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Acrobatie, danse et théâtre : revivez les Contre-plongées de Clermont-Ferrand

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Une tribu de danseurs dont le but questionne

Il est 17 h 54. Dans le Jardin Lecoq, quelques centaines de personnes sont assises sur l’herbe. Les regards sont dirigés vers l’étang du parc, en contrebas. Ils attendent la Compagnie Vilcanota pour un spectacle de danse dite moderne, « Short People » de son nom. La représentation est une dérive de « People what people », une pièce habituellement jouée dans les salles de spectacle, mais adaptée pour le plein air. 

Il est 18 heures. Un son sort des enceintes et coupe les conversations des spectateurs qui flânent. Tout de suite après, surgissant de nulle part, cinq danseurs en sous-vêtement noir se précipitent au centre de la “scène”. Ils y trouvent un tas de vêtements. Ils y puisent de quoi s’habiller. Rapidement, avec des tenues bariolées, ils se mettent à bouger la tête sur le tempo de la musique. Cette dernière est une composition électro, travaillée sur la pulsation.

J’ai beaucoup aimé le rythme, j’avais envie de danser

Sur cette ambiance, le groupe de danseur est perpétuellement en mouvement, presque toujours ensemble, telle une meute.

Cette pièce questionne la place des humains. Quelle est notre humanité dans le capharnaüm actuel ? Comment se tenir debout encore et toujours ? Comment faire avec l’autre ? Que le message soit passé ou non, le public applaudit à la fin. Les danseurs saluent, en haleine. Les rayons du soleil luisent sur leurs corps transpirants.

Pour Cathy, au-delà de la métaphore dansée, elle a été conquise par la musique. « J’ai beaucoup aimé le rythme, c’était communicatif, j’avais envie de danser ! » se réjouit la Clermontoise venue avec son compagnon et sa fille. Le chorégraphe, Bruno Pradet, est ravi et soulagé :  « cette pièce, que nous jouons pour la première fois en extérieur, a conquis le public venu en nombre ! »

Dualité autour d’acrobaties et de chant  

Il est 18 h 36. La foule se dirige un peu plus haut dans le parc, pour aller assister au prochain spectacle. Les gens se sont placés tout autour d’une structure en métal sur trois pieds. Cette pyramide s’élève sur 6 mètres environ et laisse pendre un gros cerceau en son sein. « On a approximativement 700 personnes, c’est une très bonne surprise ! », se ravit un des membres du staff des Contre-plongées. Dans quelques minutes, la Compagnie La Fauvette va présenter « Comme toi tu me voix ». Deux artistes-circassiennes vont accompagner leurs acrobaties par le chant de leur voix. 

Il est 18 h 42. Des chants d'oiseaux sortent des enceintes. Voilà deux femmes qui entrent sur scène. Elles ont les yeux bandés. L’une d’entre elle monte sur le cerceau. Le chant des oiseaux laisse place à de la musique. C’est sans rien voir que l’acrobate fait peu à peu des figures. Elle se pend par une main, se balance, fait des tours et finit la tête en bas. 

Les deux femmes se débandent les yeux et continuent leur bal. Elles se regardent tel un duo qui se défie et se complète. Le public est hypnotisé par l’ambiance proposée, mêlant cerceau aérien et chant. Les regards ne lâchent plus les prouesses de l’acrobate et les oreilles sont doucement bercées par la voix de la chanteuse. Les chants sont des reprises adaptées. Il est possible de reconnaître « la llorona » de Chavela Vargas, « Fallin’ » d'Alicia Keys ou encore « What’s Up? » de 4 Non Blondes. 

C’est si agréable de voir les regards et les sourires

Cette parade poétique éveille des réactions. Pascale, ses deux enfants et une amie à son fils, sont conquis. “On était venues quand les deux danseuses s’échauffaient cet après-midi, mais c’est 1000 fois mieux maintenant, c’est impressionnant », explique Kenda, 10 ans. Une fois le spectacle terminé, les deux artistes ont droit à des acclamations chaleureuses.

Les artistes d’origine clermontoise sont conquises aussi. « Pour cette version du spectacle, c'est la première représentation, et le défi est réussi », se réjouit Mariotte Parot , as de la pirouette sur cerceau aérien. Pour elle et sa partenaire de scène, Carole Vigné, « c’est le bonheur de faire la représentation face au public, avec le trac, avec les émotions fortes. C’est si agréable de voir les regards et les sourires. »

Les circassiens tournent avec la roue Cyr

Il est 19 h 17, l’heure pour les curieux des Contre-plongées de se diriger à pieds vers la place de Jaude où la soirée se poursuit. Sur cette dernière, une zone est délimitée tout autour d’un carré de tapis de danse. Au centre, un grand cerceau de fer appelé roue Cyr.

La foule arrive au compte-goutte, certains ont pris de quoi se restaurer. Les personnes plus âgées s'asseoient sur des bancs. Pour les plus jeunes, c’est sur des coussins par terre et pour les autres, debout derrière. Le spectacle  « Turn Around Boy », par Le grand jeté ! va commencer. 

On dirait l’Homme de Vitruve de De Vinci, c’est beau

Il est 20 heures. Les derniers rayons du soleil disparaissent pour laisser place au artiste circassien. Deux hommes entrent de derrière le public. L’un d’eux a les yeux bandés. Un clin d’œil là encore au monde du cirque. Il s’approche de la roue et joue avec. Sans la vue, il parvient à lancer la roue et à la rattraper du premier coup. À chaque fois, cela lui vaut des applaudissements. Son partenaire l’observe.

C’est au son de la guitare électrique d’Hervé Rigaud que le spectacle se poursuit. Une fois les yeux débandés, les deux hommes se mettent à jouer avec la roue, comme deux enfants taquins. Ils s’élancent dans des figures et tournent chacun leur tour à l’intérieur de la roue Cyr. « On dirait l’Homme de Vitruve de De Vinci, c’est beau. Ils utilisent l’accessoire dans toutes ses dimensions, c'est très artistique », explique Laurence, une Clermontoise venue avec sa famille. 

Une fois la représentation finie, les spectateurs applaudissent, impressionnés par les prouesses. Mission accomplie pour les deux acrobates. « On a l’habitude de faire cette pièce, mais ça faisait longtemps que nous ne l'avions pas fait ensemble » expliquent Remy Benard et Pierre Bertrand, les deux artistes. Avec eux, Oan, le jeune fils de Remy, était missionné pour lancer la musique. 

Danser avec un BMX sur une mélodie de violoncelle

Il est 20 h 20. Les passants s'approchent, intrigués par ce regroupement sur la place de Jaude. La scène est la même que pour le spectacle précédent. C'est au tour du collectif la Companie 3.6/3.4 d'entrer en scène pour le spectacle « L'Homme V ».

Un violoncelliste s’installe sur une petite estrade d’un mètre carré. Il commence à jouer lorsqu'une silhouette noire composée de tissus noirs apparaît, sortant du public. On se doute qu’il s’agît du "rider" : on distingue la forme d’un vélo. Petit à petit, il se débarrasse des tissus et s’élance dans des acrobaties sur son BMX. Rapidement, on ne sait plus si on observe des figures de cyclistes ou une danse entre un rider et sa monture. C’est sans doute un peu des deux. 

Pour traiter le vélo de cette façon singulière, il m’a fallu du temps, j’ai dû sortir des codes standard

Les portés, les lancers, les déséquilibres sur le fil s’enchaînent au rythme des crissements du violoncelle. Le spectacle est un mixte entre chorégraphie artistique, sportive et comique. Il semblerait que le public aime ce qu’il voit. « Je m’attendais à voir des acrobaties BMX standards, et c’est bien plus. Il y a du comique, de la poésie, même un côté psychologique. Je vois plus du théâtre que du sport. J’aime beaucoup franchement », confie Rudy, étudiant clermontois. Une fois le spectacle fini, les deux artistes saluent la foule enthousiaste.

« Pour traiter le vélo de cette façon singulière, il m’a fallu du temps, j’ai dû sortir des codes standard. C’est né d’une envie profonde que j’avais de faire de grands sauts et de travailler dans l’espace aérien. C’était plaisant de faire la représentation à Clermont-Ferrand, le cadre est agréable et il y avait du monde. », explique Vincent Warin, le biker. Il était accompagné de William Schotte au violoncelle.

Il est 21 h 15. La soirée des Contre-plongées du 29 juillet se clôture ainsi. Les spectateurs repartent chacun dans des directions différentes, le pas léger. Le tout dans la douceur des fins de soirée d’été clermontoises. 

Maxime Conchonmaxime.conchon@centrefrance.com

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