombreux. Photo : Sylvestre Nonique-Desvergnes
La bourrée demande un peu de techniqueCar, si la bourrée est accessible, elle demande un peu de technique. « Si ses pas sont relativement faciles, les enchaînements, les changements de partenaires, le rythme et le phrasé ne viennent pas tout de suite », expliquent les deux amies qui apprécient l’ambiance de ce stage comme celle des bals trad’. « C’est une ambiance bon enfant, où tout le monde sourit, ne se juge pas, où toutes les générations se mélangent, c’est très inclusif, soulignent Léa et Florence. On n’aime pas les boîtes de nuit, et encore moins les thés dansants. Et à part les concerts, il n’y a pas trop d’autres lieux où danser en Corrèze. »
Musiques actuelles associées au trad’C’est aussi la musique traditionnelle mise au goût du jour qui a séduit les deux amies. « Le son de la vielle a tendance à me fatiguer à plus long terme, précise Florence. J’apprécie beaucoup plus les groupes actuels qui rajeunissent le trad, comme San Salvador, ou ceux qui y mêlent de l’électro par exemple. »Avec ce nouveau public, « socialement, l’histoire de la bourrée reprend du sens aujourd’hui, constate Olivier Durif, président de l’association Délires et des notes, qui a organisé la Nuit de la bourrée en partenariat avec le Centre régional de musiques traditionnelles en Limousin. La bourrée, mais aussi toutes les autres danses proposées dans les bals trad’ offrent un espace de liberté et on en a vraiment besoin en ce moment ! »
" Un apprentissage dans les bars "Jérôme Farges, chargé des relations publiques à l’Empreinte scène nationale Brive-Tulle, est également un passionné des danses trad’. « Mon premier souvenir des danses trad’ remonte à mes 15 ans, raconte-t-il. Je suis allé à une fête du village, chez mes grands-parents, au fin fond du Cantal. J’y ai découvert mes oncles et mes tantes qui étaient des paysans ou des commerçants, danser des bourrées aériennes d’une façon très gracieuse. Ça m’avait impressionné. Je n’ai jamais osé aller sur la piste. »Les stages de danses traditionnelles ont un réel succès, entre retour aux sources et envie de s’amuser. Photo : Christine MoutteQuinze ans plus tard, alors qu’il travaillait à Bordeaux, son univers musical naviguait entre rap, rock et électro. « Je me suis retrouvé dans un bar, où l’un de mes copains faisait des bœufs de jazz de temps en temps. Ce soir-là, il y avait un bœuf de musiciens trad’, suivi par des danses de passionnés : des étudiants et des actifs comme moi. J’ai trouvé ça joyeux, chaleureux et un peu bordélique. »Il s’y est essayé « à certaines danses collectives qui t’entraînent facilement ». Son apprentissage a continué dans les bars bordelais, « où jouaient des musiciens du cru, » deux ou trois fois par semaine.
" J'ai rencontré ma femme au bal trad' "« Parmi les danses trad’, il y en a quelques-unes qui sont très faciles, mais, d’autres m’ont pris plusieurs mois à maîtriser, explique-t-il. Comme la mazurka, qui est le slow du trad’, la danse du couple, majestueuse par excellence. » À son arrivée en Corrèze, Jérôme a trouvé « des camarades de danse » grâce au Centre régional des musiques traditionnelles du Limousin.
C’est que l’homme apprécie particulièrement, « c’est toute la variété des danses trad’. On peut y retrouver la sensualité du tango et la transe de la musique électro. C’est un milieu très simple, avec beaucoup de bienveillance. Tous les festivals se passent en mode Bisounours, c’est extrêmement familial et intergénérationnel. On y retrouve quelque chose de l’ordre du vivre ensemble. Très peu d’alcool y circule, parce que plus, on boit, moins on danse bien. »
On peut dire que la danse trad’ a changé la vie de Jérôme Farges. Il a rencontré sa compagne sur une piste de danse. « C’est le troisième bal, où on s’était croisé, qui a été déterminant. C’est aux Nuits de nacre à Tulle, il y a trois ans et demi, qu’on a eu “la révélation”. On a fait deux danses, une mazurka très énergique et une scottish très douce. Le fait qu’on s’accorde parfaitement dans les styles très différents a renforcé l’idée que quelque chose se passait au niveau de la rencontre. »
San Salvador se produit à l'Espace Ventadour à Egletons. Photo : Agnès GaudinProchains rendez-vous : Samedi 18 février, à 21 heures, à la salle polyvalente de Lagraulière, le comité de jumelage organise un bal trad’animé par la Galoche. Entrée : 8 euros ; initiation gratuite aux danses de 16 à 18 heures. Le 4 mars, à Allassac, les Baladins troubadours organisent un bal folk, animé par les musiciens de Couine en do, à la salle des fêtes. San Salvador à Égletons. Samedi 18 février, à 20 heures, à l’Espace Ventadour à Égletons, se produira le groupe San Salvador avec ses chants polyphoniques occitans, vainqueur des Victoires de la musique 2021. La soirée continuera par un bal trad’, avec Farem Tot Peter (musique de Creuse et du Limousin).
Olivier Durif, violoniste et directeur du Centre régional des musiques traditionnelles
Christine Moutte et Dragan Perovic

