Brigitte Lefèvre défend la puissance de l'art
Elle prévient: Brigitte Lefèvre n'aime guère l'expression. Mais reconnaît que c'est bien autour de "femmes puissantes" qu'elle a organisé la programmation du Festival de danse qui s'est terminé ce mois de décembre à Cannes. Des femmes chorégraphes qui ont marqué l'histoire, qui ont su imposer leur style, celui d'une personnalité de pionnière. La manifestation a d'ailleurs débuté avec la Martha Graham Dance Company, et s'est achevée autour de Carolyn Carlson, qui a interprété un solo avant Crossroads to synchronicity, avec les danseurs de sa compagnie.
Un tour d'horizonEntre les deux ? Plus de 25 représentations dans des grandes et moins grandes salles de Cannes et de la Côte d'Azur, pour "un tour d'horizon qui embrasse" l'histoire de la danse, son passé, son présent, et des chorégraphes émergents. Comme une synthèse de la personnalité de Brigitte Lefèvre, longtemps directrice de la danse à l'Opéra de Paris. "Elle a fait rentrer la danse contemporaine à l'Opéra de Paris", se souvient Carolyn Carlson, qui a eu carte blanche pour créer dès 1974 au sein de cette institution de la danse classique.
Partager la danse qui, perçue de manière immédiate, ne cesse de faire réfléchir et grandir.
S'affirmant "très heureuse de travailler pour ce Festival de Cannes-Côte d'Azur", dont elle a assumé la direction artistique de quatre éditions, la présidente de la Comédie de Clermont y trouve une opportunité supplémentaire de "rassembler la danse". "Il est important de se pencher vers le passé pour savoir comment on s'est construits", et "de planter des graines pour l'avenir". Mêler les esthétiques et les générations: voilà son fil rouge. Ne pas exclure. Le tout avec une immense volonté, ce "vecteur essentiel de la danse".
Car, bien souvent, les qualités que Brigitte Lefèvre défend chez les autres, on les perçoit chez elle. La volonté, donc. L'exigence aussi, celle "que donne la pratique de cet art" qu'elle a débuté à l'âge de six ans. Une exigence à l'égard des autres comme de soi-même. Et, même si elle s'en défend, une femme puissante également.
Mais pas seulement. C'est un moment fugace. Mais l'émotion a bien submergé Brigitte Lefèvre à la fin d'Offrande, programmée à Cannes. La pièce avait été conçue par Mié Coquempot, avec les chorégraphes Béatrice Massin et Bruno Bouché, qui l'ont finalisée quand la maladie a emporté Mié Coquempot. L'interprétation remarquable des sept danseurs, la force de la pièce, la beauté de la musique de Bach; à travers le mouvement, la présence de la chorégraphe disparue... Il était compliqué de prendre la parole immédiatement après la fin des applaudissements pour évoquer ce travail de création dans des circonstances si particulières. Brigitte Lefèvre l'a donc fait, sans masquer son émotion. Mais en laissant la danse reprendre le dessus, avec de la curiosité pour le travail des interprètes.
Et puis, associée à cette volonté, à cette exigence qui affiche clairement la couleur, l'élégance de l'humour n'est jamais très loin. Mais, définitivement, c'est la beauté de la danse qui l'anime, et qu'elle continue à porter, à la Comédie de Clermont et ailleurs.
Pascale Fauriaux

