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Avec Lidia Lelong à Faverolles (Cantal), on danse, jour et nuit, dans le mirador

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Un mirador sur une place de village. À Faverolles, l’objet de chasse a été détourné par Lidia Lelong. Pour la biennale d’art contemporain chemin d’art, elle a voulu ramener la fête au cœur du village mais de façon bien inhabituelle.

« C’est étrange de retrouver une telle installation en ville, même si la forme du mirador est familière. Les gens sont intrigués, ils viennent voir ». Lidia Lelong s’abrite de la pluie sous son œuvre pour en livrer les secrets, de l’idée à la réception. La cabane, montée à partir de panneaux de 900 kg, a entièrement été réalisée en bois de Douglas. Des escaliers mènent à l’entrée de l’abri et son unique pièce. À peine la poignée tirée, une musique électro se déclenche. Et le spectateur est transporté dans l’univers des boîtes de nuit. C’est le miradance.

Scruter le retour de la fête

« Ces derniers temps, on n’avait plus les fêtes pour relâcher la pression. J’ai voulu réintégrer le bal populaire d’une autre manière », explique Lidia Lelong. Lors de son repérage, il y a plus d’un an, l’artiste repère la maison de la chasse. « J’ai pris rendez-vous avec un chasseur qui m’a montré une tour de guet. » La forme l’intéresse. « Je me dis qu’une discothèque est un lieu de chasse comme un autre », s’amuse la créatrice.

L’unique ouverture du mirador sélectionne un point de vue sur la plaine. Elle contacte alors Olivier Séguret, un charpentier dans l’Aveyron qui accroche immédiatement au projet. Ensemble, ils conçoivent les croquis, prédécoupent et assemblent à blanc avant de se rendre à Faverolles pour monter la structure. Le tout prend trois semaines.

L’aménagement comprend des éléments de récupération. La fenêtre était une étagère en verre et l’isolation provient du camion de Michel du camping d’ici?!

Mais passons aux choses plus sérieuses : Boom Boom 2456. « Alix Gosse m’a fait une sélection de morceaux. J’ai mis les enceintes à fond. Je me tenais debout. J’ai tout écouté et je me suis dit, c’est ce son que je veux. » L’électro se veut doux, juste ce qu’il faut pour danser dans la petite discothèque. « J’avais une petite appréhension pour la musique, avoue-t-elle, pour les enfants, les personnes plus âgées ou le voisinage. » Le volume a été réglé en accord avec ces derniers. Tout un système a été conçu dans le faux plafond pour que le programme se déclenche à chaque visite. Pour ceux qui n’apprécieraient pas, une prise jack permet de brancher son téléphone et choisir sa propre musique.

Une fête sans boule à facettes, ça n’existe pas. L’œuvre de Lidia Lelong fait travailler les sens. En plus de l’ouïe, la vue est mise à contribution. « On peut observer le paysage mais avec un autre ressenti selon la musique qu’on écoute. » Au final, c’est un lieu à s’approprier. « Pour moi, c’est la cabane idéale, confesse l’artiste, j’aime danser, regarder les paysages et les petits espaces. »

Mascotte du village

Lidia Lelong a créé un point de ralliement sur un lieu de passage (une place de village). « C’est un endroit où on peut aussi se retrouver, dans toutes les situations sanitaires. » Seuls deux fêtards tiennent dans la cabine, ou une joyeuse bande d’enfants.

L’œuvre reste dans la mouvance de ce que j’ai travaillé auparavant. Je prends des formes existantes de l’architecture ou de l’urbanisme que je traite avec un décalage.

Pour la première fois, elle a construit plutôt que sculpter. « Je voulais garder ce côté humain. J’aime l’idée d’une œuvre qu’on peut touche et arpenter. »

Faverolles a désormais son mirador en ville. Présente dans plusieurs collectifs à Saint-Léonard de Noblat et Limoges (Nouvelle-Aquitaine), Lidia Lelong apprécie la rencontre. « J’ai eu beaucoup d’échanges avec les habitants quand je suis restée une semaine sur place, raconte Lidia Lelong. On a consommé local et j’ai réalisé deux ateliers à l’école de Faverolles. » Avec les élèves, ils ont abordé la question de l’art de manière générale, sur le métier, puis sur le fonctionnement du mirador. « Les enfants sont bavards, soulève l’artiste. Ils parlent d’art sans a priori. » Entre les passants qui toquent pour monter dans l’œuvre ou les jeunes qui s’en donnent à cœur joie, Miradance est une œuvre qui vit.

« J’espère qu’elle va voyager, mais pour l’instant, les habitants du village ne veulent pas l’enlever?! »

Un texte de Karen Tanguy accompagne la cabane perchée. Les intéressés peuvent le trouver sur le site internet de la biennale Chemin d’art. « Il s’intitule Que la fête continue, précise Lidia Lelong. On y retrouve ce rapport entre le décalage et l’humour du mirador pour faire la fête. » Les deux créatrices ont échangé pendant deux bonnes heures autour du travail de l’artiste. Avec de nombreux projets en cours, Lidia Lelong sillonne la France. Son séjour à Faverolles lui aura permis de renouer avec les bals. Et cela grâce à sa propre discothèque qui ne s’arrête jamais. De jour comme de nuit.

Plus d'informations sur la biennale Chemin d'art sur leur site internet.

Lucile Bihannic

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